Le président kényan sous le feu des critiques après Garissa

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NAIROBI, 8 avril (Reuters) - Le président kényan Uhuru Kenyatta se retrouve sous le feu des critiques après le massacre de l'université de Garissa, où les islamistes Chebaab ont tué 148 personnes la semaine dernière. Editorialistes et hommes politiques se demandent notamment pourquoi les hommes des forces spéciales, entraînés par les Américains et les Israéliens, ont mis plusieurs heures à être déployés sur place. La presse rappelle la tuerie du centre commercial de Westgate qui a fait 67 morts à Nairobi en 2013. "Si Westgate a été présenté comme un désastre, que dire à propos de Garissa?", s'interroge le Daily Nation, qui déplore en outre que le président n'ait pas trouvé le temps de rencontrer les familles des victimes. "Au Kenya, votre enfant (...) peut être massacré, mais le dirigeant que vous avez élu, invoquant un emploi du temps trop chargé, ne peut venir vous dire qu'il a fait de son mieux, que la mort de votre fils ou de votre fille n'a pas été vaine, qu'il partage votre douleur", ajoute le quotidien. Le Standard, lui, critique l'attitude "lamentable" des autorités qui répètent que les mesures prises étaient suffisantes et cherchent à se justifier. "Il n'existe aucune stratégie", estime un diplomate occidental. "C'est comme si une hôtesse de l'air vous disait qu'il n'y a rien à craindre alors qu'il n'y a pas de pilote dans l'avion..." PAS DE GILETS PARE-BALLES L'attaque de l'université de Garissa, qui a particulièrement visé les chrétiens, a été menée par quatre islamistes armés de fusils d'assaut et de grenades. Le député Asman Kamama, président de la commission de la sécurité nationale, s'est demandé pourquoi le ministre de l'Intérieur Joseph Nkaissary avait pu se rendre à Garissa peu après l'assaut alors que les forces spéciales, elles, n'ont pas trouvé d'avion pour se rendre aussitôt sur place. Une fois que les unités d'élite sont intervenues, elles ont mis une demi-heure à éliminer les agresseurs mais environ douze heures s'étaient écoulées depuis le début de l'attaque. "Je suis furieuse parce que si les forces spéciales étaient arrivées à temps, mon frère serait encore en vie", déclare Alice Iyese, 34 ans, rencontrée à la morgue de Nairobi où elle est venue chercher le corps de son frère de 22 ans. Une fois l'attaque lancée contre l'université, les policiers de Garissa appuyés par des soldats d'une caserne voisine ont mis en place un périmètre de sécurité et se sont tenus à distance sans intervenir, a-t-on appris de source gouvernementale. "Si la riposte avait été plus prompte, le bilan n'aurait pas été aussi élevé", a-t-on précisé en mettant en cause "des déficiences dans la chaîne de commandement". Un policier de Garissa a souligné que lui et ses collègues n'avaient pas de gilets pare-balles. "Les forces spéciales, elles, en avaient mais elles sont arrivées très tard, le mal était déjà fait..." (Drazen Jorgic et Edith Honan, avec George Obulutsa, Humphrey Malalo et Joseph Akwiri; Guy Kerivel pour le service français)

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