Le Premier ministre roumain en pole position pour la présidence

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par Matthias Williams et Radu-Sorin Marinas BUCAREST, 2 novembre (Reuters) - Le Premier ministre roumain Victor Ponta aborde en grand favori le premier tour de l'élection présidentielle, ce dimanche, qui devrait consolider la stabilité politique du pays mais fait craindre pour l'indépendance de la justice et des médias. Soutenu par la machine politique bien huilée de son Parti social-démocrate, et apprécié des Roumains pour avoir assoupli des mesures d'austérité imposées durant la récession de 2009-2010, Ponta, 42 ans, est devenu il y a deux ans le plus jeune Premier ministre dans l'Union européenne. Il a notamment annulé une partie des baisses des pensions de retraite et des salaires de la fonction publique décidées par le gouvernement précédent. Les sondages le donnent en tête parmi les 14 candidats en lice, mais il devra vraisemblablement en passer par un second tour, le 16 novembre, sans doute face au chrétien-libéral Klaus Iohannis, maire de la ville de Sibiu, en Transylvanie. Les sondages sortie des urnes sont attendus pour 19h00 GMT, les premiers résultats officiels suivront tard dans la nuit. L'élection de Ponta serait synonyme de stabilité politique mais les détracteurs de l'actuel chef du gouvernement, qu'ils accusent de vouloir "tout contrôler", estiment qu'il pourrait menacer l'indépendance de la justice et des médias. Ancien procureur, pilote amateur de rallye automobile, Victor Ponta sort d'une cohabitation houleuse avec le président Traian Basescu, atteint par la limite des mandats. En 2012, le Premier ministre aujourd'hui candidat à la magistrature suprême a lancé une procédure d'empêchement contre le chef de l'Etat, s'attirant les vives critiques de l'Union européenne et faisant vaciller le leu, la devise nationale. Durant la campagne, Basescu a accusé Ponta d'avoir été espion dans les années 1990. Le beau-père de l'actuel Premier ministre et plusieurs cadres du Parti social-démocrate, issu du Parti communiste, ont été visés pour leur part par des accusations de corruption et de confiscation de terres. ÉQUILIBRE DES POUVOIRS Certains observateurs redoutent qu'avec l'effacement de Basescu, une forme d'équilibre des pouvoirs disparaisse et que Ponta se retrouve seul au volant d'un pays qui tarde à mettre en oeuvre les réformes en matière de lutte contre l'évasion fiscale, le travail au noir ou les discriminations à l'encontre des minorités hongroise et Roms. "Victor Ponta veut tout contrôler, dont les médias, c'est ma crainte principale", explique l'analyste politique Mircea Marian. "Je pense qu'il s'attaquera également au parquet anti-corruption", ajoute-t-il, le comparant au chef du gouvernement hongrois Viktor Orban, accusé par l'Union européenne et les Etats-Unis d'entraver la démocratie et la liberté d'expression. Constitutionnellement, les fonctions du président de la Roumanie sont surtout cérémoniales mais le chef de l'Etat exerce aussi une influence politique réelle: c'est lui qui nomme le Premier ministre, les juges et les procureurs et il peut bloque des propositions gouvernementales. "Alors que l'élection de Victor Ponta à la présidence diminuerait les tensions qui existent actuellement entre les deux branches de l'exécutif, elle renforcerait également le mainmise des sociaux-démocrates sur le pouvoir et poserait des questions concernant la poursuite de la réforme du système judiciaire", estime Paul Ivan, analyste politique du Centre politique européen (EPC) basé à Bruxelles. (Agathe Machecourt et Henri-Pierre André pour le service français)

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