Le père du scandale PIP face à ses victimes

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OUVERTURE DU PROCÈS DU SCANDALE PIP À MARSEILLE
OUVERTURE DU PROCÈS DU SCANDALE PIP À MARSEILLE

par Jean-François Rosnoblet

MARSEILLE (Reuters) - Le procès de cinq anciens cadres de Poly Implant Prothèse (PIP), au coeur d'un scandale mondial d'implants mammaires non conformes, s'est ouvert mercredi à Marseille, où le fondateur de la société a pour la première fois fait face à ses victimes

Les prévenus, poursuivis pour des faits présumés de tromperie aggravée et d'escroquerie commis entre le 1er avril 2001 et le 29 mars 2010, encourent une peine maximale de cinq années de détention et de fortes amendes.

Chemise blanche sous un blouson bleu, Jean-Claude Mas a pris place dans la salle près d'une heure avant l'ouverture des débats. Face au mur de micros et de caméras, le fondateur de PIP n'a d'abord pas dit un mot.

"Il est hagard. Il porte sur ses épaules le poids énorme de ce procès", a dit son avocat, Yves Haddad.

A une quarantaine de mètres de lui, les victimes avaient été regroupées au fond d'une salle spécialement aménagée pour ce procès hors normes, dans un centre des congrès de la ville.

Une requête en suspicion légitime réclamant le dépaysement du procès a été introduite par une prévenue devant la chambre criminelle de la cour de cassation, qui s'est déclarée incompétente peu avant l'ouverture des débats.

Outre Jean-Claude Mas, fondateur de PIP, le président du directoire de la société varoise, Claude Couty, le directeur de la production, Loïc Gossart, le directeur technique, Thierry Brinon et la directrice qualité et affaires réglementaires, Hannelore Font, sont les protagonistes de ce procès prévu pour durer jusqu'au 17 mai.

"Cela fait 30 ans que je fais des prothèses", a dit Jean-Claude Mas à quelques journalistes à sa sortie de l'audience.

"Je fais de mon mieux pour les protéger", a-t-il ajouté dans une référence apparente aux porteuses de ses implants. "Il y a des mots qu'il vaut mieux que je ne prononce pas parce qu'ils pourraient être mal interprétés".

GEL NON CONFORME

Jean-Claude Mas, dont la société a vendu au moins 300.000 prothèses dans le monde, a admis avoir utilisé un "gel maison" non conforme pour la fabrication de ses prothèses mais a nié que celles-ci soient plus dangereuses que celles de la concurrence.

Plus de 5.200 plaintes ont été déposées à ce jour, dont 220 provenant de l'étranger.

Quelque 300 victimes étaient dans la salle pour le premier jour de débats. Pour les accueillir, elles, leurs 300 avocats et autant de journalistes, un des centres de congrès de Marseille a été réquisitionné pour devenir une annexe du tribunal correctionnel.

Le tribunal a donc commencé à purger les différentes procédures présentées par les avocats des prévenus pour obtenir le report du procès en raison notamment de la complexité du dossier, de l'importance des enjeux pénaux et civils des circonstances exceptionnelles qui en font, pour la défense, un "procès inique et ingérable".

"On n'a jamais eu dans une procédure pénale autant de parties civiles déjà constituées. On a jamais eu à affronter cela", a dit Me Jean Boudot, l'avocat d'Hannelore Font.

"A défaut de vertige, c'est plutôt la nausée qui nous vient. Plutôt que de faire figure basse, on vient salir les murs de ce tribunal", a rétorqué Laurent Gaudon, l'avocat marseillais de plusieurs porteuses de prothèses.

Souvent perdues dans les méandres juridiques des questions prioritaires de constitutionnalité, enjeux de cette première passe d'armes entre avocats, les victimes ont effectivement eu bien du mal à suivre le cours d'une justice en laquelle elles veulent garder confiance.

"Ce n'est pas un simulacre de justice. Il y a peut-être des ratés mais l'importance est que le procès ait lieu et que les coupables soient jugés", a dit en marge de l'audience la présidente de l'association de défense des porteuses de prothèses PIP, Alexandra Blachère, qui revendique 2.300 adhérentes.

"La présence des victimes montre leur solidarité et leur soif de justice", a-t-elle ajouté.

Avec Chine Labbé à Paris, édité par Patrick Vignal

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