Le Premier ministre irakien refuse le dialogue, accuse Ryad

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LE PREMIER MINISTRE IRAKIEN REFUSE LE DIALOGUE AVEC LES INSURGÉS
LE PREMIER MINISTRE IRAKIEN REFUSE LE DIALOGUE AVEC LES INSURGÉS

par Ned Parker

BAGDAD (Reuters) - Les dirigeants chiites irakiens ont montré mardi qu'ils n'entendaient pas tendre la main aux sunnites pour désamorcer l'insurrection dans le nord du pays, déclarant le boycott du principal groupe politique sunnite et accusant l'Arabie saoudite, la grande puissance sunnite de la région, de génocide.

Les Etats-Unis ont pourtant dit qu'ils n'aideraient le Premier ministre irakien, le chiite Nouri al Maliki, à contrer l'avancée de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) que s'il faisait un pas vers la communauté sunnite.

Mais le gouvernement de Maliki s'en est pris mardi à l'Arabie saoudite.

"Nous les tenons responsables du soutien financier et moral de ces groupes et de ce qui en résulte, y compris des crimes qui pourraient être qualifiés de génocide, les effusions de sang irakien et la destruction d'institutions de l'Etat irakien de même que de sites historiques et islamiques", a déclaré son gouvernement à propos des Saoudiens.

Lundi, Ryad, qui reconnaît financer les insurgés sunnites en Syrie mais nie être derrière les djihadistes radicaux de l'EIIL, avait accusé Bagdad d'alimenter les violences par son sectarisme religieux.

Les combats se sont poursuivis mardi sur le terrain, tandis que la raffinerie de Baïdji, la plus grande d'Irak, fermait ses portes pour des raisons de sécurité, privant d'électricité une partie du pays.

Les forces gouvernementales ont affirmé avoir repoussé un assaut sur Bakouba, chef-lieu de la province de Diyala situé à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Bagdad, lancé dans la nuit par les insurgés.

Selon des habitants et des responsables locaux, des dizaines de prisonniers détenus dans une prison de la ville figurent parmi les très nombreux tués, mais les circonstances de leur décès ont donné lieu à des récits contradictoires.

BOYCOTT

Les djihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) qui tentent de restaurer un califat sunnite en Syrie et en Irak, ont lancé une offensive éclair la semaine dernière, prenant Mossoul, la deuxième ville d'Irak dans le nord du pays, avant de descendre sur Bagdad le long du fleuve Tigre.

Considérant les chiites comme des hérétiques, ils ont revendiqué le massacre de centaines de soldats capturés lors de leur avancée.

Se nourrissant en partie du ressentiment de la communauté sunnite face à la politique jugée discriminatoire de Maliki, ils ont été rejoints par d'autres factions sunnites, parmi lesquels d'ex-membres du Parti baas de Saddam Hussein, renversé en 2003 lors de l'intervention militaire américaine, et des tribus.

Les appels au dialogue lancés à Maliki par les pays occidentaux et le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon sont restés sans réponse.

Au contraire. Hassan Souneid, un de ses proches , a déclaré mardi que l'Alliance nationale chiite au pouvoir devait boycotter toute collaboration avec le principal bloc politique sunnite, les Moutahidoune.

"Il n'est pas possible, pour aucun bloc au sein de l'alliance nationale, de travailler avec le bloc Moutahidoune en raison de son attitude sectaire", a déclaré Hassan Souneid sur la chaîne de télévision du parti du Premier ministre.

MILICES CHIITES PARALLÈLES

Dans ce contexte, le président américain Barack Obama, critiqué par ses adversaires qui considèrent qu'il n'a pas assez soutenu l'Irak depuis le retrait des troupes américaines en 2011, étudie une éventuelle action militaire, notamment des frappes aériennes - il a exclu l'envoi de troupes au sol.

"Le président va continuer de consulter son équipe de conseillers en sécurité nationale dans les jours à venir", a dit la Maison blanche sans donner de détails.

A Baïdji, le site de la raffinerie, bien que fermé, est toujours contrôlé par l'armée gouvernementale, indiquent les autorités irakiennes. Les employés étrangers ont été évacués par les hélicoptères du gouvernement irakien.

Malgré l'importance de ses effectifs et de l'entraînement dispensé par les Etats-Unis, l'armée irakienne apparaît incapable de résister face à l'avancée des djihadistes. Et le gouvernement s'appuie désormais de plus en plus sur les milices chiites parallèles qui étaient actives durant les affrontements communautaires de 2006-2007.

Selon un islamiste chiite qui travaille avec le gouvernement, des combattants bien entraînés des organisations chiites Assaïb Ahl Hak, Khetaeb Hezbollah et de l'Organisation Badr sont en cours de déploiement pour être au premier rang des forces combattantes.

Les volontaires chiites civils qui accourent de toutes parts seront eux utilisés pour conserver les territoires une fois qu'ils auront été repris à l'insurrection djihadiste.

Au terme de son avancée éclair à partir du nord, l'EIIL a rencontré une résistance importante dans la province de Salahoudine où les chiites sont nombreux.

Une semaine après le déclenchement des hostilités, une ligne de front se dessine, les insurgés semblant être contenus à une heure de route au nord de Bagdad et, en direction de l'ouest, juste à l'entrée des faubourgs de la capitale.

Mais les services de sécurité irakiens disent avoir peu d'espoir de reprendre Mossoul. "Il n'y a pas de stratégie claire du gouvernement irakien pour reprendre Mossoul", dit un responsable. Sans le soutien des Etats-Unis et de la communauté internationale, le gouvernement irakien ne reprendra jamais Mossoul".

(Henri-Pierre André et Danielle Rouquié pour le service français)

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