Le président roumain survit au vote sur sa destitution

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LE PRÉSIDENT ROUMAIN SURVIT AU RÉFÉRENDUM SUR SA DESTITUTION
LE PRÉSIDENT ROUMAIN SURVIT AU RÉFÉRENDUM SUR SA DESTITUTION

BUCAREST (Reuters) - Le président roumain Traian Basescu a survécu dimanche à un référendum sur sa destitution mais la guerre ouverte qui l'oppose au Premier ministre Victor Ponta n'est pas terminée pour autant.

Près de 88% des électeurs qui se sont rendus aux urnes ont voté pour le départ du chef de l'Etat mais le taux de participation n'a pas dépassé 46% des inscrits, soit quatre points de moins que le seuil requis pour valider le scrutin, a annoncé le bureau électoral lundi.

Ce résultat, qui doit encore être validé par la Cour constitutionnelle, signifie que la crise politique roumaine devrait au minimum se poursuivre jusqu'aux élections législatives de novembre, au risque de freiner les réformes qui conditionnent le plan d'aide du Fonds monétaire international (FMI) à Bucarest.

Le président Basescu, très impopulaire pour sa politique d'austérité et par ailleurs accusé de népotisme, a été suspendu de ses fonctions il y a trois semaines par la majorité parlementaire de centre gauche du Premier ministre, Victor Ponta.

Ce dernier a de nouveau demandé lundi au chef de l'Etat de démissionner, affirmant que le référendum lui avait fait perdre toute crédibilité.

"Il (Basescu) va probablement rester à Cotroceni (le palais présidentiel), il aura des voitures, des villas et des profiteurs autour de lui qui continueront de le conseiller et de faire son éloge", a déclaré Victor Ponta. "Mais pour le peuple roumain, il a cessé d'être un dirigeant depuis hier soir."

Traian Basescu, qui avait appelé à l'abstention, a refusé de démissionner. Pour lui, le scrutin de dimanche montre clairement que plus de la moitié des Roumains ne veulent pas le chasser. "La flamme de la démocratie brille encore. Les Roumains ont rejeté le coup d'Etat", s'est-il félicité dimanche soir.

Le bureau électoral a annoncé qu'il enverrait mercredi les résultats définitifs à la Cour constitutionnelle, qui devrait les invalider en raison du taux de participation inférieur au minimum requis.

"UNE GIFLE"

La Commission européenne, inquiète de cette crise politique et qui avait exhorté mi-juillet Victor Ponta à respecter l'Etat de droit, n'a pas encore réagi au résultat du référendum.

"L'Union sociale libérale (USL, le parti de Ponta) a une chance de redorer en partie son image auprès de l'UE en acceptant la décision de la Cour constitutionnelle sans chercher à pousser le président à la démission", a estimé Otilia Simkova, une analyste d'Eurasia Group.

Victor Ponta a déjà assuré que son gouvernement "respectera toutes les décisions de la Cour constitutionnelle et agira en tant que facteur de stabilité, que le référendum soit validé ou non."

Mais si les 88% en faveur de la destitution portent un coup à la légitimité de Basescu, l'USL, majoritaire au Parlement, ne devrait pas non plus sortir indemne de ce référendum, selon les observateurs.

"La classe politique s'est pris une gifle par les Roumains hier et il est temps (...) qu'elle comprenne qu'elle ne peut pas agir sans un brin de consensus", a estimé Sergiu Miscoiu, du club de réflexion Cespri.

"La réaction de Ponta laisse penser qu'il va garder son attitude belliqueuse, qu'il a sans doute apprise de Basescu", a poursuivi Miscoiu. "Il faut une réconciliation si nous voulons redorer l'image de la Roumanie et avoir des institutions qui fonctionnent à peu près."

En tant que président, Traian Basescu ne peut pas opposer son veto aux lois votées mais peut néanmoins les retarder, ce qui risque de porter préjudice aux réformes envisagées par le gouvernement, notamment sur les privatisations ou le système de santé.

Or le FMI, qui avait décidé d'attendre la tenue du référendum, va commencer cette semaine l'étude d'un plan d'aide de cinq milliards d'euros à Bucarest. Et il pourrait exprimer son inquiétude quant aux retards dans la réduction du déficit du budget et l'exécution de réformes à plus long terme.

Cette destitution manquée pourrait aussi nuire à l'USL aux élections législatives de novembre. Même si le parti de Victor Ponta reste favori, il risque de ne pas obtenir de majorité absolue au Parlement.

La "victoire" de Basescu a au moins permis à la monnaie roumaine de respirer un peu, puisque le leu a pris 1% en début de séance lundi, s'éloignant de son plus bas historique.

Luiza Ilie et Sam Cage; Danielle Rouquié, Marine Pennetier et Baptiste Bouthier pour le service français

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