Le pouvoir syrien touché par une série de défections

le
2
LE PREMIER MINISTRE SYRIEN LIMOGÉ
LE PREMIER MINISTRE SYRIEN LIMOGÉ

par Khaled Yacoub Oweis

AMMAN (Reuters) - Le pouvoir syrien a enregistré, lundi, un important revers politique avec la défection du Premier ministre, Ryad Hidjab, et celles de deux ministres et de trois généraux de l'armée qui ont rejoint l'opposition au président Bachar al Assad.

La fuite de Ryad Hidjab, nommé à la tête du gouvernement en juin après les élections législatives de mai, constitue un coup dur pour le régime de Damas engagé depuis la mi-mars 2011 dans une répression sanglante contre l'insurrection armée.

"J'annonce aujourd'hui ma défection de ce régime criminel et terroriste et j'annonce que j'ai rejoint les rangs de la révolution pour la liberté et la dignité", dit-il dans un communiqué lu par un porte-parole sur la chaîne Al Djazira.

Dans un premier temps, la télévision officielle syrienne avait fait état du limogeage du Premier ministre. Mais de source autorisée à Amman, on dit que Ryad Hidjab a trouvé refuge avec sa famille dans la capitale jordanienne. Il devrait se rendre au Qatar, pays qui soutient activement l'idée d'une transition démocratique en Syrie, rapporte la chaîne Al Arabya.

La télévision d'Etat syrienne a précisé que le vice-Premier ministre Omar Ghalaouandji assurait l'intérim et avait été chargé de diriger un gouvernement de transition.

ÉROSION CONTINUE

De son côté, le Conseil national syrien (CNS), principale composante de l'opposition, a annoncé les défections de deux autres ministres et de trois généraux de brigade dont les identités n'ont pas été divulguées. L'annonce n'a pas pu être vérifiée de manière indépendante.

Ancien ministre de l'Agriculture, âgé de 46 ans, Ryad Hidjab avait été présenté par le président Assad comme un gage de sa volonté de réformes politiques dans le pays.

De confession sunnite, il n'a jamais fait partie du clan alaouite de la famille Assad qui tient les rênes du pouvoir et les postes clés du pays depuis plus de quatre décennies.

Sa nomination ne constituait toutefois pas une surprise puisque que Bachar al Assad n'a fait que prolonger la tradition imposée par son père, Hafez, de choisir le chef du gouvernement dans la communauté sunnite.

Originaire de la province de Daïr az Zour, dans l'est de la Syrie, Hidjab a vu l'armée gouvernementale procéder à d'intenses pilonnages d'artillerie dans cette région pendant des semaines.

"Des défections interviennent dans toutes les composantes du régime à l'exception du noyau dur qui, pour l'instant, n'a donné aucun signe de division", note Peter Harling de l'International Crisis Group, un cercle de réflexion.

"Depuis des mois, le régime subit une érosion et perd ses soutiens périphériques tout en se reconstruisant autour d'une base large de tenants de la ligne dure", ajoute-t-il.

"Le régime tel que nous le connaissons est certainement très affaibli, mais la question demeure de savoir comment composer avec ce qu'il est devenu", explique-t-il.

ASSAUT CONTRE ALEP

Sur le terrain, les forces gouvernementales semblent se préparer à un assaut terrestre à Alep, principale ville du pays, afin de déloger les rebelles qui y sont retranchés, notamment dans le quartier de Salaheddine.

Les soldats paraissent appliquer à Alep une stratégie identique à celle employée dans d'autres régions et villes du pays : un bombardement intense des zones insurgées pour affaiblir leurs adversaires avant d'engager des opérations au sol afin de récupérer les quartiers un par un.

Damas et Alep avaient été relativement épargnées par les violences jusqu'au mois de juillet lorsque les insurgés y ont mené des offensives. Si les troupes gouvernementales ont réussi à repousser en grande partie les assauts contre la capitale, en revanche la tâche se révèle beaucoup plus délicate à Alep.

Les chefs militaires rebelles disent s'attendre à une offensive de l'armée dans cette ville où les insurgés ont déjà abandonné des rues prises sous le feu de tireurs embusqués depuis samedi.

"L'armée syrienne a pénétré à l'intérieur de nos lignes. Nous avons dû opérer un retrait stratégique en attendant la fin des bombardements", a expliqué Mohammad Salifi, 35 ans, ancien fonctionnaire. Dimanche soir, des combats ont été signalés dans le quartier de Naïrab, dans le sud-est de l'agglomération.

Lundi matin, le siège de la télévision d'Etat syrienne a été touché par l'explosion d'une bombe alors que les soldats syriens appuyés par l'aviation menaient un assaut contre le dernier bastion des insurgés à Damas.

Guy Kerivel, Jean-Loup Fiévet et Pierre Sérisier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • knbskin le lundi 6 aout 2012 à 18:25

    Et nous allons tout droit vers un embrasement généralisé du Moyen-Orient, avec implication de l'Iran et sans doute des pays du Golfe ... Tout cela me selble très mal barré ...

  • mjjmimi le lundi 6 aout 2012 à 18:03

    L'atavique brutalité du tyran oriental est impuissante face à la révolte généralisée de son peuple. Le clan Assad finira pendu par les pieds.