Le plan Annan pour la Syrie face à de sérieux écueils

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LE PLAN ANNAN POUR LA SYRIE FACE À DE SÉRIEUX ÉCUEILS
LE PLAN ANNAN POUR LA SYRIE FACE À DE SÉRIEUX ÉCUEILS

par Mariam Karouny

BEYROUTH (Reuters) - L'avenir du plan de paix pour la Syrie élaboré par Kofi Annan semble compromis avec l'exigence formulée dimanche par le régime de Bachar al Assad d'obtenir des garanties écrites de la part des rebelles avant d'entamer son retrait des villes.

Alors que ce retrait est censé débuter mardi et qu'un cessez-le-feu doit entrer en vigueur jeudi à 03h00 GMT, les forces gouvernementales ont poursuivi le bombardement d'un secteur rebelle proche de la frontière avec la Turquie, faisant des dizaines de morts et de blessés dimanche, selon les opposants.

Kofi Annan s'est lui-même dit "choqué" face à l'escalade "inacceptable" des violences contraire, selon lui, aux engagements pris par le régime syrien.

A Paris, le ministère des Affaires étrangères a condamné "avec force la poursuite des massacres perpétrés par le régime syrien" et a renouvelé "son plein soutien et sa confiance" à Kofi Annan.

Un chef rebelle a pour sa part jugé que les efforts entrepris par l'émissaire des Nations unies et de la Ligue arabe étaient voués à l'échec en raison de la détermination du régime à ne pas y participer.

"Le régime ne va pas appliquer ce plan. Ce plan va échouer", a déclaré Riad al Asaad, chef de l'Armée syrienne libre (ASL), interrogé au téléphone par Reuters.

Il a souligné qu'aucune garantie écrite ne lui avait été demandée au sujet d'un éventuel arrêt des combats préalable au retrait des forces de Bachar al Assad.

"Nous avons donné notre parole que si le régime respectait ce plan, nous le respecterions également. Nous sommes honnêtes", a dit Riad al Asaad, qui se trouve en Turquie.

Un autre responsable de l'ASL a abondé en ce sens. "Nous honorerons la date-butoir même si (les forces gouvernementales) ne se retirent pas. Nous observerons un cessez-le-feu comme nous nous y sommes engagés auprès des Nations unies", a dit à Reuters le colonel Kassem Saad al Dine, porte-parole du commandement unifié de l'ASL.

ANNAN "CHOQUÉ"

Il a toutefois ajouté: "Mais si (les forces syriennes) ouvrent le feu, nous reprendrons les armes et riposterons". Il a par ailleurs chiffré à un millier le nombre de morts cette semaine en Syrie, pour la plupart des civils.

Le ministère syrien des Affaires étrangères a assuré que le régime était prêt à retirer à partir de mardi ses troupes des centres urbains afin de permettre à une trêve d'entrer en vigueur 48 heures plus tard. Il a cependant ajouté que les rebelles devaient garantir par écrit qu'ils allaient cesser les combats.

"La Syrie a déjà préparé un plan de retrait militaire, prêt à être appliqué, mais pour parvenir à l'objectif principal, il faut assurément des garanties écrites de la part de l'autre partie et de ceux qui la soutiennent quant au fait qu'ils respecteront les termes de l'accalmie", a déclaré Jihad Makdissi, porte-parole du ministère.

La Syrie souhaite aussi obtenir l'assurance que le Qatar, l'Arabie saoudite et la Turquie - trois pays critiques à l'égard de Bachar al Assad - ne financeront pas les groupes rebelles armés.

Dans un communiqué diffusé par ses services à Genève, Kofi Annan n'a pas réagi à ces exigences formulées par le régime syrien.

"Je suis choqué par les informations récentes au sujet d'un accroissement des violences et des atrocités dans plusieurs villes et villages de Syrie, qui provoquent un nombre inquiétant de victimes, de réfugiés et de déplacés, en violation des assurances qui m'ont été données", dit-il.

ACCUSATIONS MUTUELLES

"Alors que nous nous approchons de la date butoir du mardi 10 avril, je rappelle au gouvernement syrien la nécessité de respecter pleinement ses engagements et je souligne que l'escalade actuelle des violences est inacceptable", poursuit l'émissaire de l'Onu et de la Ligue arabe.

Kofi Annan a été mandaté pour tenter de mettre fin aux violences déclenchées par un soulèvement né en mars 2011 contre le régime. L'Onu estime à plus de 9.000 morts le bilan de ce conflit prenant des allures de guerre civile.

Le régime syrien impute la situation à des "groupes terroristes" soutenus par l'étranger.

Le régime et les rebelles se sont mutuellement accusés d'intensifier les combats à l'approche de la date prévue pour un cessez-le-feu.

Selon des opposants, des dizaines de personnes ont été tuées ou blessées dans la province rebelle d'Idlib, près de la Turquie, en raison du pilonnage effectué par les chars du régime.

Des combattants de l'ASL sont notamment encerclés dans le village d'Al Bachiriya, ajoutent ces opposants.

"L'armée pilonne Al Rouge avec des chars, et des hélicoptères tirent des roquettes sur Al Bachiriya. Des dizaines de personnes ont péri ou ont été blessées, mais on ne peut pas les secourir car les bombardements sont intenses", a dit Mahmoud Ali, un activiste, interrogé par téléphone tandis qu'on pouvait entendre le bruit des hélicoptères derrière lui.

L'armée régulière a lancé une offensive sur Idlib depuis dix jours. Des milliers d'habitants de la ville ont fui en Turquie.

Il est difficile de vérifier les informations sur le terrain en raison des restrictions imposées par le régime au travail des journalistes.

Avec Khaled Yacoub Oweis à Antakya, en Turquie, et par Stéphanie Nebehay à Genève, Benjamin Massot, Bertrand Boucey et Jean-Loup Fiévet pour le service français

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