Le Premier ministre macédonien sacrifie deux de ses alliés

le , mis à jour à 22:57
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par Kole Casule SKOPJE, 12 mai (Reuters) - Le Premier ministre macédonien Nikola Grouevski a limogé mardi soir sa ministre de l'Intérieur et le chef des services de contre-espionnage dans une concession majeure à l'opposition, qui dénonce un scandale de surveillance massive, rapporte l'agence officielle de presse MIA. Le départ annoncé de Gordana Jankulovska et Saso Mijalkov fait également suite à un week-end de violence à Koumanovo, dans le nord du pays, où des affrontements dans un quartier albanophone de la ville entre la police et des hommes présentés par le pouvoir comme des "terroristes" ont fait 22 morts, dont huit policiers. (voir ID:nL5N0Y10GO ) La région de Koumanovo, située à une quarantaine de kilomètres au nord de la capitale Skopje, a été le théâtre d'affrontements entre forces gouvernementales et séparatistes albanophones en 2001. Depuis, le gouvernement accuse des groupes armés venus du Kosovo de mener des incursions en territoire macédonien. Mais pour l'opposition, les violences du week-end sont une "diversion" lancée par le pouvoir pour faire passer au second plan le scandale lié aux écoutes illégales et aux abus de pouvoir dont elle accuse le gouvernement conservateur. "Je demande à Nikola Grouevski d'expliquer sans attendre qui cherche à déstabiliser la Macédoine, pourquoi et dans quel but. Ce sombre scénario va échouer car les citoyens savent à qui il profite", lançait dès samedi le chef de file de l'opposition social-démocrate, Zoran Zaev. Depuis des mois, l'opposition, qui appelle à une manifestation nationale le 17 mai, accuse le gouvernement de pratiquer une surveillance illégale à "échelle industrielle" et réclame la démission de Grouevski, au pouvoir depuis neuf ans. Zaev dit détenir des enregistrements d'écoutes effectuées sur des juges et sur des journalistes et qui révèlent aussi un contrôle étroit sur la conduite des élections et des nominations partisanes à des postes de la fonction publique. Florian Bieber, spécialiste des Balkans à l'université de Graz, en Autriche, jette lui aussi un regard soupçonneux sur les événements du week-end à Koumanovo. "Le timing est trop suspect pour ne pas envisager une connexion. Cela ne signifie pas que ce n'était pas une attaque terroriste, mais cela suggère que le gouvernement a pu y être mêlé. Le seul bénéficiaire évident de ces violences, c'est le parti au pouvoir", analyse-t-il. Le gouvernement affirme que ces enregistrements sont des faux fabriqués par des services d'espionnage étrangers. La justice a inculpé parallèlement le chef de l'opposition de tentative de renversement du pouvoir. (Henri-Pierre André pour le service français)

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