Le patron de Takata prié de s'expliquer sur les airbags au Japon

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* Shigehisa Takada convoqué au ministère de l'Industrie-sources * Les USA veulent procéder à un rappel général de véhicules * La filière automobile japonaise commence à s'inquiéter (Actualisé avec le fait que Takata a enquêté sur un airbag défectueux dès 2003, §§12-14) par Norihiko Shirouzu TOKYO, 3 décembre (Reuters) - Le puissant ministère japonais de l'Industrie a convoqué le patron de Takata 7312.T pour qu'il s'explique sur les mesures prises par l'équipementier automobile face à la crise provoquée par ses airbags potentiellement défectueux, a-t-on appris auprès de deux sources proches du dossier. A 48 ans, Shigehisa Takada représente la troisième génération de la dynastie familiale à la tête de l'équipementier automobile nippon. Président directeur général du groupe, il est attendu par des responsables du ministère de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie (Meti), dont le directeur général Atsuo Kuroda, a dit l'une de ces deux sources. Cette réunion pourrait intervenir dès lundi après-midi. On ignore précisément quelles informations le ministère souhaite recueillir. Atsuo Kuroda dirige le bureau des industries manufacturières au sein du ministère. Plus de 16 millions de véhicules ont été rappelés depuis 2008 à travers le monde, dont au moins 10,5 millions aux Etats-Unis, afin de remplacer les actionneurs d'airbags Takata, susceptibles d'exploser avec une force excessive et de projeter des pièces métalliques dans l'habitacle. Un lien a été établi entre ce défaut et la mort de cinq personnes, dont quatre aux Etats-Unis, toutes tuées à bord de véhicules Honda 7267.T . Porte-parole de Takata, Toyohiro Hishikawa a dit ne pas être en mesure de confirmer une convocation de Shigehisa Takada au ministère. Un porte-parole du Meti a dit ne pas avoir de commentaires à formuler dans l'immédiat. Shigehisa Takada n'est plus apparu en public depuis une assemblée générale d'actionnaires tenue à huis clos il y a près de six mois. Il avait alors présenté des excuses pour les problèmes d'airbags. Dans un communiqué diffusé mardi, il a reconnu que son entreprise "peut et doit faire plus". Il a promis des "initiatives spectaculaires" pour accélérer la production d'airbags de substitution, quitte à collaborer avec ses concurrents. Il a en revanche laissé le soin aux constructeurs automobiles de décider ou non d'un éventuel rappel généralisé de tous les véhicules équipés d'airbags Takata aux Etats-Unis et il n'a pas évoqué une éventuelle reconnaissance d'un défaut sur les coussins gonflables fabriqués par son entreprise. NOUVELLE AUDITION AU CONGRÈS AMÉRICAIN Cette réaction a été jugé "décevante" par l'autorité chargée de la sécurité routière aux Etats-Unis (NHTSA), laquelle avait précisément réclamé ces deux initiatives. "Takata partage la responsabilité de la sécurité des automobilistes et nous pensons que toute mesure autre qu'un rappel national n'est pas à la hauteur de cette responsabilité", écrit la NHTSA dans un courriel adressé à Reuters. Le dossier Takata ne mobilise pas seulement les autorités administratives aux Etats-Unis. Il s'est désormais déplacé sur les terrains judiciaire, avec l'ouverture d'une enquête pénale, et politique, puisqu'un dirigeant de Takata doit être à nouveau entendu ce mercredi par des sénateurs américains. Ce dirigeant, Hiroshi Shimizu, a déjà été auditionné par le Congrès américain le 21 novembre. Responsable qualité de l'équipementier nippon, il avait alors déclaré que Takata s'était pour la première fois penché sur des problèmes d'airbags en mai 2005, après avoir eu connaissance d'un incident survenu en 2004 sur une Honda Accord. Or Takata a reconnu mercredi dans un courriel adressé à Reuters avoir enquêté dès 2003 sur une rupture d'airbag dans une BMW en Suisse. Il avait alors conclu à une anomalie due à un "actionneur surchargé", ajoute l'équipementier, sans préciser ce qu'il entend par ces termes. De même, deux anciens employés de Takata ont fourni à Reuters des détails relatifs à deux enquêtes internes sur des ruptures d'airbags, toutes deux menées dans le Michigan, l'une en janvier 2004 et l'autre, déjà signalée par le New York Times, en juin 2004, soit dans les deux cas environ un an avant la date à laquelle Takata, par la voix de Hiroshi Shimizu, disait avoir eu connaissance pour la première fois d'éventuels problèmes. Aux Etats-Unis, la NHTSA a menacé d'ouvrir une procédure permettant d'imposer une amende de 7.000 dollars par véhicule non rappelé voire de contraindre à des rappels. L'amende maximale aux termes du droit américain est de 35 millions de dollars. Pour les deux sources ayant signalé la convocation de Shigehisa Takada au Meti, Takata a les épaules suffisamment solides financièrement pour supporter un rappel général. "Takata est une entreprise riche en liquidités", a dit l'une de ces sources. Au sein du gouvernement nippon, certains responsables s'inquiètent toutefois des retombées de cette affaire sur la réputation de la filière automobile japonaise. Un responsable ayant requis l'anonymat juge que ce serait "désastreux" si Takata n'accédait pas aux demandes de la NHTSA. Le ministère japonais de l'Industrie a mis en place un petit groupe de contact avec Takata et les constructeurs automobiles pour réfléchir aux moyens de fournir en temps voulu des millions de nouveaux airbags, a dit un responsable impliqué à Reuters. "Nous voulons voir Takata agir un peu plus dans l'urgence", a dit ce responsable. (avec Mari Saito, Chang-Ran Kim et Maki Shiraki à Tokyo et Ben Klayman à Detroit; Bertrand Boucey pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat et Véronique Tison)


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