Le Parti pirate favori des législatives en Islande

le , mis à jour à 17:11
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    par Zoe Robert et Stine Jacobsen 
    REYKJAVIK, 29 octobre (Reuters) - Les Islandais étaient 
appelés aux urnes ce samedi pour des élections législatives 
anticipées qui pourrait voir le Parti pirate détrôner la 
coalition sortante de centre-droit. 
    Fondé par des cybermilitants et dirigé par l'activiste et 
poète Birgitta Jonsdottir, le Parti pirate promet de mettre fin 
à la corruption, propose d'accorder l'asile au lanceur d'alerte 
Edward Snowden et de favoriser l'usage des monnaies virtuelles 
comme le bitcoin. 
    Aux précédentes législatives, en 2013, les "Piratar" 
n'avaient obtenu que 5% des voix, faisant élire trois députés. 
Mais le scandale des "Panama papers" au printemps dernier a 
gonflé les voiles du Parti pirate.  
    Les manifestations qui ont suivi ont contraint le Premier 
ministre Sigmundur David Gunnlaugsson, du Parti du progrès, à la 
démission en raison de ses liens avec une société off-shore et 
conduit à ces élections législatives anticipées.  
    Monté à 40% des intentions de vote dans les sondages publiés 
en plein scandale, le Parti pirate est encore donné aux 
alentours de 20% des voix. 
    Le désaveu de la classe politique traditionnelle, déjà 
marqué depuis la crise financière et banquière de 2008 et 
renforcé par les Panama papers, a également favorisé l'élection 
en juin dernier à la présidence de l'historien Gudni 
Johannesson, qui n'appartient à aucun parti. 
     
    NOUVELLES ALLIANCES 
    Dans les derniers sondages, le Parti de l'indépendance, 
partenaire de la coalition sortante, est donné en tête, avec 
22,5% des intentions de vote, mais il est talonné par le Parti 
pirate (21,5%) et, surtout, voit le Parti du progrès chuter à 
10% à peine, ce qui contraindrait la majorité de centre-droit à 
l'Althing, le parlement monocaméral, à se mettre en quête d'un 
troisième partenaire de coalition. 
    Les Pirates pourraient chercher eux à s'allier avec les 
autres partis de l'opposition: l'Alliance sociale-démocrate, le 
Mouvement des verts et de gauche ou encore Avenir radieux, 
mouvement libéral et écologiste. 
    Un sondage mené le 27 octobre par l'institut Visir & Stod 
crédite au total les partis de gouvernement de 37% des 
intentions de vote, contre 47% pour les quatre partis 
d'opposition réunis. 
    Si les urnes confirment ce contexte serré, le nouveau Parti 
de la réforme (Vidreisn), pro-européen et libéral, pourrait 
détenir les clefs de la future majorité. Le parti n'a pas encore 
pris publiquement position, mais des analystes notent qu'il 
serait sans doute plus enclin à s'allier aux formations de la 
coalition sortante. 
    La participation électorale est habituellement forte en 
Islande, autour de 80%, mais l'électorat jeune est marqué par 
une plus forte abstention, ce qui pourrait affecter les 
résultats du Parti pirate. 
    Les bureaux de vote devaient rester ouverts jusqu'à 22h00 
GMT avec les premiers résultats attendus dans la nuit. Mais les 
mauvaises conditions météorologiques qui règnent ce samedi sur 
l'Islande pourraient retarder les opérations. 
    "Le changement est magnifique, il n'y a là rien à redouter", 
a dit Birgitta Jonsdottir après avoir voté, ajoutant ressentir 
que l'époque était au changement. "The times they are a 
changing", a-t-elle dit, citant Bob Dylan, récent prix Nobel de 
littérature. 
    Face aux accusations de populisme, elle a répondu: "S'il est 
naïf d'écouter le peuple, qu'il en soit ainsi. Nous préférons 
être naïfs que corrompus, et le peuple islandais n'en peut 
vraiment plus du népotisme et de la corruption." 
     
    BOOM DU TOURISME ET PRESSIONS SUR L'IMMOBILIER 
    Durant la campagne, la majorité sortante a mis en avant ses 
succès dans la relance de l'économie, mise à bas par les 
faillites bancaires de 2008. 
    Porté par un tourisme en plein essor, le PIB islandais 
devrait progresser de 4,3% cette année tandis que le taux de 
chômage a été ramené à 3,1% de la population active. 
    Mais l'afflux de visiteurs étrangers est également pointé du 
doigt dans l'augmentation spectaculaire des loyers, qui 
compliquent la vie des Islandais. De nombreux propriétaires 
préférant louer leurs biens à des touristes, le marché est 
saturé et les prix s'envolent. Selon les données de Registers 
Iceland, le montant moyen des loyers à Reykjavik a progressé de 
55% depuis début 2011, de 9% entre août 2015 et août 2016. 
    Et la tendance n'est pas près de s'inverser: le nombre de 
touristes étrangers devrait encore progresser de 35% l'année 
prochaine pour atteindre les 2,37 millions de visiteurs, sept 
fois plus que la population islandaise, d'après des projections 
de l'Islandsbanki. 
    "C'est comme si Reykjavik n'était plus ma ville, mais une 
sorte de Disneyland", soulignait durant la campagne Birgitta 
Jonsdottir.     
 
 (Julie Carriat et Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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