Le prépayé pour le gaz et l'électricité fait débat

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Un amendement voté au Sénat préconise la rédaction d'un rapport sur un système de prépaiement de l'énergie, comme cela existe dans la téléphonie. Le principe est déjà en place en Grande-Bretagne et en Belgique, par exemple.

Le casse-tête des factures impayées d'électricité et de gaz pourrait-il être résolu par des cartes prépayées ? C'est ce que laisse penser un amendement, présenté par la sénatrice Delphine Bataille et les membres du groupe socialiste au Sénat dans le cadre du projet de loi Hamon sur la consommation, qui a été adopté le 12 septembre dernier. Cet amendement demande qu'«un rapport sur la mise en oeuvre d'un système de prépaiement de l'électricité et du gaz» soit remis au Parlement, afin de préciser les conditions dans lesquelles un tel système «pourrait être mis en place sans pénaliser économiquement les consommateurs». Comme l'a souligné le sénateur Roland Courteau lors du débat, «les compteurs à prépaiement, qui existent au Royaume-Uni et en Belgique, peuvent présenter des avantages mais il faut en maîtriser les risques».

Les associations de consommateurs s'inquiètent déjà de possibles dérives. «Quand dans certains cas on dépassait ce qu'on avait payé, c'est simple, on était coupé», explique au Parisien François Carlier, délégué général de l'association CLCV, s'appuyant sur ce qui se pratiquerait à l'étranger. Pour lui, ce projet est «une vision trop simpliste de la précarité énergétique et qui remet en cause la notion de service public». Un avis que partage Nicolas Mouchnino, chargé de mission énergie à l'UFC-Que Choisir. «Un tel dispositif menacerait toutes les mesures qui ont justement été prises pour protéger les familles modestes, comme l'interdiction des coupures pendant la trêve hivernale ou la mise en place des tarifs sociaux de l'énergie», s'étonne-t-il.

Tarifs plus chers pour le prépayé

Moins catégorique, le Médiateur de l'énergie ne voit pas d'un mauvais oeil la réflexion engagée sur le prépaiement du gaz et de l'électricité. Il reste néanmoins prudent. «Ce système a une mauvaise image à cause de certaines expériences menées à l'étranger», explique-t-on au sein de ses services. «Au final, les familles modestes à qui sont destinées ces solutions payent souvent plus cher l'énergie lorsqu'elles optent pour des compteurs prépayés.» Le prépayé est pourtant plébiscité au Royaume-Uni, où près de 6 millions de foyers sont équipés de compteurs à cartes rechargeables, selon le comparateur de fournisseurs d'énergie U Switch. En Belgique, 88.218 compteurs dits «à budget» étaient installés pour l'électricité en 2012, selon le rapport annuel de l'Opérateur des réseaux gaz et électricité (ORES). Côté gaz, on comptait 25.793 de ces équipements.

En France, près de 580.000 foyers ont été privés d'électricité ou de gaz pour impayés l'an dernier, contre «environ 500.000» en 2011, selon le rapport annuel du Médiateur de l'énergie. Dans le détail, environ 400.000 foyers ont subi des coupures d'électricité ou réduction de puissance à seulement 1000 watts (ce qui rend impossible l'utilisation d'un appareil de chauffage ou d'une plaque de cuisson sans faire fondre un fusible, par exemple) et 180.000 de gaz. Et les abonnements de près de 230.000 foyers à l'électricité ou au gaz ont été tout bonnement résiliés à l'initiative des fournisseurs en raison des impayés.

Contactés par lefigaro.fr, EDF n'a pas souhaité faire de commentaires et GDF Suez n'était pas immédiatement disponible. Les fournisseurs historiques ont déployé chacun des dispositifs pour éviter les défauts de paiement. Ils tentent de former les particuliers à une consommation plus efficace et, surtout, de «détecter les plus fragiles» en amont.

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