Le patronat français décrète "l'état d'urgence"

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LE PATRONAT DÉCRÈTE "L'ÉTAT D'URGENCE"
LE PATRONAT DÉCRÈTE "L'ÉTAT D'URGENCE"

PARIS (Reuters) - Dans une rare démarche unitaire, le patronat français a décrété mercredi l'"état d'urgence" contre le projet de renforcement de la taxation des plus-values de cessions d'entreprise en France, pourtant déjà édulcoré par le gouvernement.

Seule la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) se dissocie de cet appel et invite les parlementaires à acter les modifications gouvernementales.

En revanche, Jacques Attali, ancien conseiller du président socialiste François Mitterrand (1981-1995) a pris fait et cause pour les entrepreneurs et estimé sur LCI que s'attaquer à "ceux qui créent des richesses (...) c'est s'attaquer à l'emploi".

Dans un communiqué commun, le Medef et une douzaine d'associations de chefs d'entreprise -AFEP, AFIC, Croissance Plus, EDC, Ethic, France Biotech, France Digitale, Fédération Syntec, PME Finance, Réseau entreprendre, etc.- exigent le retrait de cette réforme inscrite dans le budget 2013.

"Conscients de la gravité de la situation économique de notre pays, nous demandons solennellement aux pouvoirs publics de retirer le nouveau dispositif de taxation de ces plus-values", écrivent les signataires.

Les aménagements en matière de seuils et de durée de détention envisagés par le gouvernement en réponse à un mouvement de protestation d'entrepreneurs, les "Pigeons", ne remettent pas fondamentalement en cause le dispositif inscrit dans le projet de budget 2013, estiment-ils.

Même modifié par le gouvernement, ce dispositif conduit à "une impasse compte tenu de la diversité des situations des entreprises", ajoutent les signataires, qui mettent le gouvernement en garde contre les conséquences "très néfastes" qu'il aurait en matière d'investissement et d'emploi.

Interrogée mercredi matin sur France Info, la présidente du Medef, Laurence Parisot a réaffirmé que l'entreprenariat était, selon elle, "gravement en danger".

ATTALI SOUTIENT LES "PIGEONS"

"Le gouvernement a compris et entendu qu'il y avait un vrai problème et, depuis, il cherche à élaborer des aménagements (...) qui sont kafkaïens, qui ne peuvent que compliquer la situation", a-t-elle dit. "Donc il faut revenir à quelque chose de très simple. Il faut absolument le même système pour tous les entrepreneurs", a-t-elle ajouté.

La CGPME fait pour sa part cavalier seul et prend acte des amendements déjà apportés par le gouvernement, avec lequel elle avait engagé des discussions sur le nouveau dispositif.

"Ces échanges ont abouti à ce que le gouvernement accepte de modifier substantiellement le projet initialement envisagé", se félicite la confédération.

"Ainsi, pour les entrepreneurs détenant plus de 10% du capital, la plus-value de cession serait taxée au taux forfaitaire de 19%, bien loin des 60% évoqués !" rappelle-t-elle. "L'exonération des sommes réinvesties ne serait plus conditionnée à un engagement portant sur un montant de 80%."

La CGPME appelle donc les parlementaires à "accepter ces modifications essentielles pour ne pas décourager ceux qui créent la croissance et l'emploi".

A contrario, Jacques Attali a apporté son soutien aux "Pigeons" et estimé que le gouvernement faisait erreur en s'en prenant à "ceux qui créent des richesses".

Taxer les plus-values de cessions d'entreprise comme taxer à 75% les revenus au-dessus d'un million d'euros c'est dissuader le succès, a estimé le président de PlaNet Finance sur LCI.

"Je ne suis pas d'accord avec cette attitude qui consiste à considérer que les riches sont un obstacle à la société, que le succès est mauvais, qu'il faut sanctionner ceux qui réussissent", a-t-il dit. "Il faut prendre beaucoup plus d'impôts sur les héritages que sur la richesse créée."

"Il y a deux conceptions en France. Il y a ceux qui considèrent qu'être riche c'est un scandale et ceux qui considèrent qu'être pauvre c'est un scandale", a-t-il ajouté. "L'important, c'est de lutter contre la pauvreté, pas contre la création de richesses."

Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse et Gilles Trequesser

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  • M8563837 le mercredi 10 oct 2012 à 17:10

    Je ne suis pas tout a fait OK avec M7250042 car même si l'héritage est acquis sans efforts ( ça reste à voir pour ceux qui aident leurs parents quelque soit la forme ) il faut bien noter que la génération qui transmet, elle, elle a réalisé des efforts et payé toutes les impôts afférents.

  • Georg47 le mercredi 10 oct 2012 à 16:44

    Taxer les héritages ? Pourquoi ? (je ne suis pas concerné car le peu que j'ai je l'ai gagné tout seul) mais cette proposition me dérange car qui ne travaille pas pour améliorer son niveau de vie et pour aider ses enfants ?

  • M7250042 le mercredi 10 oct 2012 à 16:08

    Il est évident que l'état cherche des sous, et vu le profil du président ( la finance etc...), taxer les plus values de ceux qui en font, et quelque soient ceux qui en font, et comment ils y sont arrivés, c'est facile. MAIS à ce point c'est de la pure démence.Car si l'on veut lutter contre le chômage décourager les entrepreneurs n'est absolument pas la bonne méthode. Il vaut bien mieux taxer les héritages, car celui-ci représente un bien acquis sans aucun effort.

  • ANOSRA le mercredi 10 oct 2012 à 16:03

    J.ATTALI qui remet les pieds sur terre devrait essayer de convertir ses anciens amis à la méthode BBZ qu'il prône par ailleurs ! L'application aux administrations donnerait de vraies économies et pourrait vraiment résoudre le pb de la dette au lieu de s'attaquer aux entreprises créatrices de PIB et d'emplois!

  • M3435004 le mercredi 10 oct 2012 à 16:01

    Le gouvernement serait également bien inspiré de relire les proposition du rapport Attali établi en un temps où l'ouverture tenait la place du sectarisme d'aujourd'hui.

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