Le preneur d'otages de Sydney était bien connu de la police

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(Actualisé avec précisions sur le passé de Monis) par Matt Siegel SYDNEY, 15 décembre (Reuters) - L'auteur de la prise d'otages dans un café du centre de Sydney, tué lors de l'assaut donné par la police aux premières heures de mardi, était un homme violent, inculpé de complicité de meurtre et de multiples agressions sexuelles, qui nourrissait un fort ressentiment contre le gouvernement australien qu'il accusait de lui avoir pris ses enfants. Man Haron Monis, un réfugié iranien décrit par ceux qui le connaissaient comme étrange et solitaire, était connu de la police, a confirmé mardi le Premier ministre Tony Abbott. Ce quinquagénaire avait été inculpé l'an dernier pour complicité dans le meurtre de son ex-femme, poignardée et brûlée dans un appartement de Sydney. Cette année, il avait été inculpé pour une quarantaine d'agressions sexuelles sur des femmes de Sydney, montrent des documents judiciaires. En 2012, il avait été déclaré coupable d'avoir envoyé des lettres de menace aux familles de huit soldats australiens tués en Afghanistan pour protester contre la participation de l'Australie à la lutte contre les taliban dans ce pays. S'exprimant à Canberra, Tony Abbott a indiqué que le preneur d'otages avait "un long passé de violence criminelle, de fascination pour l'extrémisme et d'instabilité mentale". Mike Baird, le Premier ministre de Nouvelle-Galles du Sud, dont Sydney est la capitale, n'a pas voulu répondre à la question d'un journaliste qui lui demandait s'il était normal que Man Haron Monis se soit vu accorder une mise en liberté sous caution. Son site internet, désormais désactivé par les autorités, dépeint l'image d'un homme furieux contre la justice australienne et par les injustices dont étaient selon lui victimes les musulmans en Irak et en Afghanistan. "Man Haron Monis (...) a constamment été attaqué et faussement accusé par le gouvernement et les médias australiens depuis le début de sa campagne de lettres politiques en 2007", écrivait de lui à la troisième personne sur son site internet celui qui se qualifiait de cheikh. "Le gouvernement australien lui a pris ses enfants et il n'a pas le droit de leur rendre visite ni même de les appeler", ajoutait-il. "LOUP SOLITAIRE" L'avocat pénaliste Adam Houda, basé à Sydney, qui représentait Monis dans l'affaire des lettres envoyées aux familles des soldats, le décrit comme un solitaire très perturbé, qui vivait en marge de la communauté musulmane de Sydney. "C'était un type, très, très, très particulier. Il n'avait d'attaches avec aucun groupe. Il agissait seul. C'était un loup solitaire", a déclaré l'avocat à Reuters. De source proche de la mouvance islamiste à Sydney, on indique qu'il n'appartenait à aucun groupe et qu'il était tenu à l'écart par les différents mouvements. Man Haron Monis avait fui l'Iran à la fin des années 1990, a dit à Reuters Manny Conditsis, l'avocat qui l'a représenté dans l'affaire de complicité de meurtre. Depuis qu'il avait obtenu l'asile en Australie, en 2001, dénoncer les violences subies par les musulmans à l'étranger était devenu pour lui une obsession, a-t-il ajouté. Son site internet offrait peut-être l'indication la plus parlante de ce qui l'a poussé à prendre des personnes en otages dans un café chic de Martin Place au coeur du quartier financier de Sydney. Le site web montre des images crues d'enfants tués, selon lui, par les frappes aériennes de la coalition internationale menée par les Etat-Unis en Syrie et en Irak. Le site reprend aussi la couverture par les médias de ses apparitions en justice. On y trouve aussi des déclarations adressées à la communauté musulmane et au Premier ministre australien Tony Abbott. IL SE PRENAIT POUR ASSANGE Man Haron Monis se compare à Julian Assange, fondateur du site internet lanceur d'alerte Wikileaks, se dit persécuté par le gouvernement pour ses opinions politiques et fulmine contre les autorités pour les accusations d'agression sexuelles à son encontre. "Puisque le gouvernement australien ne peut tolérer l'activité du cheikh Haron, (il) essaie de nuire à sa réputation par ces fausses accusations et aussi essaie de mettre la pression sur lui pour qu'il cesse son activité et soit contraint au silence", écrivait-il. Selon Manny Conditsis, Man Haron Monis affirmait avoir été lui-même torturé en prison, couvert d'excréments et contraint à dormir sur le sol. "Il en conservait un profond traumatisme", raconte-t-il. "S'il avait en tête, avant la prise d'otages, qu'il devrait inévitablement retourner en prison, je pense que cela peut l'avoir fortement perturbé." En dépit de ces signaux d'alertes, Man Haron Monis ne faisait semble-t-il pas l'objet d'une surveillance particulière, ce qui interroge les médias australiens. Pour Greg Barton, directeur du Centre de recherche sur le terrorisme mondial à l'université Monash à Melbourne, toutes les personnes présentant potentiellement une menace ne peuvent cependant pas être surveillées en permanence par la police qui, compte tenu de ses ressources limitées, doit se concentrer sur les groupes susceptibles de commettre des attentats spectaculaires. "Oui, on aurait pu le mettre sous surveillance 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Mais il n'est possible d'y mettre que quelques personnes à la fois et, sur la liste des priorités, il aurait été très en bas", estime Greg Barton. "Je ne crois pas qu'il y ait eu erreur dans ce cas", ajoute-t-il en estimant que l'affaire illustre la difficulté de traiter de genre de menace. (Avec Lincoln Feast; Danielle Rouquié et Tangi Salaün pour le service français)

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  • C177571 le mardi 16 déc 2014 à 08:59

    Que faisait il en liberté?