Le Parlement wallon rejette l'accord de libre-échange UE-Canada

le , mis à jour à 19:32
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    * Le processus de ratification européen est bloqué 
    * Le ministre-président wallon demande "un peu de temps" 
    * Il se dit soutenu par "quatre ou cinq" autres pays 
 
 (Actualisé avec entretien à l'Elysée) 
    NAMUR, Belgique, 14 octobre (Reuters) - Le Parlement de 
Wallonie s'est opposé vendredi à la ratification de l'accord de 
libre-échange entre l'Union européenne et le Canada (CETA), ce 
qui pourrait empêcher sa mise en oeuvre. 
    Les députés qui siègent à Namur ont adopté une motion 
demandant à l'exécutif régional de ne pas déléguer ses pouvoirs 
au gouvernement belge pour signer le traité, auquel Ottawa et 
tous les Etats-membres de l'UE sont favorables, Belgique y 
compris.  
    Le CETA (Comprehensive Economic Trade Agreement), qui a 
nécessité cinq ans de négociations, doit être ratifié par tous 
les parlements nationaux pour entrer en vigueur. 
    Les ministres européens du Commerce doivent quant à eux 
l'approuver mardi à Luxembourg, avant la signature prévue le 27 
octobre à Bruxelles en présence du chef du gouvernement canadien 
Justin Trudeau. Or, le Premier ministre belge Charles Michel ne 
pourra donner son aval sans celui des parlements régionaux. 
Celui de Bruxelles s'est prononcé pour le traité mercredi.  
    "Je ne donnerai pas les pleins pouvoirs au gouvernement 
fédéral et la Belgique ne signera pas le CETA le 18 octobre", a 
affirmé le ministre-président wallon, Paul Magnette. 
    "Nous ne sommes pas contre le commerce ni contre le #Canada. 
Évitons ces caricatures", écrit-il par ailleurs sur Twitter. 
    A Paris, où il s'est entretenu avec François Hollande, le 
chef du gouvernement wallon s'est dit convaincu de parvenir à 
une solution après renégociation.  
     
    "LE CUBA DE L'EUROPE" 
    "Je pense que les valeurs que nous défendons sont des 
valeurs justes qui sont très largement partagées et je suis 
convaincu qu'on finira par convaincre. Ça prendra sans doute un 
peu de temps", a-t-il déclaré à la presse dans la cour de 
l'Elysée.  
    Pour Paul Magnette, "quatre ou cinq pays européens partagent 
les réticences de la Wallonie."   
    "Je crois que ça suscite des réactions de soutien dans 
certaines capitales. Sur cette base, ça permettra de rouvrir une 
négociation et de vraiment consacrer ces normes auxquelles on 
tient beaucoup", a-t-il fait valoir.        
    Aux yeux du ministre-président, un meilleur traité est un 
gage pour l'avenir.  
    "Il y a un enjeu majeur : derrière ce traité UE-Canada, on 
est en train de fixer les standards de tous les prochains 
accords commerciaux bilatéraux", a-t-il dit, alors que les 
négociations sur un traité de libre-échange entre l'UE et les 
Etats-Unis sont dans l'impasse.  
    "Et donc si aujourd'hui on ne fixe pas les standards à un 
niveau élevé, on risque demain d'entrer dans une nouvelle phase 
qui affaiblira encore un peu plus les autorités publiques. Et on 
cherche exactement à faire l'inverse", a ajouté Paul Magnette.  
    Pendant le débat parlementaire, les adversaires du traité se 
sont inquiétés de ses conséquences pour les agriculteurs, le 
droit du travail, le respect de l'environnement et le pouvoir 
des multinationales.  
    "Vous prenez en otages la Belgique et l'Europe. Comment 
rester crédibles si nous empêchons les 27 autres pays d'aller de 
l'avant, de placer l'Europe sur l'échiquier mondial? (...) Vous 
allez transformer la Wallonie en Cuba de l'Europe", leur a lancé 
Virginie Defrang-Firket, membre du Mouvement Réformateur (MR).  
    Le Premier ministre Canadien, qui recevait son homologue 
français Manuel Valls, avait exhorté avec véhémence la veille 
l'Union européenne à approuver l'accord. 
    "C'est le moment pour l'Europe de décider à quoi sert 
l'Union européenne", a déclaré Justin Trudeau. "Si on trouve, 
dans une semaine ou deux, que l'Europe est incapable de signer 
une entente progressiste, commerciale, avec un pays comme le 
Canada, avec qui l'Europe pense-t-elle faire affaire dans les 
années à venir ?", s'est-il interrogé. 
 
 (Philip Blenkinsop, avec Elizabeth Pineau, Jean-Philippe Lefief 
et Tangi Salaün à Paris, édité par Sophie Louet) 
 
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  • franck8 il y a un mois

    Bravo les Wallons ! Nos héros !