Le PDG de Thales imprime sa marque sur un groupe remanié

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UN PREMIER SEMESTRE MEILLEUR QUE PRÉVU POUR THALES
UN PREMIER SEMESTRE MEILLEUR QUE PRÉVU POUR THALES

par Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - Contesté en interne et potentiellement menacé par le nouveau gouvernement, le PDG de Thales Luc Vigneron a imprimé mercredi sa marque en nommant deux cadres influents du groupe à la tête de ses deux grandes zones géographiques.

Ce remaniement, qui comprend huit nominations à des postes clés, intervient au moment où Thales, placé au coeur du secteur de la défense par Nicolas Sarkozy, pourrait pâtir d'une prise de distance du gouvernement actuel avec Dassault Aviation, premier actionnaire industriel de Thales.

Son annonce coïncide avec la publication par le groupe de résultats semestriels supérieurs aux attentes grâce au constructeur naval militaire DCNS, même s'il est resté prudent pour l'avenir en raison des incertitudes pesant sur la conjoncture et de la réduction des dépenses dans la défense.

"Il ne s'agit pas d'un changement d'organisation", a temporisé Luc Vigneron lors d'une conférence téléphonique consacrée à ces résultats semestriels. "Cette redistribution des postes n'entraînera pas un changement de stratégie."

Selon La Tribune, Luc Vigneron aurait annoncé en interne un "tsunami" en termes de réorganisation, expliquant que les modifications opérées depuis sa nomination contestée début 2009 n'était qu'une "brise de printemps".

Pascale Sourisse, l'actuelle patronne du pôle défense et sécurité, et Reynald Seznec, qui dirige Thales Alenia Space, coentreprise avec Finmeccanica, sont promus à la tête des deux grandes divisions géographiques du groupe à compter du 1er septembre.

Thales, dont l'Etat détient 27% et Dassault Aviation 26%, souhaite entrer au capital du groupe public Nexter, le fabricant du char Leclerc. Mais cette opération est gelée depuis l'élection présidentielle et Luc Vigneron a dit attendre pour l'instant la position du nouveau gouvernement.

En interne, les syndicats sont particulièrement remontés contre les cessions en projet, notamment celles de Thales Business Services Solutions (BUS) à GFI Informatique.

La CFDT a récemment dénoncé dans un tract la "dictature de l'actionnariat" à l'oeuvre chez Thales et l'évolution vers une "Alcatelisation" du groupe, en référence à l'équipementier télécoms en difficulté depuis des années.

Les syndicats voient notamment d'un très mauvais oeil l'arrivée à la direction des ressources humaines de Patrick Fournié, qui est passé par Alcatel avant la fusion avec Lucent.

Laurent Trombini, délégué CGT, a dit à Reuters que les syndicats de Thales avaient reçu une oreille attentive mardi lors d'une rencontre à l'Agence des participations de l'Etat (APE) à laquelle ils ont demandé un moratoire sur les cessions.

"Luc Vigneron va être fragilisé parce qu'il porte une politique qui vient en confrontation avec la politique du gouvernement en matière de bassins d'emplois", a-t-il dit. "Soit sa position évolue, soit il sera obligé de se démettre."

LE RAFALE TOUJOURS EN SUSPENS

Au premier semestre, le groupe a réalisé un chiffre d'affaires en stagnation à 6.413 millions d'euros, mais en hausse de 7% en intégrant DCNS dont Thales détient 35%. Les prises de commandes ont, elles, bondi de 16%, à la faveur de plusieurs contrats supérieurs à 100 millions d'euros.

Thales a confirmé viser une amélioration de sa marge opérationnelle courante à 6% en 2012 avec son plan Probasis, qui prévoit 1,3 milliard d'euros d'économies d'ici 2014.

Thales a également réaffirmé anticiper pour cette année un chiffre d'affaires en légère hausse et un ratio de prises de commandes sur chiffre d'affaires ("book-to-bill") légèrement inférieur à 1, les contrats civils ne compensant qu'en partie la contraction des budgets militaires.

Cette prévision ne prend pas en compte une éventuelle commande du Rafale de Dassault Aviation, que Thales équipe en radars, équipements de communication et calculateurs, soit au total près d'un quart de la valeur de chaque avion de combat.

L'action Thales a clôturé mercredi en hausse de 0,81% à 25,98 euros, donnant une capitalisation de 5,26 milliards. Elle a regagné 6,5% depuis le début de l'année.

Edité par Dominique Rodriguez

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