Le président philippin dit regretter d'avoir insulté Obama

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    par Roberta Rampton et Manuel Mogato 
    VIENTIANE, 6 septembre (Reuters) - Le président philippin, 
Rodrigo Duterte, s'est efforcé mardi d'apaiser les tensions avec 
les Etats-Unis après avoir insulté Barack Obama et provoqué ce 
faisant l'annulation d'une rencontre prévue entre les deux chef 
d'Etat. 
    Connu pour son franc-parler, Rodrigo Duterte a déclaré lundi 
aux journalistes qu'il taxerait le président américain de noms 
d'oiseaux s'il cherchait à contester les opérations anti-drogue 
en cours aux Philippines.  
    Il a utilisé à cet égard l'équivalent philippin de "fils de 
pute" à l'encontre du locataire de la Maison blanche, une 
expression à laquelle il avait déjà eu recours pour qualifier le 
pape François et l'ambassadeur des Etats-Unis aux Philippines. 
    Ces déclarations, pour lesquelles le chef d'Etat philippin a 
exprimé des regrets, ont occulté l'ouverture du sommet de 
l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) à 
Ventiane, la capitale du Laos, et assombri le voyage du 
président Barack Obama en Asie, à quelques mois de la fin de son 
mandat. 
    Barack Obama entendait profiter de cette occasion pour 
mettre un coup de projecteur sur la stratégie américaine dans la 
région et répondre ainsi aux démonstrations musclées de Pékin, 
en mer de Chine du Sud notamment. 
    De source diplomatique, on estime que l'incident verbal qui 
a opposé les deux présidents sont le reflet des difficultés de 
Washington à constituer un front uni avec ses partenaires d'Asie 
du Sud-Est pour contrecarrer les velléités expansionnistes 
chinoises. 
    Après l'annulation de la rencontre bilatérale entre les deux 
chefs d'Etat, Rodrigo Duterte a publié deux communiqués dans 
lesquels il a exprimé des regrets qu'il a réitérés devant la 
presse. 
     
    "ESTIME ET AFFINITÉ" 
    "Le président Duterte a expliqué que les articles de presse 
indiquant que le président Obama allait le sermonner sur la 
question des exécutions extrajudiciaires l'avaient amené à 
prononcer ces mots très forts", a indiqué le gouvernement 
philippin dans un communiqué. 
    "Il regrette que ses propos devant la presse aient provoqué 
une telle controverse", ajoute le texte. "Il a exprimé toute son 
estime et son affinité pour le président Obama et pour le 
partenariat entre nos deux pays." 
    Ben Rhodes, conseiller adjoint à la Sécurité nationale du 
président américain, a déploré les propos du président 
philippin, estimant qu'ils qu'ils n'avaient pas contribué à 
créer un environnement constructif pour une rencontre 
bilatérale. 
    "Toute l'attention s'est portée sur ces propos et par 
conséquent, pas sur les projets que nous avions avec les 
Philippines", a-t-il dit. 
    Manille et Washington partagent le même point de vue sur les 
prétentions chinoises en mer de Chine du Sud, les Etats-Unis 
reprochant à la Chine de militariser une voie maritime cruciale 
pour le commerce mondial et de remettre en question la liberté 
de circuler en mer et dans les airs. 
    Pékin rejette ces accusations et estime au contraire que les 
Etats-Unis attisent les tensions dans la région. 
    La Cour permanente d'arbitrage (CPA) de La Haye a donné gain 
de cause aux Philippines, jugeant qu'il n'y avait "aucun 
fondement juridique pour que la Chine revendique des droits 
historiques sur des ressources dans les zones maritimes" de la 
majeure partie de la mer de Chine du Sud.   
    Des représentants des deux pays ont déclaré qu'il n'y aurait 
pas de rencontre formelle organisée au Laos sans exclure que les 
deux hommes aient une brève discussion. 
    A la place de l'entrevue prévue avec Rodrigo Duterte, Barack 
Obama a rencontré la présidente sud-coréenne, Park Geun-hye, au 
lendemain du tir de trois missiles balistiques nord-coréens. Il 
a saisi cette opportunité pour réclamer la mise en oeuvre de 
sanctions contre la Corée du Nord, ajoutant que ces essais 
témoignaient de la menace que Pyongyang fait peser sur la 
région. 
    Le président américain devrait également rencontrer le 
Premier ministre japonais, Shinzo Abe, pour évoquer ce sujet, a 
dit Ben Rhodes. 
 
 (Nicolas Delame pour le service français) 
 
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