Le PDG d'Accor sur la sellette

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DENIS HENNEQUIN SUR LA SELETTE
DENIS HENNEQUIN SUR LA SELETTE

par Cyril Altmeyer et Alexandre Boksenbaum-Granier

PARIS (Reuters) - Le sort de Denis Hennequin, PDG d'Accor, sera tranché mardi après-midi lors d'une réunion du conseil d'administration du groupe où sa capacité à redresser la rentabilité du numéro quatre mondial de l'hôtellerie est aujourd'hui vivement contestée, a-t-on appris de sources proches de la société.

Selon les quotidiens Les Echos et Le Figaro, son éviction de la tête du groupe hôtelier pourrait être décidée dès ce soir par le conseil, deux jours avant l'assemblée générale annuelle, et un nouveau patron par intérim pourrait être nommé.

Accor a confirmé qu'un conseil d'administration avait bien lieu en fin de journée mais n'a pas souhaité faire de commentaire sur ces informations. Eurazeo et Colony Capital se sont également refusés à tout commentaire.

L'ancien PDG Europe de McDonald's paierait ainsi, si son éviction était confirmée, une stratégie trop lente en termes de cessions et d'externalisation d'actifs hôteliers dans un contexte beaucoup moins favorable à l'hôtellerie, du moins en Europe, a déclaré à Reuters une source ayant une bonne connaissance de l'entreprise.

L'histoire récente du groupe est déjà très agitée. Six administrateurs avaient démissionné en 2009, laissant le champ libre aux fonds californien Colony et français Eurazeo pour mettre en oeuvre la séparation des activités hôtelières et de l'activité services, rebaptisée Edenred et désormais cotée séparément.

Fin 2010, c'est le PDG Gilles Pélisson qui avait dû quitter son poste, cinq ans après son prédécesseur Jean-Marc Espalioux.

En janvier, Franck Riboud, le PDG de Danone, avait préféré quitter le conseil d'administration.

"M. Hennequin n'a pas la carrure pour diriger le groupe qui a besoin d'un vrai patron. Les administrateurs seront alignés en majorité sur cette ligne au conseil ce soir, et pas seulement les fonds", déclare à Reuters une autre source, proche du groupe, pour qui l'éviction de Denis Hennequin "n'est pas improbable".

Le duo Colony Capital-Eurazeo, qui détenaient ensemble 21,4% du capital d'Accor fin 2012, occupent au total quatre des dix sièges du conseil d'administration, qui se réunit à partir de 16h00.

"D'un côté les marchés ne sont pas porteurs, il y a des actionnaires de référence très exigeants et qui ne laissent pas le temps et un patron qui ne s'entoure que de béni-oui-oui et est peu présent sur le terrain", estime l'une des sources. "Tout cela mélangé, ce n'est pas bon."

Cette source évoque également la réorganisation de la marque Ibis dans lequel Accor a investi 150 millions d'euros et qui n'a pas pour l'instant porté ses fruits ainsi qu'un éparpillement de la direction dans divers projets de réorganisation interne.

COURS EN BERNE

La faiblesse du cours de Bourse pourrait également expliquer cette éviction. Accor est aujourd'hui valorisé en Bourse 5,9 milliards d'euros, soit un niveau proche de son ancienne filiale Edenred (5,6 milliards d'euros). Le cours d'Accor a chuté de 22% depuis 2010, bien qu'il ait repris 36% l'an dernier.

Vers 14h55, l'action était quasiment stable (-0,02% à 25,955 euros) alors que le CAC 40 gagnait de son coté 2,5%.

Le départ de l'actuel PDG se traduirait toutefois par une nouvelle période de turbulence pour le groupe, au moment où il cherche à faire évoluer son modèle.

"Une éviction de Denis Hennequin rajouterait de l'incertitude et risquerait de ralentir encore un peu plus la réorganisation de la société", commente un vendeur actions à Paris.

La réorganisation du groupe par marque et non plus par pays pourrait être le prélude à une vente de certaines enseignes, comme par exemple les hôtels Formule 1 ou les hôtels haut de gamme Sofitel, avancent deux sources proches du groupe.

Selon Le Figaro, la tension est "montée haut" entre les protagonistes du dossier, le quotidien précisant que Denis Hennequin aurait tenté de convaincre la Caisse des dépôts et surtout la Banque publique d'investissement de monter au créneau, pour contrer la "stratégie financière" de ses deux premiers actionnaires.

"Le principal problème, c'est que les gros actionnaires du groupe ne se montrent pas suffisamment patients. Ils voudraient une restructuration rapide avec des mesures d'urgence alors que la restructuration engagée nécessite du temps", souligne le vendeur actions parisien.

En février, Accor a indiqué qu'il souhaitait accélérer la restructuration de ses hôtels et réaliser 100 millions d'euros d'économies entre 2013 et 2014 pour limiter l'impact de l'augmentation de ses coûts en Europe.

Avec Dominique Vidalon, édité par Jean-Michel Bélot

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  • hriey le mardi 23 avr 2013 à 14:12

    Conclusion logique de tout ça : Ne pas toucher à une entreprise dans laquelle Colony a une participation.