Le parquet veut juger Heaulme pour le crime imputé à Dils

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LE PARQUET VEUT JUGER FRANCIS HEAULME POUR LE CRIME IMPUTÉ À PATRICK DILS
LE PARQUET VEUT JUGER FRANCIS HEAULME POUR LE CRIME IMPUTÉ À PATRICK DILS

STRASBOURG (Reuters) - Le parquet général a requis mardi le renvoi du tueur en série Francis Heaulme aux assises pour le meurtre de deux enfants en 1986 en Lorraine initialement imputé à Patrick Dils, avant qu'il ne soit innocenté après 15 ans de prison.

Après une audience à huis clos, la chambre de l'instruction de Metz a mis sa décision en délibéré au mois de mars prochain. S'il suit le procureur général Jacques Pin, Francis Heaulme répondra de ce crime dans un procès qui serait le quatrième de cette affaire.

Patrick Dils, âgé de 16 ans au moment des faits, avait été condamné initialement à la réclusion à perpétuité avant que son affaire ne soit révisée -une procédure exceptionnelle- du fait de la découverte de la présence de Francis Heaulme sur les lieux du crime.

D'abord condamné à nouveau à 25 ans de réclusion, Patrick Dils avait finalement été acquitté en appel en 2002.

Alexandre Beckrich et Cyril Beining, deux garçons de huit ans, avaient été tués, le crâne fracassé à coups de pierres, le 28 septembre 1986 sur le talus d'une voie ferrée où ils jouaient non loin de leur domicile, dans la banlieue de Metz.

La présence avérée de Francis Heaulme sur les lieux du crime ainsi que de nombreux autres indices laissant penser que le tueur en série pouvait en être l'auteur, avaient été déterminants dans la décision de révision du procès de Patrick Dils.

Francis Heaulme est en prison depuis 1992 et purge à 53 ans sept condamnations pour des meurtres dont deux à perpétuité.

Il travaillait non loin du lieu de la mort des deux enfants, a lui-même reconnu être passé près du talus ce jour-là, disant même avoir vu les enfants qui lui auraient jeté des pierres. Il a néanmoins toujours nié être l'auteur du crime.

"QUASI SIGNATURE CRIMINELLE"

Lors d'une contre-enquête menée avant la révision du procès Dils, les gendarmes ont cru voir sa "quasi signature criminelle" dans le mode opératoire du double meurtre. Il a en effet déjà tué avec des pierres et a déjà été condamné pour un meurtre d'enfant.

Mis en examen le 9 juin 2006 dans le cadre d'une nouvelle instruction sur l'affaire de Montigny-lès-Metz, Francis Heaulme a bénéficié un an et demi plus tard d'une ordonnance de non-lieu d'un juge d'instruction.

Fait inhabituel, le parquet, qui n'avait pas requis son renvoi devant les assises, a fait appel, obtenant le 26 juin 2008 un supplément d'information portant notamment sur l'audition de plusieurs témoins et ordonnant une expertise sur les photos des cadavres des victimes.

Il semble que la nouvelle position du parquet soit davantage due à une relecture du dossier qu'à de nouveaux éléments déterminants.

"Le supplément d'information n'apporte rien", a dit à Reuters avant l'audience Me Liliane Glock, avocate du tueur en série.

Des codétenus de Francis Heaulme ont fait part de confidences de sa part dans lesquelles il se serait incriminé, mais "ils auraient dit la même chose de Patrick Dils. On tourne en rond", a-t-elle ajouté.

Si la famille de Cyril Beining avait fait appel, celle d'Alexandre Bekrich s'en était abstenue, restant persuadée de la culpabilité de Patrick Dils, qui avait avoué le crime au départ, comme deux autres suspects avant lui.

"La famille Bekrich a toujours considéré que les charges pesant sur Francis Heaulme n'étaient pas suffisantes pour en faire un coupable de substitution", a dit à Reuters avant l'audience Me Dominique Rondu, avocat de Ginette Bekrich, la grand-mère de l'enfant.

Gilbert Reilhac avec Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

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