Le Premier ministre serbe aborde la présidentielle en favori

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    par Ivana Sekularac 
    BELGRADE, 2 avril (Reuters) - Le Premier ministre 
conservateur Aleksandar Vucic aborde en grand favori l'élection 
présidentielle de dimanche en Serbie, où l'opposition craint de 
le voir exercer une domination sans partage sur le pays. 
    A 47 ans, le chef du gouvernement, qui se présente sous les 
couleurs de son Parti progressiste de Serbie (SNS), la 
principale formation de la coalition au pouvoir, pourrait 
l'emporter dès le premier tour, selon les instituts de sondages 
qui le créditent de plus de 50% des intentions de vote. 
    Le rôle de président est essentiellement honorifique en 
Serbie mais, en cas de victoire, Aleksandar Vucic pourrait 
continuer à détenir la réalité du pouvoir en contrôlant le SNS. 
    Au fil de la campagne, il a appelé ses compatriotes à porter 
à la tête de l'Etat un président de la même couleur politique 
que le gouvernement. "Si deux pilotes sont à bord d'un avion et 
qu'ils veulent veut aller chacun dans des directions opposées, 
l'avion finira directement dans les abîmes et ce serait une 
catastrophe pour la Serbie", a-t-il dit. 
    Aux yeux de ses partisans, le Premier ministre dispose du 
sang-froid et de la fermeté nécessaires face au manque de 
stabilité régionale dans les Balkans. 
    Ses adversaires l'accusent en revanche de penchants 
autoritaires comme en témoigne à leurs yeux sa mainmise sur les 
médias depuis que son parti est arrivé au pouvoir en 2012 et que 
lui-même a accédé à la tête du gouvernement il y a trois ans. 
    Aleksandar Vucic rejette ces accusations mais il peine à 
faire oublier son passé dans les derniers jours de 
l'ex-Yougoslavie. Alors âgé d'un peu moins de 30 ans, il était 
un ministre redouté de l'Information chargé de faire respecter 
la législation draconienne destinée à museler toute voix 
critique contre le gouvernement durant la guerre au Kosovo en 
1998-1999. 
         
    UN TRUBLION DE 25 ANS RIDICULISE LA CLASSE POLITIQUE 
    Considérée à l'Ouest comme un Etat paria pendant les conflit 
guerres qui ont suivi l'éclatement de la Yougoslavie dans les 
années 1990, la Serbie a ouvert des négociations d'adhésion avec 
l'Union européenne et espère les boucler d'ici 2019. 
    Dans une interview accordée le week-end dernier à Reuters, 
Aleksandar Vucic a déclaré que la Serbie était déterminée à 
rejoindre l'UE mais a ajouté qu'il voulait aussi améliorer les 
relations avec la Russie, l'allié traditionnel de Belgrade. 
    Cette intégration à l'UE est contestée par une partie 
importante de la population qui voit les pays ouest-européens 
comme des suppôts de l'Otan et de sa campagne de bombardement 
qui a mis fin  à la guerre au Kosovo, favorisant l'indépendance 
de l'ancienne province serbe. 
    Son plus proche adversaire, à plus de quarante points 
derrière lui, n'est pas un opposant classique comme Sasa 
Jankovic, ex-médiateur de la république chargé des droits de 
l'homme, ou l'ultranationaliste Vojislav Seselj, mais un jeune 
homme de 25 ans, étudiant en communication dont la campagne 
satirique traduit le désaveu des élites politiques. 
    Luka Maksimovic, natif de Mladenovac, se présente sous le 
pseudonyme de Ljubisa 'Beli' Preletacevic - beli signifie blanc 
en serbe, preletacevic est un jeu de mot désignant ceux qui 
changent de parti politique à des fins d'enrichissement 
personnel. 
    Inauguré l'an dernier lors d'élections locales à Mladenovac, 
où sa liste avait réuni 20% des suffrages et fait élire douze 
conseillers, son personnage, en costume blanc, montre dorée à 
cadran large et chignon haut, se veut une caricature d'élu 
corrompu et louche. 
    En cas de deuxième tour, les 6,7 millions d'électeurs serbes 
seront à nouveau appelés aux urnes le 16 avril. 
 
 (Henri-Pierre André et Bertrand Boucey pour le service 
français) 
 
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