Le Portugal sous la pression de l'Eurogroupe et des marchés

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LE PORTUGAL AU MENU DE L'EUROGROUPE
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BRUXELLES (Reuters) - Le Portugal doit se préparer à prendre, si nécessaire, de nouvelles mesures pour respecter ses engagements en matière de réduction des déficits, a averti jeudi le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem.

Le projet de budget élaboré par le nouveau gouvernement de gauche portugais n'a été accepté par la Commission européenne qu'avec des réserves la semaine dernière, l'exécutif communautaire estimant qu'il risquait d'enfreindre les règles du Pacte de stabilité et de croissance européen.

"Nous allons en discuter aujourd'hui", a déclaré Jeroen Dijsselbloem à la presse avant une réunion des ministres des Finances de la zone euro, dont le portugais Mario Centeno.

"Le Portugal doit être prêt, si nécessaire, à faire davantage pour rester dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance. Ce n'est pas une situation unique, nous l'avons déjà connue avec d'autres pays", a-t-il ajouté.

En novembre, la Commission avait en effet jugé que les budgets italien, lituanien, autrichien et espagnol risquaient de ne pas respecter les règles communes.

Les doutes sur la situation budgétaire du Portugal, l'un des pays les plus touchés par la crise de la dette au début de la décennie, figurent aujourd'hui parmi les facteurs de tension des marchés financiers.

La dette émise par Lisbonne n'est en effet notée pour l'instant en catégorie d'investissement ("investment grade") que par l'agence DBRS. Une dégradation par cette dernière l'exclurait donc du champ des achats de titres de la Banque centrale européenne (BCE), l'un des principaux soutiens des marchés.

LISBONNE PEINE À CONVAINCRE SES PARTENAIRES ET LES MARCHÉS

Sur le marché obligataire, le rendement de la dette à dix ans portugaise, qui était inférieur à 2,8% au début du mois, est remonté à près de 4%, au plus haut depuis le début 2014.

La dette portugaise n'échappe évidemment pas au mouvement général de défiance vis-à-vis des actifs à risque, qui traduit à la fois les inquiétudes générales pour la croissance et celles sur la santé du secteur bancaire.

Comme dans une réplique de la crise de la dette de 2010-2012, les craintes pour les banques se sont propagées aux emprunts souverains, un mouvement qui touche plus fortement les pays considérés comme les plus vulnérables.

"Tout ce qui est risqué souffre aujourd'hui", résume Ciaran O'Hagan, responsable de la stratégie taux fixes de la Société général. "Le Portugal souffre davantage que les autres parce que le gouvernement actuel a du mal à convaincre les investisseurs qu'il peut atteindre les objectifs budgétaires fixés par la Commission européenne."

Pour Jeroen Dijsselbloem, la pression des marchés peut inciter Lisbonne à respecter la discipline budgétaire de l'Union. "Cela pourrait constituer une raison supplémentaire d'être clair et de s'engager sur la politique économique de l'union monétaire et les règles budgétaires de l'union monétaire", a-t-il dit.

La Bourse de Lisbonne perdait 3,77% à 14h10 GMT et les principales banques du pays, Banco Comercial Portugues et Banco BPI, cédaient respectivement 4,87% et 5,05%.

(Jan Strupczewski, avec John Geddie; Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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