Le parlement irakien freine le programme de réformes d'Abadi

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(Ajoute commentaires, détails) par Ahmed Rasheed BAGDAD, 2 novembre (Reuters) - Le parlement irakien a voté lundi une résolution interdisant au gouvernement de mettre en oeuvre des réformes politiques sans son accord préalable, avec l'objectif de restreindre la capacité d'action du Premier ministre Haïdar al Abadi, a-t-on appris auprès des députés. Le chef du gouvernement a lancé en août dernier une vaste campagne de lutte contre la corruption et la mauvaise gestion des administrations, ordonnant la réduction du nombre de postes gouvernementaux ou la baisse du traitement des fonctionnaires. Ces mesures ont été dénoncées par le parlement comme autant de violations de la Constitution. "Nous avions prévenu la semaine dernière dans notre lettre à Abadi que ses prises de décisions unilatérales touchaient à leur fin. En vertu de cette résolution, le Premier ministre n'a plus d'autorité absolue", a déclaré à Reuters un élu souhaitant rester anonyme. Une soixantaine de députés membres de la coalition de l'Etat de droit, au pouvoir en Irak, ont menacé mardi dernier de retirer leur soutien au programme de réformes porté par le Premier ministre s'il ne répondait pas d'ici vendredi à leur volonté d'être davantage consultés. ID:nL8N12T3KI La plupart de ces députés sont des fidèles de l'ancien Premier ministre Nour al Maliki, critiqué pour sa gestion autoritaire du pays lorsqu'il était au pouvoir (2006-2014). Pour Wassiq al Hachimi, président du Groupe irakien d'études stratégiques, la question de la survie politique d'Abadi se pose désormais. "Je pense que l'initiative du parlement aujourd'hui est un test. La prochaine étape sera probablement le retrait de la confiance à Abadi", dit-il. "Des objections croissantes émanant du parlement contre sa manière de diriger l'Etat et une douloureuse pénurie d'argent finiront par aboutir à une confrontation entre le Premier ministre et son propre parti", ajoute cet analyste. Certaines réformes annoncées par Haïdar al Abadi ont été mises en oeuvre tandis que d'autres sont restées à l'état de projet. Les trois postes de vice-président, qui devaient être supprimés, ont ainsi été maintenus. Au moment de son accession au pouvoir en septembre 2014, Haïdar al Abadi était considéré comme capable de bâtir des ponts et de réduire les divisions entre chiites, communauté dont il est issu, sunnites et Kurdes, divisions qui s'étaient fortement accentuées pendant les mandats de son prédécesseur. Mais de hauts responsables se sont plaints ces derniers temps de ne pas avoir été consultés sur ses projets de réformes, qu'ils n'ont appris que par la presse. "Le parlement refuse que quiconque, y compris le gouvernement, n'outrepasse son autorité", a déclaré un député. "La résolution a été adoptée à l'unanimité et impose que toute décision soit validée par le parlement." (Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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