Le premier magistrat de Turquie dénonce une dérive de la justice

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ANKARA/ISTANBUL, 10 février (Reuters) - Le président de la Cour constitutionnelle de Turquie a annoncé mardi qu'il quittait son poste un mois avant l'expiration de son mandat pour dénoncer une dérive de l'appareil judiciaire, devenu selon lui un "instrument de revanche" aux mains des autorités politiques. Hasim Kilic a expliqué sa décision comme une réaction à la récente élection de candidats soutenus par le gouvernement à des postes clés de la magistrature, ajoutant que l'indépendance de la justice dans le pays était sérieusement menacée. "Tout le monde connaît, jusqu'aux villages les plus reculés du pays, les opinions politiques des juges et des procureurs. Nous ne pouvons pas continuer avec une telle justice", a-t-il dit. "Tant que ces élections auront lieu, il y aura des conflits politiques. La justice n'est pas un instrument de revanche." Hasim Kilic s'est déjà accroché avec le président Recep Tayyip Erdogan par le passé. La Cour constitutionnelle a notamment contredit le pouvoir turc en levant l'an dernier l'interdiction de la plate-forme de microblogging Twitter décidée par les autorités. Pour succéder à Kilic, les membres de la Cour ont élu Zuhtu Arslan par 11 voix contre six. Sa candidature était soutenue par Erdogan. Depuis qu'un scandale de corruption visant l'entourage d'Erdogan a éclaté à la fin 2013, les autorités turques ont limogé ou muté des centaines de juges et procureurs et des milliers de policiers. La justice a rendu un non-lieu contre les personnes accusées de corruption. Recep Tayyip Erdogan accuse son rival Fethullah Gülen, un ancien allié, d'avoir monté de toutes pièces ce scandale pour le renverser, ce que dément cet ancien prédicateur musulman installé aux Etats-Unis depuis 1999. Des élections législatives auront lieu dans quatre mois en Turquie à l'issue desquelles Recep Tayyip Erdogan espère obtenir une majorité suffisante pour modifier la constitution et renforcer les prérogatives du chef de l'Etat. (Tulay Karadeniz, Orhan Coskun; Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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