Le président brésilien par intérim appelle au rassemblement

le
0
AU BRÉSIL, MICHEL TEMER APPELLE AU RASSEMBLEMENT DERRIÈRE SON GOUVERNEMENT
AU BRÉSIL, MICHEL TEMER APPELLE AU RASSEMBLEMENT DERRIÈRE SON GOUVERNEMENT

par Lisandra Paraguassu et Alonso Soto

BRASILIA (Reuters) - Le nouveau président brésilien par intérim, le centriste Michel Temer, a appelé jeudi le pays à se rassembler derrière son gouvernement de "salut national", quelques heures après la mise à l'écart par le Sénat de la présidente de gauche Dilma Rousseff en vue de sa destitution.

Le chef de l'Etat par intérim, qui est âgé de 75 ans, a déclaré jeudi aux Brésiliens qu'il allait travailler à restaurer la crédibilité de son pays, à la fois sur le plan national et à l'étranger et a appelé à l'unité des Brésiliens.

Il leur a demandé d'avoir "confiance". Le Brésil, a-t-il dit, saura surmonter la crise politique et économique. Le pays est également miné par une vaste enquête pour corruption menée autour de la compagnie pétrolière publique Petrobras.

"Il est urgent de calmer le pays et d'unir le Brésil", a déclaré le président après la présentation de son gouvernement. "Les partis politiques, les dirigeants, les organisations et le peuple brésilien vont coopérer pour tirer le pays de cette grave crise", a-t-il ajouté.

Michel Temer, professeur de droit constitutionnel, est membre du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB). Il a été élu député à de nombreuses reprises. Il était jusqu'à présent vice-président. Il est lui-même visé par une enquête sur le financement de sa campagne électorale en 2014.

La mise à l'écart de Dilma Rousseff met fin de façon dramatique à 13 années de gouvernement du Parti des travailleurs (PT). Arrivé au pouvoir en 2003, avec l'élection de Luiz Inacio Lula da Silva, mentor et prédécesseur de Dilma Rousseff, le PT avait pu profiter du boom des exportations de matières premières de la région à l'époque pour mettre en place des politiques sociales ambitieuses.

SORTIR DE LA RÉCESSION

Mais, comme d'autres dirigeants de gauche dans la région, Dilma Rousseff, après quatre législatures consécutives du PT, s'est retrouvée confrontée à des temps plus difficiles avec la chute des prix des matières premières et l'incapacité de son gouvernement à soutenir la croissance.

Outre les difficultés économiques, la présidente, arrivée au pouvoir en 2011, s'est retrouvée aux prises avec ses opposants politiques déterminés à la faire chuter.

Aussitôt après la suspension de Dilma Rousseff, Michel Temer a demandé à ses nouveaux ministres de mettre en place une politique favorable aux entreprises tout en maintenant les programmes sociaux très populaires mis en place par le PT.

Signe de temps plus durs, le gouvernement a été réduit d'un tiers et ne compte que 23 ministres.

Le gouvernement Temer aura la difficile tâche de sortir le Brésil de la récession. La neuvième puissance économique mondiale devrait connaître une contraction de 3% de sa richesse cette année.

Le nouveau gouvernement devrait bientôt annoncer des mesures d'austérité pour aider à réduire le déficit public qui représente plus de 10% du produit intérieur brut (PIB).

Michel Temer a rapidement nommé au ministère des Finances l'ancien gouvernement de la banque centrale brésilienne, Henrique Meirelles. Il devra notamment s'attaquer à la réforme du système des retraites, avec peut-être, la fixation d'un âge minimum pour partir à la retraite, a déclaré un conseiller.

Le Sénat a délibéré pendant 20 heures avant de décider, par 55 voix contre 22, de renvoyer Dilma Rousseff devant la justice. Elle est accusée d'avoir dissimulé l'ampleur du déficit budgétaire à la fin de son premier mandat pour faciliter sa réélection en 2014.

ROUSSEFF : "UN MOMENT TRAGIQUE"

Dilma Rousseff, qui est âgée de 68 ans, est suspendue de ses fonctions pendant les six mois que devraient durer son procès.

Avant de quitter le palais présidentiel de Brasilia, elle est apparue combative. Elle a qualifié sa mise à l'écart de "coup d'Etat" et estimé que la procédure engagée à son encontre en décembre dernier était "frauduleuse".

"J'ai peut-être commis des erreurs mais je n'ai pas commis de crime", a-t-elle lancé, tandis que son mentor, l'ancien président Luiz Inacio Lula da Silva, qui est lui poursuivi pour des faits de corruption, se tenait à ses côtés.

Plusieurs ministres du gouvernement sortant étaient également présents. Certains pleuraient.

"Je n'aurais jamais imaginé qu'il faudrait à nouveau s'opposer à un coup d'Etat dans ce pays", a déclaré la présidente, stoïque, en référence à l'époque de la dictature militaire qu'elle a connue dans sa jeunesse.

"C'est un moment tragique pour notre pays", a estimé celle qui fut membre de la guérilla marxiste et devint la première femme présidente du Brésil.

Le Parti des travailleurs est issu du mouvement travailliste des années 70 au Brésil. Il a aidé au renversement de généraux qui ont été au pouvoir pendant 20 ans jusqu'en 1985.

Malgré sa volonté de combattre, il est peu probable que Dilma Rousseff soit blanchie à l'issue de son procès devant le Sénat. Les résultats de sa mise à l'écart provisoire jeudi montrent que ses opposants disposent déjà de soutiens suffisants pour atteindre la majorité des deux tiers nécessaires pour l'écarter définitivement du pouvoir.

(Avec Paulo Prada, Brad Brooks, Leonard Goy, Silvio Cascione et Guillermo Parra-Bernal; Jean-Stéphane Brosse, Pierre Sérisier et Danielle Rouquié pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant

Partenaires Taux