Le parti anti-immigration AfD le vent en poupe dans le land de Merkel

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    par Andrea Shalal 
    BERLIN, 4 septembre (Reuters) - Le parti Alternative für 
Deutschland (AfD), hostile à la politique d'accueil des réfugiés 
décidée par Angela Merkel, devrait réaliser une percée 
spectaculaire lors des élections régionales ce dimanche dans le 
land de Mecklembourg-Poméranie occidentale. 
    C'est dans cette région de l'ex-Allemagne de l'Est, sur les 
bords de la Baltique, à la frontière polonaise, que la 
chancelière fédérale a entamé sa carrière politique après la 
chute du mur de Berlin. Mais les sondages prédisent que son 
parti, l'Union chrétienne démocrate (CDU), pourrait être devancé 
par l'AfD. 
    Ce serait une première en Allemagne et un coup de tonnerre 
symbolique, un an jour pour jour après sa décision d'ouvrir les 
frontières aux réfugiés qui étaient bloqués en Hongrie et un an 
avant les prochaines élections législatives fédérales, où elle 
pourrait briguer un quatrième mandat. 
    Créé en 2013 initialement contre les plans de renflouement 
financier dans la zone euro, l'AfD s'est mué en un parti 
anti-immigration incarnant une ligne opposée à celle défendue 
par Merkel. 
    En mars dernier, il a engrangé le fruit de ses prises de 
position aux régionales dans les länder du Bade-Wurtemberg, de 
Rhénanie-Palatinat et surtout en Saxe-Anhalt où, avec plus de 
24% des voix, il est devenu la deuxième force politique 
régionale, talonnant la CDU. 
    Dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale, les derniers 
sondages le donnent au coude à coude avec la CDU dans les 
intentions de vote, à 22% chacun. Les sociaux-démocrates du SPD, 
qui gouvernent dans le cadre d'une "grande coalition" avec la 
droite, conserveraient leur première place avec 28%. 
    A la veille de ce vote, Angela Merkel a effectué samedi un 
ultime déplacement de campagne à Bad Doberan, une petite 
localité de son land d'origine, mettant en garde contre la 
"politique de la peur" qu'incarne à ses yeux l'AfD. 
    "Chaque voix va compter", a-t-elle dit. "Cette élection 
porte sur l'avenir de ce Land", a poursuivi la chancelière, 
demandant aux électeurs de passer outre les slogans de campagne 
et de mesurer les effets de la politique menée par la coalition 
sortante, à laquelle participe la CDU, qui a divisé le chômage 
par deux et encouragé le développement du tourisme. 
     
    "ASSUMER CETTE RESPONSABILITÉ HUMANITAIRE  
    ÉTAIT LA BONNE CHOSE À FAIRE" 
    Dans une interview accordée samedi au quotidien Bild, le 
journal le plus lu du pays, elle défend par ailleurs la décision 
prise le 4 septembre 2015 d'ouvrir les frontières de l'Allemagne 
aux dizaines de milliers de réfugiés qui étaient bloqués en 
Hongrie, pays de première arrivée dans l'espace européen. 
    La chancelière ajoute que l'effort financier qui a 
accompagné l'arrivée d'un million de migrants en provenance 
notamment de Syrie, d'Irak et d'Afrique du Nord n'a privé aucun 
Allemand des prestations ou allocations sociales. 
    "Nous n'avons rien pris aux gens ici. Nous poursuivons notre 
grand objectif de maintenir et d'améliorer la qualité de la vie 
en Allemagne", dit-elle. 
    Mais un an après cette décision qualifiée à l'époque de 
geste humanitaire, sa cote de popularité est tombée au plus bas 
de ces cinq dernières années, à 45%. Et pour 63% des Allemands 
interrogés par l'institut Emnid, sa politique d'accueil est le 
principal facteur de l'essor électoral de l'AfD. 
    Les agressions sexuelles du nouvel an à Cologne et dans 
d'autres villes du pays puis la série d'attaques commises en 
juillet dernier, dont deux ont été revendiquées par 
l'organisation Etat islamique (EI), ont alimenté le débat sur la 
capacité de la société allemande à intégrer cet afflux. 
    Dans les sondages nationaux, l'AfD est crédité de 12% des 
intentions de vote, ce qui en fait la troisième force politique 
et lui permettrait, surtout, d'accéder pour la première fois au 
Bundestag, le parlement fédéral. 
    Si c'était à refaire, juge cependant Merkel dans les 
colonnes de Bild, elle le referait. "Il est absolument évident 
qu'une année comme l'an dernier ne peut pas être reproduite 
(...) Mais assumer cette responsabilité humanitaire et continuer 
à le faire était la bonne chose à faire, ", dit-elle. 
 
 (avec Andreas Rinke, Hans-Edzard Busemann et Noah Barkin; 
Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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