Le président du Burundi reprend le pouvoir

le , mis à jour à 20:08
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(Actualisé avec déclarations président §1-4, réactions Onu §14-15) par Goran Tomasevic BUJUMBURA, 15 mai (Reuters) - Le président burundais Pierre Nkurunziza a fait son retour à Bujumbura vendredi, annonçant que la paix était rétablie au Burundi et que les frontières étaient rouvertes après l'échec d'une tentative de coup d'Etat. "La paix est revenue dans tout le pays, y compris dans la capitale où les putschistes sévissaitent", a déclaré le chef de l'Etat dans un message radiodiffusé, ajoutant que ceux qui souhaitaient faire usage de la violence "ne triompheraient jamais". Pierre Nkurunziza a également appelé "à un arrêt immédiat des manifestations" et a proposé l'instauration d'un dialogue pour résoudre la crise politique provoquée par sa volonté de briguer un troisième mandat. Deux jours après la tentative de putsch, fomentée alors qu'il assistait à un sommet régional en Tanzanie, le chef de l'Etat a repris les rênes du pouvoir et les quatre généraux artisans de l'opération ont été arrêtés, dont leur chef, Godefroid Niyombaré. "Il a été arrêté. Il ne s'est pas rendu", a précisé Gervais Abayeho, porte-parole du président, ajoutant que le sort des putschistes est désormais "entre les mains du système judiciaire". Parmi les officiers arrêtés figurent un général de police et deux généraux d'armée, dont l'ancien ministre de la Défense Cyrille Ndayirukiye. Rentré jeudi soir au Burundi, Pierre Nkurunziza a passé la nuit à Ngozi, dans sa région natale du nord du pays, a indiqué son porte-parole. En décidant de briguer un troisième mandat lors de l'élection présidentielle du 26 juin, le chef de l'Etat a suscité la colère de l'opposition, qui l'accuse de trahir la Constitution et les accords de paix d'Arusha ayant mis fin en 2005 à la guerre civile entre Hutus et Tutsis du Burundi, après 300.000 morts. Sa candidature a été validée la semaine dernière par la Cour constitutionnelle. Plus de 20 personnes ont été tuées dans des affrontements entre protestataires et forces de l'ordre depuis le début des manifestations fin avril. Douze soldats putschistes ont par ailleurs trouvé la mort jeudi en tentant de prendre le contrôle de la radio d'Etat, a déclaré vendredi un officier de l'armée, qui a également fait état de 35 blessés dans les rangs des mutins et quatre dans ceux des forces loyalistes. NOUVEAUX APPELS À MANIFESTER Le mouvement Focode (Forum pour la conscience et le développement), l'une des 300 organisations et associations qui ont appelé à descendre dans la rue pour protester contre la nouvelle candidature de Pierre Nkurunziza, a annoncé vendredi qu'il appellerait à de nouvelles manifestations et s'est dit étranger à la tentative de putsch de mercredi. "Les manifestations contre le troisième mandat de Nkurunziza vont se poursuivre", a dit Gordien Niyungeko, un des dirigeants du Focode. "Notre mouvement n'est pas lié à la tentative de coup d'Etat." Le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon a appelé le pouvoir burundais à ne pas se livrer à des représailles ou des actes de vengeance et a souhaité l'organisation "d'élections crédibles". "Les représailles et les vengeances doivent être évitées", a commenté Farhan Haq, porte-parole de l'Onu, précisant que l'émissaire spécial Saïd Djinnit travaillait en collaboration avec l'Union africaine et la Communauté des Etats d'Afrique de l'Est pour "créer les conditions nécessaires à des élections pacifiques, crédibles et inclusives au Burundi". Selon un groupe de jeunes gens de Cibitoke, un faubourg de Bujumbura où les manifestations anti-Nkurunziza étaient très fréquentes, la police a prévenu qu'ils seraient considérés comme des rebelles et comme des cibles s'ils décidaient de descendre dans la rue. L'instabilité a conduit l'ambassade américaine au Burundi à ordonner l'évacuation partielle de son personnel. La représentation des Etats-Unis restera fermée vendredi et il n'a pas encore été décidé si elle rouvrirait la semaine prochaine. Selon des chiffres du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, plus de 105.000 personnes ont fui le Burundi vers la Tanzanie, le Rwanda et la République démocratique du Congo. Les autorités tanzaniennes évaluent de leur côté à plus de 50.000 le nombre de Burundais installés dans des conditions précaires sur les rives du lac Tanganyika. (Avec Edmund Blair à Nairobi; Nicolas Delame et Tangi Salaün pour le service français, édité par Marc Angrand)

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