Le Parti socialiste veut dompter ses "nonistes"

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LE PS VEUT DOMPTER SES "NONISTES"
LE PS VEUT DOMPTER SES "NONISTES"

par Yves Clarisse et Emile Picy

PARIS (Reuters) - Le Parti socialiste entend faire payer leur indiscipline aux députés PS qui ont voté contre le traité budgétaire européen, pour éviter la reconstitution d'une faction "noniste" sept ans après le déchirement de la formation majoritaire sur l'Europe.

L'Assemblée nationale a adopté mardi par 477 voix contre 70 le projet de loi qui autorise la ratification du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG).

Mais 264 députés socialistes seulement ont voté pour, 20 contre et neuf se sont abstenus, violant la discipline de groupe, tandis que trois écologistes, pourtant membres du gouvernement, votaient pour et douze contre.

La gauche, avec les radicaux de gauche, rassemble donc 282 voix, permettant de justesse la ratification du texte sans les voix de l'UMP, mais sans réunir une majorité absolue des députés -qui n'était pas requise pour ce vote- de 289 voix sur 577.

Bruno Le Roux, le président du groupe PS de l'Assemblée, a promis que cette rébellion ne resterait pas sans conséquence lors d'une réunion mercredi des députés socialistes.

"J'ai fait une intervention qui a été à l'unanimité saluée et applaudie en disant qu'il y avait des comportements qui n'étaient pas des comportements normaux, qu'il ne pouvait pas y avoir de comportements de courant contre le comportement du groupe", a-t-il déclaré jeudi à Reuters.

Il y aura "bien entendu des traces dans le groupe parce qu'aujourd'hui près de 270 députés considèrent que la discipline n'a pas été respectée", a-t-il ajouté.

CUISANT SOUVENIR

Il appartiendra au futur Premier secrétaire du PS, Harlem Désir, et au bureau politique de prendre d'éventuelles sanctions disciplinaires mais d'autres mesures sont envisagées.

"La réponse ne sera pas disciplinaire mais politique. Lorsqu'il y aura de la part de députés une demande pour faire un rapport, poser une question en séance, voire une demande de 'réserve parlementaire', ceux qui ont voté 'oui' seront prioritaires", a expliqué un participant à la réunion.

La réserve parlementaire, de 90 millions d'euros en 2013, permet à un député de financer des projets dans sa circonscription, une manière d'assurer sa réélection.

La virulence de cette attaque s'explique notamment par le cuisant souvenir du référendum de 2005 sur le projet de Constitution européenne au Parti socialiste.

François Hollande, alors Premier secrétaire de la formation d'opposition, avait pesé de tout son poids en faveur du 'oui' et les instances du PS s'étaient ralliées à cette position.

Mais l'actuel ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avait brisé le consensus en faisant campagne pour le "non", apportant aux "nonistes" jusqu'alors minoritaires une légitimité qui allait faire en partie basculer le résultat.

La persistance d'un fort contingent "noniste" au PS, camouflet pour l'autorité de François Hollande sur sa majorité, est d'autant plus mal vécue que l'exécutif n'avait pas ménagé ses efforts de persuasion et pensait juste avant le vote l'avoir réduit à une dizaine de députés seulement.

Le ministre des Affaires européennes, Bernard Cazeneuve, partisan du "non" en 2005, s'était démené pour amener un à un les députés de la majorité à serrer les rangs autour du gouvernement et à refuser une victoire symbolique à la droite.

UNE DIFFICULTÉ DE PLUS

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, avait dramatisé les enjeux en estimant qu'un vote négatif entraînerait "l'aggravation de la crise, une crise politique mais aussi une crise de la zone euro", voire une "sortie de l'euro".

L'opposition a d'ailleurs saisi la balle au bond.

"Il n'y a plus de majorité politique de gauche (...) sur la politique européenne", a ainsi dit Jean-Christophe Lagarde, porte-parole du groupe UDI (centriste) à l'Assemblée.

Jean-Luc Mélenchon, chef de file du Front de gauche, a estimé qu'un "alternative de gauche" s'était manifestée sur le dossier européen, ce qui constituerait une difficulté de plus pour le président français si elle se concrétisait.

Le gouvernement veut en effet démontrer à ses partenaires européens que la France est totalement déterminée à respecter ses engagements de discipline budgétaire et son objectif d'un déficit public limité à 3% du PIB en 2013.

La cohésion du PS risque donc d'être mise à rude épreuve si, pour tenir le cap, il faut prendre des mesures supplémentaires par rapport aux 30 milliards d'impôts nouveaux et de réductions de dépenses prévues dans le budget 2013.

Or, le Fonds monétaire international (FMI) prévoit pour l'an prochain une croissance limitée à 0,4% en France, un chiffre inférieur de moitié à l'objectif affiché par Paris. Et il estime que le déficit français s'élèvera à 3,5% à politique constante.

Edité par Gilles Trequesser

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  • van-cail le jeudi 11 oct 2012 à 16:47

    et la liberté ,c'est quoi?

  • jbellet le jeudi 11 oct 2012 à 16:17

    le retour des députés godillots

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