Le président italien tente d'éviter un nouveau scrutin

le
0
GIORGIO NAPOLITANO VEUT TENTER D?ÉVITER DES ÉLECTIONS ANTICIPÉES EN ITALIE
GIORGIO NAPOLITANO VEUT TENTER D?ÉVITER DES ÉLECTIONS ANTICIPÉES EN ITALIE

par Gavin Jones et Stephen Jewkes

MILAN (Reuters) - Le chef de l'Etat italien, Giorgio Napolitano, devait rencontrer dans la soirée le président du Conseil pour rechercher ensemble une majorité au parlement pour un nouveau gouvernement, après l'éclatement du cabinet d'Enrico Letta provoqué par la démission des ministres du parti du Peuple de la Liberté (PDL) de Silvio Berlusconi.

En ordonnant samedi soir le départ du gouvernement des cinq ministres appartenant à sa formation, Silvio Berlusconi a replongé l'Italie dans la crise politique.

Le "Cavaliere" a dit avoir pris sa décision après le refus du gouvernement de renoncer à une hausse de la TVA à laquelle s'oppose le PDL.

Enrico Letta a accusé l'ancien Premier ministre, qui a fêté dimanche son 77e anniversaire, d'avoir proféré "un énorme mensonge" pour justifier un "geste fou et irresponsable".

Cette nouvelle crise est le produit de la possible éviction de Berlusconi du Sénat à la suite de sa condamnation définitive, prononcée en août par la Cour de cassation, pour fraude fiscale dans l'affaire Mediaset. Une commission sénatoriale doit se prononcer le 4 octobre sur une éventuelle déchéance du "Cavaliere".

Avant et après la démission des ministres PDL, Giorgio Napolitanio a clairement fait savoir qu'il épuiserait toutes les possibilités avant de recourir en dernier ressort à l'arme de la dissolution et de rappeler les Italiens devant les urnes, sept mois après les dernières législatives.

"Je cherche à voir s'il n'existe pas la possibilité d'une poursuite de l'actuelle législature", a dit le chef de l'Etat lors d'un déplacement à Naples. Interrogé sur une éventuelle dissolution, il a répondu: "Uniquement s'il n'y a pas d'autre possibilité."

LETTA DEVANT LE PARLEMENT CETTE SEMAINE

Enrico Letta, qui juge que Silvio Berlusconi cherche avant tout à faire diversion en raison de ses problèmes judiciaires, doit quant à lui s'exprimer devant le parlement en début de semaine.

La crise politique a relancé chez les investisseurs les questions concernant la capacité de l'Italie à adopter les réformes nécessaires pour mettre fin à deux ans de récession, une décennie de léthargie économique, une dette publique de 2.000 milliards d'euros et un taux de chômage des jeunes atteignant les 40%.

Les marchés financiers ont déjà pris en compte l'instabilité politique, affirme le ministre de l'Economie Fabrizio Saccomanni dans un entretien publié dimanche.

"Les marchés prendront en compte de nombreux éléments, dont les perspectives économiques qui s'améliorent clairement", dit-il dans les colonnes du quotidien financier Il Sole 24 Ore.

"Je pense que l'incertitude liée à l'instabilité du gouvernement a d'ores et déjà été largement intégrée par les marchés ces dernières semaines", ajoute-t-il.

Un avis pas totalement partagé par l'analyste Nicholas Spiro, président de Spiro Sovereign Strategy.

"C'est vrai que les marchés se sont habitués aux dysfonctionnements de la politique italienne, mais on a l'impression que les choses échappent progressivement à tout contrôle, ce qui pourrait avoir des conséquences dangereuses à la fois pour l'Italie et pour la zone euro", estime-t-il.

VOIX DISSIDENTES

Silvio Berlusconi a appelé de ses voeux dimanche la tenue d'élections "le plus vite possible. Nous les gagnerons", a-t-il assuré.

Mais des voix dissidentes se font entendre dans son camp. Fabrizio Cicchitto, pourtant un fidèle de longue date du magnat des médias, a publiquement regretté que son mentor n'ait pas consulté la direction du PDL avant d'ordonner le départ des ministres.

Deux ex-ministres PDL, Gaetano Quagliariello (Réformes constitutionnelles) et Beatrice Lorenzin (Santé) ont tous deux précisé dimanche qu'ils démissionnaient mais qu'ils n'adhéreraient pas à Forza Italia, la formation d'origine de Silvio Berlusconi que ce dernier souhaite relancer en remplacement du PDL.

L'ex-ministre PDL des Infrastructures, Maurizio Lupi, a émis la crainte que Forza Italia (En Avant l'Italie) ne soit tenté par "l'extrémisme".

Ces déclarations confortent Napolitano et Letta dans leur conviction qu'une majorité est à rechercher au parlement pour former un nouveau gouvernement, qu'il soit dirigé par le Premier ministre sortant ou par une autre personnalité.

Enrico Letta peut trouver facilement une majorité à l'Assemblée. Au Sénat, il peut rallier à lui des élus du PDL en rupture de ban avec Berlusconi, ainsi que des membres du mouvement contestataire Cinq-Etoiles de Beppe Grillo.

Berlusconi a senti le danger de désertions dans son camp, et souligné dimanche dans une nouvelle déclaration que le PDL était prêt à voter le budget 2014 qui sera présenté prochainement au parlement à condition que les mesures y figurant soient "réellement utiles à l'Italie".

Henri-Pierre André et Pascal Liétout pour le service français

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant

Partenaires Taux