Le pari risqué du retour de la croissance

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DÉCRYPTAGE DE MARIE VISOT - Toute l'équation repose sur le regain d'activité attendu par l'exécutif ; tout dérapage remettrait une nouvelle fois en cause les scénarios élaborés par Bercy.

Le marathon budgétaire a commencé, les calculettes des experts budgétaires moulinent... Combien de milliards économiser l'an prochain? De combien augmenter les impôts pour boucler l'équation? Le débat est lancé, mais les discussions ne seront pas vaines qu'à une seule condition: que la croissance revienne. Toute l'équation repose en effet sur le regain d'activité attendu par l'exécutif ; tout dérapage remettrait une nouvelle fois en cause les scénarios élaborés par Bercy. Pour mémoire, chaque dixième de point qui manquera en 2014, ce serait un milliard supplémentaire à devoir trouver.

L'enjeu se comprend à l'aune de ce qui s'est passé cette année: Bercy avait construit il y a un an son budget 2013 sur une hypothèse de croissance du PIB de 0,8 %. Très vite, il a fallu admettre que cette prévision ne serait pas atteinte... et qu'il manquerait plus de 6 milliards dans les caisses de l'État. L'année est bien avancée et les moins-values fiscales continuent de gonfler. Au total, ce ne sont donc pas 6 mais plus du double, précisément près de 13 milliards, qui devraient au moins manquer à la fin de l'année.

En 2014, le gouvernement ne pourra pas se permettre de reproduire un scénario où les impératifs budgétaires fluctuent au gré des aléas conjoncturels... En tablant toujours sur une progression de croissance de 1,2 % l'an prochain, François Hollande prend donc un pari risqué. Celui de croire que l'Europe donnera enfin une impulsion, que son crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) pour les entreprises, ainsi que la loi sur la sécurisation de l'emploi suffiront à remettre la France dans le droit chemin de la compétitivité. Que la consommation et l'investissement, aujourd'hui atones, repartiront rapidement.

De ce pari dépend le respect de la cible de déficit public que Paris va se fixer. Dépend aussi le fameux retournement de la courbe du chômage - François Hollande sait bien que les dispositifs d'emplois aidés pourront éventuellement freiner sa progression, mais pas la faire baisser durablement. Dit autrement, c'est à la fois son engagement auprès de la Commission européenne sur les finances publiques, et son engagement auprès des Français sur le chômage, qui sont en jeu.

Récemment, l'économiste Pierre Larrouturou affirmait que «tout miser sur le retour de la croissance» relève de la «méthode Coué». Mais ce membre du bureau national du PS, l'un des créateurs du collectif Roosevelt, voulait croire alors que François Hollande «est sûrement conscient de la situation»...

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  • puck le mercredi 3 juil 2013 à 12:16

    Non, ce sont des énarques!

  • idem12 le mercredi 3 juil 2013 à 11:35

    " mais les discussions ne seront pas vaines qu'à une seule condition: que la croissance revienne." je crois que c'est en classe seconde où l'on apprend que tout pression fiscale se paie en points de croissance et qu'ils ne faut jamais faire d'austérité en période de faible croissance ou de récession. Qui sont les soit-disant "experts" de Bercy ? Des incompétents ou des hypocrites ?