Le président égyptien ordonne que le parlement siège à nouveau

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Le président égyptien ordonne que le parlement siège à nouveau
Le président égyptien ordonne que le parlement siège à nouveau

par Marwa Awad et Shaimaa Fayed

LE CAIRE (Reuters) - Le président égyptien Mohamed Morsi, issu des rangs des Frères musulmans, a ordonné dimanche par décret que le parlement, dissous par décision de justice, se réunisse à nouveau jusqu'à ce qu'une nouvelle assemblée soit élue.

"Le président Mohamed Morsi a ordonné la reconvocation des sessions du parlement élu", a déclaré un de ses collaborateurs, Yasser Ali, lisant un communiqué de la présidence.

De nouvelles élections parlementaires auront lieu dans un délai de 60 jours suivant la promulgation de la nouvelle constitution, a-t-il ajouté.

Selon l'agence de presse officielle MENA, les militaires du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui ont dirigé la transition depuis la chute d'Hosni Moubarak en février 2011, se sont aussitôt réunis pour "étudier et débattre des répercussions de la décision du président Mohamed Morsi de réunir à nouveau le parlement".

Cette réunion, précise l'agence, était présidée par le maréchal Hussein Tantaoui, président du CSFA.

Le décret a également poussé la Haute Cour constitutionnelle à convoquer une session d'urgence lundi pour étudier la mesure, a déclaré son vice-président Maher Sami à l'agence officielle MENA.

A l'appel du parti Liberté et Justice (PLJ) des Frères musulmans, quelques centaines de personnes se sont rassemblées dimanche place Tahrir pour soutenir la décision de Mohamed Morsi. "Nous t'aimons Morsi", ont-ils scandé. "A bas le régime militaire."

La décision de Mohamed Morsi met en lumière les luttes de pouvoir à l'oeuvre entre islamistes et militaires qui devraient caractériser son mandat. Elle pourrait également provoquer une bataille juridique pour déterminer si le nouveau président est en droit d'annuler une décision de la Haute Cour constitutionnelle.

La Haute cour constitutionnelle d'Egypte a provoqué la dissolution du parlement le mois dernier au motif d'irrégularités dans le déroulement du long scrutin qui a eu lieu l'hiver dernier.

CONFRONTATION RAPIDE

Cette décision, prise quelques jours avant le second tour de l'élection présidentielle remporté par le candidat des Frères musulmans, avait été interprétée comme le signe d'une tentative des militaires de préserver leurs prérogatives.

Mohamed Morsi a prêté serment le 30 juin et est devenu le premier chef de l'Etat du pays le plus peuplé du monde arabe à ne pas sortir des rangs de la puissante armée, mais, en l'absence de parlement, il n'a pas la capacité de faire adopter des lois.

Farouk Soltan, ancien président de la Haute Cour constitutionnelle, a déclaré sur le site du quotidien Al Ahram que la décision du président n'avait pas de base légale.

Plusieurs observateurs se sont montrés surpris par l'annonce du président, et ne s'attendaient pas à une confrontation aussi rapide de la part des Frères, qui avaient tenté de rapprocher leurs positions avec l'armée dans les jours ayant précédé l'investiture du nouveau président.

"Tout le monde s'attendait à ce que cela arrive, mais pas maintenant, à moins que cette décision n'ait été prise en accord avec le conseil militaire, mais j'en doute", a déclaré le politologue Mohamed Khalil.

"Cela veut dire qu'il est en train de prendre le pouvoir législatif au conseil militaire et de le redonner au parlement", a t-il expliqué. "Il a peut-être besoin, en ce moment, de certaines lois pour renforcer le gouvernement."

Saad Husseini, l'un des membres dirigeants des Frères musulmans, a dit quant à lui ne pas croire que l'armée osera défier le décret présidentiel. "Nous sommes confiants dans le fait que le conseil militaire n'entraînera pas le pays dans un tourbillon politique", a-t-il déclaré.

"COMPROMIS À COURT TERME"

Certains analystes considèrent que l'annonce présidentielle permet aux Frères musulmans de temporiser.

"Les militaires voulaient dissoudre l'assemblée, et les Frères ne veulent pas", selon Shadi Hamid, du cercle d'études Brookings Doha Center. "Il leur faut trouver un terrain d'entente, ou ils seront dans l'impasse pendant un temps indéfini."

"Cela peut être un compromis à court terme, de façon à ce que les militaires obtiennent une partie de ce qu'ils veulent - un nouveau parlement dans les prochains mois - et que les islamistes puissent éviter une situation où l'armée domine le pouvoir législatif."

D'autres observateurs sont plus sceptiques. "Je ne suis pas sûre que les luttes de pouvoir à l'oeuvre dans la sphère juridique et qui ajoutent à l'incertitude juridique déjà existante soient très saines, ni pour nous ni pour l'Etat de droit", a déclaré la militante des droits de l'homme Heba Morayef.

Face à la dissolution du Parlement, doublée d'une réduction des prérogatives présidentielles décidée par le CSFA, les Frères musulmans avaient dénoncé un "coup d'Etat".

"Nous ne pouvons accepter d'avoir un président sans aucun pouvoir. Il s'agit de revenir sur les restrictions (imposées par les militaires) afin que le président Morsi soit en mesure de tenir les promesses qu'il a faites au peuple", déclarait notamment Essam Haddad, responsable de la confrérie et conseiller de Morsi.

Il semblait alors probable que seules les candidatures individuelles au Parlement - celles qui ont été invalidées par la Haute Cour constitutionnelle - feraient l'objet d'un nouveau scrutin, avec l'avantage d'éviter de repartir de zéro et de devoir réélire la totalité de l'Assemblée, y compris les élus au scrutin de liste.

Avec Tom Pfeiffer et Patrick Werr, Henri-Pierre André, Julien Dury et Hélène Duvigneau pour le service français

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