Le Premier ministre libyen brièvement otage de miliciens

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LIBÉRATION DU PREMIER MINISTRE LIBYEN
LIBÉRATION DU PREMIER MINISTRE LIBYEN

par Ghaith Shennib et Ulf Laessing

TRIPOLI (Reuters) - Ali Zeidan, le chef du gouvernement libyen, a été détenu plusieurs heures jeudi par d'anciens rebelles qui ont dit agir en représailles à la capture d'un responsable d'Al Qaïda par une unité des forces spéciales de l'armée américaine, samedi à Tripoli.

"Le Premier ministre a été libéré", a annoncé en fin de matinée un membre de son équipe. Selon un correspondant de Reuters qui se trouvait devant le ministère de l'Intérieur, où il était retenu, des coups de feu ont été tirés par des gens qui réclamaient sa libération.

Ali Zeidan, qui est âgé d'une soixantaine d'années, avait été enlevé à l'aube à l'hôtel Corinthia, l'un des lieux les mieux protégés de la capitale, où il réside comme de nombreux hauts fonctionnaires et diplomates. Sa détention a duré environ six heures.

Peu avant la libération du Premier ministre, un membre de la brigade anticriminalité du ministère de l'Intérieur, où il était détenu, avait assuré qu'il était bien traité.

Ses ravisseurs disent avoir agi pour dénoncer la participation de Tripoli à l'opération des Navy SEALs américains qui ont appréhendé Abou Anas al Liby, un responsable d'Al Qaïda recherché pour des attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998.

Et quand le secrétaire d'Etat américain John Kerry a confirmé cette participation, l'ancienne milice rebelle connue sous le nom de Chambre des révolutionnaires de Libye, a décidé d'"arrêter" Ali Zeidan

"Son arrestation intervient après que (Kerry) a indiqué que le gouvernement libyen était au courant de l'opération", a dit un porte-parole de l'ex-milice.

Ce groupe est désormais affilié au ministère de l'Intérieur, qui lui a confié la tâche d'assurer la sécurité dans la capitale libyenne dans le cadre d'un programme d'intégration des mouvements armés.

CONDAMNATION INTERNATIONALE

Ali Zeidan, un ex-diplomate considéré comme un libéral hostile aux islamistes, a pris ses fonctions en novembre 2012 dans un pays toujours sans Constitution et dont le parlement est paralysé par la confrontation entre laïques de l'Alliance des forces nationales et Frères musulmans.

Deux ans après le renversement et la mort de Mouammar Kadhafi, le gouvernement libyen issu de cette révolution a manifestement toujours autant de mal à imposer son autorité aux nombreux groupes armés restés actifs sur l'ensemble du vaste territoire libyen.

Pour Geoff Porter, du cabinet de conseil North Africa Risk, l'enlèvement d'Ali Zeidan "montre non seulement qu'il ne contrôle pas le pays, mais qu'il ne contrôle pas non plus son propre gouvernement".

L'incident pose à nouveau la question de la sécurité et notamment celle des installations pétrolières, principale source de revenus pour Tripoli. Les prix du Brent de la mer du Nord se sont orientés à la hausse à l'annonce de l'incident.

"Tout le monde suit la situation. Il n'y a pas pour le moment de problème dans l'approvisionnement en provenance de la Libye. On ne s'attend donc pas à une flambée des prix", a commenté Ken Hasegawa, gestionnaire des portefeuilles matières premières chez Newedge Japan.

François Hollande a condamné "de la manière la plus ferme l'enlèvement du Premier ministre" et a réaffirmé "le soutien de la France aux autorités légitimes issues des élections du 7 juillet 2012".

Dans la matinée, le secrétaire britannique au Foreign Office, William Hague, avait quant à lui demandé la libération immédiate d'Ali Zeidan.

Le département d'Etat américain, qui a suivi lui aussi avec attention l'évolution de ce rapt, a été en contact avec "des hauts responsables américains et libyens sur le terrain".

Bertrand Boucey et Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Danielle Rouquié

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