Le pétrole, le cycle, et...Dietswell

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Le champ d'action de Dietswell : l'exploration/production
Le champ d'action de Dietswell : l'exploration/production

 

Le pétrole est un vaste sujet, et un sujet compliqué, y compris et surtout pour les boursiers : non seulement le prix du baril pèse toujours d'une façon ou d'une autre sur le marché des actions, puisque c'est une variable majeure des scénarios économiques des stratégies d'investissements, mais c'est aussi un large compartiment du dit marché. Un compartiment qui va des compagnies pétrolières "intégrées", de Total, le "blue chip" absolu du Cac 40 à Exxon-Mobile, le super-géant américain, avec leurs expositions géopolitiques et leurs gros dividendes, aux sociétés moins intégrées, et plus spécialisées, telles les groupes parapétroliers, qui vont du très brillant Schlumberger, jusqu'à de plus petits acteurs, qui ont parfois du mal, c'est le moins que l'on puisse dire (cf CGG), à passer les bas de cycles.

Car, voilà ! le pétrole est un métier terriblement cyclique, c'est à dire avec des hauts et des bas plutôt marqués. Et n'en déplaise aux stratégistes et aux économistes, on peut affirmer sans trop craindre de se tromper que le pétrole est un métier dans lequel toute prévision semble très difficile, voire impossible à faire : où va le cours du pétrole ? où sera-t-il dans six mois, un an, deux ans ? bien malin qui peut savoir.

Sans vouloir être exhaustif, et à titre d'exemple, on se bornera de remarquer que, de fait, personne n'avait prévu que le pétrole pouvait baisser de -70%, passer de 100$ à 30$/baril en un an et demi (de mi-2014 à début 2016), pas plus qu'il n'était raisonnable d'envisager que l'Arabie Saoudite, un des maîtres du jeu a priori, puisse accepter que l'Iran, un grand producteur aussi, mais pas vraiment un ami/allié, garde sa production au même niveau, alors que tous les autres participants au cartel de l'Opep acceptaient de baisser les leurs pour soutenir les prix. C'est pourtant ce qui est arrivé en 2016 entre la réunion "informelle" d'Alger de septembre et la conférence de Vienne début décembre.

Comme quoi rien n'est jamais sûr dans le pétrole, sauf peut-être l'essentiel : à chaque fois que le robinet semble se tarir pour une raison ou pour une autre : conflit, épuisement des réserves prouvées, mauvais humeur princière, etc…, et que la pénurie doit s'installer pour toujours, on se retrouve invariablement avec une pléthore de productions quelques temps après. Qu'on se souvienne de l'Europe, mise au régime sec en 1973 et qui n'a pas mis très longtemps à aller pomper les gisements situés sous la Mer du Nord, grâce à beaucoup d'ingéniosité, et pas mal de courage aussi, ou des USA montrés du doigt par leur propre président (Georges W Bush, pour ne pas le nommer) comme "accrocs" au pétrole importé, qui ont vie inventé le pétrole de schiste et sont devenus en quelques années un pays exportateur.

L'exploitation "off-shore", de plus en plus loin au fonds de mers redoutables et la fracturation hydraulique n'ont pas été, loin s'en faut, les seules innovations qui ont permis de trouver toujours plus d'huile quand on craignait d'en manquer : les progrès de la recherche géologique et sismique, et du traitement des données, le forage dirigé, le forage horizontal, les techniques de stimulation de puits, etc… sont toujours arrivés à point nommé pour démentir les propos des Cassandre. Notamment de celles qui voyaient il y a quinze ans le "peak oil", le début du grand déclin de la production mondiale, pour bientôt, et qui ont bien aidé les cours du brut à monter à des niveaux de plus de 100$/baril, des niveaux qui paraissent stratosphériques, voire très spéculatifs, à présent. Comme quoi tout est relatif.

On remarquera aussi que, malgré cette chute violente du baril en 2014-2015, et contrairement là aussi aux analyses les plus savantes, les grands groupes "intégrés" ont maintenu leurs gros dividendes. Un résultat obtenu en freinant fort sur les grands projets d'exploration et en travaillant les coûts d'exploitation à la hache, c'est vrai, mais dont on peut tirer éventuellement un enseignement, pour qui n'est pas du métier : dans le pétrole, on sait survivre dans un monde très fluctuant et incertain. Et on a donc dans le pétrole une culture qui semble tout le contraire de celle de l'investisseur, qui a peu (et même de moins en moins) d'appétit pour le risque, et qui veut toujours plus de visibilité. Visibilité qu'il finit par payer assez cher, au demeurant.

Ces façons de voir radicalement opposées expliquent éventuellement pourquoi Dietswell, un petit opérateur de services pétroliers coté à Paris, basé à Guyancourt (Yvelines) et opérant dans le monde entier, a pratiquement disparu des écrans radars des gérants, avec un cours de Bourse au plus bas des plus bas depuis quelques temps.

La société intervient sur les installations on-shore et off-shore de grands exploitants, et sait faire pas mal de choses a priori, avec une technicité reconnue en principe : i) de l'assistance technique, ii) de l'audit/inspection (filiale Fact-o-Rig), alors que la sécurité est la préoccupation n°1 dans ce métier, iii) de l'ingénierie, y compris de conception, et enfin, iv) du management délégué de "rigs", autrement dit exploiter les appareils de forage pour le compte de leurs propriétaires.

Comme on pouvait s'y attendre, Dietswell est en perte au 1er semestre 2016, une perte limitée toutefois, avec une activité en baisse de -60% environ sur un an, et devrait ne pas faire beaucoup mieux sur l'année entière, la direction n'attendant pas de début de reprise de la demande avant mi-2017. Une direction qui semble toutefois garder le moral, d'après ce que l'on peut lire dans son dernier communiqué en tous cas : le bilan de la société, déjà faiblement endettée, s'est bien allégé avec le remboursement durant le semestre une partie d'un emprunt convertible qui constituait l'essentiel de la dette financière, et, malgré les baisses de charges, l'organisation interne, capable de gérer des équipes déployées très au loin, mais aussi la force de vente ont été maintenues telles quelles, et prêtes pour le redémarrage.

Soit une capacité de rebond d'autant plus forte que la reprise du marché, inéluctable si l'on songe que la demande mondiale de pétrole est en progression régulière, pourrait être plus brutale encore que les sorties des crises précédentes. Si tout va bien, c'est à dire si la société a toujours en fin d'année 2016 assez de cash en caisse pour tenir jusque là, comme c'était le cas fin juin, dernier bilan publié, où la situation de trésorerie nette était positive.

Enfin, il n'y a pas que le pétrole dans la vie, il y a aussi les énergies renouvelables, et notamment les éoliennes off-shore : Dietswell travaille dur en principe avec un grand acteur européen de ce secteur sur un projet d'éolienne flottante sur plate-forme semi-submersible. Un sujet que la société connaît bien, et éventuellement un nouveau créneau porteur pour le moyen-terme.

Bref : une "nano-cap" aujourd'hui, mais un sujet non dénué d'intérêt, et donc une valeur à redécouvrir?

 

 

Jérôme Lieury

Analyste Senior

Olier Etudes & Recherche, bureau d'études membre du Cercle des Analystes Indépendants, et éditeur de la première cyber-échoppe d'analyse financière à Paris : www.olier-etudes-recherche.fr


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  • kinno il y a 9 mois

    Que l'air chaud. Que dis-je, une éolienne d'air chaud. Un vrai talent, mais pour le bac de philo. Pour les reste, autant allez voir Mme Irma, il n'y a pas la moindre analyse !!!