Le partenariat public-privé ne fait pas l'unanimité

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Lignes TGV, stades, hôpitaux, prisons? ce montage est utilisé pour financer toutes sortes d'infrastructures publiques. L'année dernière, 41 projets de ce type ont été agréés, pour un montant total de 15 milliards d'euros.

Importée du Royaume-Uni au milieu des années 2000, la formule du PPP (partenariat public-privé) a connu un développement exponentiel depuis. Lignes TGV, stades, hôpitaux, prisons... ce montage est utilisé pour financer toutes sortes d'infrastructures publiques. L'année dernière, 41 projets de ce type ont été agréés, pour un montant total de 15 milliards d'euros.

o Une formule très pratique

Au lieu d'acheter comptant, pourquoi ne pas payer à crédit? La formule existait depuis longtemps pour les particuliers. Le partenariat public-privé l'a rendue possible pour l'État ou les collectivités publiques qui veulent se doter de grands équipements. Au lieu de payer l'intégralité de la note dès qu'un stade ou une ligne TGV est livré, le client public s'acquitte pendant vingt ou trente ans d'un loyer. Cette somme couvre à la fois les frais de construction et de maintenance du lieu. Pour l'État et les collectivités qui ont des difficultés croissantes à mobiliser des sommes énormes d'un seul coup, c'est très pratique. D'autant qu'un loyer étalé sur plusieurs décennies est forcément plus indolore.

o Petites et grandes opérations

Le PPP est aussi bien utilisé pour monter des opérations de très grande dimension que pour mener des projets plus modestes. Ainsi, la ligne TGV Tours-Bordeaux sera construite puis exploitée par Vinci pendant cinquante ans. Un contrat au montant record de 7,8 milliards. Moins spectaculaire, Spie Batignolles va construire et gérer trois piscines dans le bassin d'Arcachon. Pour chacune, le groupe touchera une redevance annuelle de 300.000 euros. En fait, ce mode de financement sert à construire une grande variété de bâtiments inattendus: des parcs des expositions mais aussi des Ehpad (établissements pour personnes âgées dépendantes). Il est également uti-lisé pour faire des ouvrages routiers comme des autoroutes ou des périphériques de grandes agglomérations.

o Avantages et inconvénients

Les «supporteurs» du PPP estiment que la formule permet de construire plus vite les ouvrages. Les entreprises de BTP touchant un loyer dès que l'infrastructure est en service, elles ont intérêt à tenir les délais. Autre avantage, comme elles sont chargées de la maintenance sur leurs deniers, les entreprises n'ont pas intérêt à construire au rabais. Les détracteurs du PPP soulignent, eux, qu'au final l'ouvrage revient bien plus cher s'il est construit avec cette formule. Ainsi, le loyer annuel de 39 millions perçu par Eiffage pour assurer la maintenance et des services annexes à l'hôpital sud Francilien fait polémique. De même, les 154 millions annuels que devrait toucher Bouygues pour construire et gérer le siège du ministère de La défense à Balard, à Paris, font grincer des dents. En tout, le groupe toucherait plus de quatre milliards en ayant investi 1,8 milliard.

o Objet de polémique politique

Dans les rangs socialistes désormais aux commandes de l'État, le partenariat public-privé ne fait pas l'unanimité. À Lille, Martine Aubry a certes fait réaliser le nouveau stade par Eiffage avec cette formule. Mais d'autres barons du PS ne se privent pas de critiquer la formule. Fin avril, Alain Rousset, président de la région Aquitaine, a fait une sortie remarquée sur ce thème. «Je suis quasiment partout contre les PPP», expliquait celui qui était alors le «M. Industrie» du candidat Hollande. Pêle-mêle, il reproche à ce système de favoriser l'endettement des partenaires publics et de tuer les PME du bâtiment pas capables d'assurer la charge de ces contrats au long cours. Pendant la campagne, François Hollande a promis de faire un audit pour voir si le projet de Pentagone à la française construit en PPP était approprié. Et durant l'été 2011, le maire d'Évry, Manuel Valls, devenu depuis ministre de l'Intérieur, avait demandé la sortie du PPP pour l'hôpital sud-francilien.

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  • d.vande2 le lundi 28 mai 2012 à 00:32

    De très bons arguments "anti" dans cet article>>http://www.objectifeco.com/economie/economie-politique/article/vincent-benard-les-partenariats-public-prive-une-dangereuse-illusion-anti-economique