Le Portugal vient à l'aide de Banco Espirito Santo

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LE PORTUGAL À LA RESCOUSSE DE BANCO ESPIRITO SANTO
LE PORTUGAL À LA RESCOUSSE DE BANCO ESPIRITO SANTO

par Sergio Goncalves

LISBONNE (Reuters) - La banque portugaise en difficulté Banco Espirito Santo sera scindée en deux et recapitalisée à hauteur de 4,9 milliards d'euros via un fonds de résolution bancaire, a annoncé dimanche soir la Banque du Portugal.

Ce plan est censé préserver l'existence de la première banque portugaise par les avoirs, menacée de sombrer avec l'effondrement de l'empire financier de sa famille fondatrice, et qui a publié mercredi dernier une perte de 3,6 milliards d'euros au premier semestre.

BES, dont Crédit agricole est le deuxième actionnaire avec 14,6% du capital, sera partagée entre une "bonne" banque, renommée Novo Banco, qui recevra les 4,9 milliards, et une "mauvaise" banque regroupant les actifs les plus toxiques liés pour la plupart à la famille Espirito Santo.

Les pertes de la "bad bank" seront supportées par les détenteurs de dette subordonnée et les actionnaires, dont la famille Espirito Santo (20% du capital) et le Crédit agricole.

L'argent de la recapitalisation de Novo Banco sera puisé dans le fonds de résolution bancaire du Portugal, auquel l'Etat portugais prêtera 4,4 milliards d'euros, a précisé le gouverneur de la Banque du Portugal Carlos Costa.

Tous les clients de BES seront protégés, de même que les détenteurs d'obligations senior.

La banque centrale portugaise, qui privilégiait il y a encore quelques jours la piste d'une recapitalisation par des fonds privés, a assuré que le plan ne solliciterait pas les contribuables car le prêt sera temporaire.

La Banque du Portugal prévoit que l'Etat se remboursera quand Novo Banco sera revendu à des investisseurs privés.

"Le plan ne comporte aucun risque pour les finances publiques ou les contribuables", a déclaré Carlos Costa lors d'une conférence de presse en fin de soirée à Lisbonne.

SOUPÇONS D'ABUS DE BIENS SOCIAUX

Cette intervention est un revers pour le Portugal qui émerge à peine d'un plan de sauvetage de 78 milliards d'euros de trois ans financé par la Commission européenne et le Fonds monétaire international.

Les rendements des obligations souveraines portugaises ont bondi à 3,78% vendredi, l'hypothèse d'une aide publique se dessinant de plus en plus, le titre ayant perdu les trois quarts de sa valeur dans la seule semaine écoulée. Les taux portugais restent cependant très inférieurs aux plus de 15% enregistrés en 2012, au plus fort de la crise de la dette dans la zone euro.

BES est la seule banque portugaise qui n'avait pas fait appel à une aide d'Etat après l'éclatement de la crise financière de 2007-2008. Son sauvetage intervient un an après la recapitalisation par la Grèce de quatre banques, pour un total de 28 milliards d'euros.

La Commission européenne a déclaré que ce plan de sauvetage, résultat de tractations pendant tout le week-end entre Lisbonne et les responsables de l'UE, était conforme à ses règlements sur les aides publiques.

En se portant à la rescousse de BES, l'Etat portugais met un terme à des semaines d'incertitude provoquées par une série de mauvaises nouvelles sur l'état de santé de la banque, fragilisée par son exposition à une pléiade de sociétés en difficulté dirigées par la famille fondatrice. A cela se sont ajoutés des soupçons d'abus de biens sociaux.

La plupart des entreprises du groupe, dont les activités s'étendent du tourisme à la santé ou l'agriculture, ont demandé la protection de la loi sur les faillites au cours des dernières semaines.

La nouvelle direction de la banque, mise en place par la Banque du Portugal après la perte de contrôle des Espirito Santo, dit avoir découvert des engagements pris par la banque auprès des entreprises de l'empire familial jusqu'au mois de juin dernier et soupçonne des pratiques illicites.

(Andrei Khalip; Nicolas Delame et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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