Le Premier ministre néerlandais a remis sa démission

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Le Premier ministre néerlandais a remis sa démission
Le Premier ministre néerlandais a remis sa démission

par Thomas Escritt et Gilbert Kreijger

LA HAYE (Reuters) - Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a annoncé lundi avoir présenté la démission de son gouvernement à la reine Beatrix, après l'échec des négociations budgétaires avec le Parti de la Liberté (PVV).

Dans l'attente de sa décision, la reine a demandé au gouvernement de continuer à agir dans l'intérêt du pays, a dit Mark Rutte.

Il n'a pas précisé si des élections anticipées auraient lieu, mais certains ministres ont fait ouvertement savoir que des élections seraient indispensables pour sortir de l'impasse. Un porte-parole du parti libéral (VVD) de Mark Rutte a évoqué la date du 27 juin.

Le chef du gouvernement avait confirmé samedi la stérilité des discussions entamées début mars avec la formation xénophobe de Geert Wilders, le PVV, au sujet des moyens de dégager 14 à 16 milliards d'euros d'économies nécessaires pour ramener le déficit budgétaire sous le plafond des 3% du PIB, conformément au pacte européen de stabilité.

Le PVV n'appartient pas au gouvernement mais le soutenait au Parlement. Les Pays-Bas ont encore une semaine pour informer Bruxelles de la façon dont ils comptent réduire leur déficit budgétaire l'an prochain.

Les Pays-Bas, dirigés depuis octobre 2010 par un gouvernement minoritaire formé par les libéraux du VVD et les Chrétiens-démocrates (CDA), sont l'un des quatre derniers pays de la zone euro à bénéficier encore d'un triple A pour leur dette souveraine de la part de toutes les agences de notation. La crise politique pourrait menacer cette notation.

BARROSO CONFIANT

Le gouvernement de Mark Rutte est par ailleurs l'un des plus fervents défenseurs du pacte budgétaire européen qui doit encore être ratifié par 25 pays de l'Union. La crise actuelle pourrait faire obstacle au processus de ratification.

"L'échec des négociations budgétaires aux Pays-Bas pourrait au mieux mettre à mal la crédibilité du pacte fiscal et au pire encourager d'autres membres à en faire autant", estime Alastair Newton, du cabinet d'analyse Nomura, qui redoute qu'un "nouveau gouvernement eurosceptique" ne sorte des urnes.

La démission du gouvernement marque un revers pour le ministre des Finances, Jan Kees de Jager, qui a toujours refusé la comparaison avec les pays du sud de l'Europe en difficulté budgétaire. Il a tenté lundi de rassurer les marchés en soulignant que son pays tiendrait ses engagements.

Il avait déjà assuré auparavant que l'objectif de passer au-dessous de la barre des 3% de déficit était toujours accessible pour son pays en 2013. "Les Pays-Bas vont continuer à mener une solide politique fiscale", a-t-il déclaré.

"Il n'y a aucune corrélation entre les Pays-Bas et les pays du sud de l'Europe. (Notre) dette souveraine se situe autour de 65% (du PIB), ce qui est bien en deçà de la moyenne de la zone euro".

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a pour sa part déclaré que les autorités néerlandaises devaient remplir leurs objectifs.

"Nous attendons des autorités néerlandaises qu'elles trouvent une solution qui permette d'assurer la stabilité financière du pays et le bien-être des citoyens", a-t-il dit à Reuters lors d'un déplacement à Copenhague. "Je suis certain qu'une solution pourra être trouvée", a-t-il ajouté.

MÊME "BATEAU BUDGÉTAIRE" QUE LA GRÈCE

D'après le Bureau central de planification (CPB), le déficit du budget devrait être de 4,6% du PIB cette année et en 2013, ce qui place les Pays-Bas dans le même "bateau budgétaire" que les pays dits "périphériques", comme la Grèce ou le Portugal, dont les Pays-Bas ont dénoncé avec force le "laxisme budgétaire".

Les mesures en discussion avec le PVV comprenaient un gel des salaires, une augmentation de la TVA et une baisse des subventions aux crédits immobiliers qu'ont farouchement rejetées les négociateurs du parti de Wilders.

L'électorat néerlandais est très fragmenté et des élections législatives anticipées pourraient déboucher sur un Parlement morcelé. Selon un sondage réalisé par l'institut Maurice de Hond après l'annonce de l'échec des discussions, aucun parti ne disposerait de la majorité, augmentant le risque que la formation d'une nouvelle coalition ne s'éternise pendant des mois.

Les libéraux de Mark Rutte s'en sortiraient cependant le mieux, progressant par rapport aux précédentes législatives avec 33 des 150 sièges du Parlement, contre 31 actuellement.

Ils seraient suivis du Parti socialiste, eurosceptique (30 sièges) et du Parti travailliste, pro-européen (24 sièges). Les chrétiens démocrates reculeraient à onze sièges et le parti de Wilders à 19.

Avec Sara Webb à Amsterdam, Mette Fraende à Copenhague et Robert Bartunek à Bruxelles, Jean-Philippe Lefief et Hélène Duvigneau pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • LeRaleur le lundi 23 avr 2012 à 17:25

    Un futur MLP avec Wilders.