Le paradis perdu des « cols rouges » de Drouot

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Le paradis perdu des « cols rouges » de Drouot
Le paradis perdu des « cols rouges » de Drouot

Parmi la cinquantaine de prévenus au procès des commissionnaires de l’Hôtel Drouot, il n’y a que des hommes, dont une bonne moitié sont nés en Savoie. Quel que soit leur sort judiciaire, ils savent qu’ils ont brisé une histoire, un morceau de patrimoine dont ils étaient dépositaires.

Bien sûr, il y a les longues journées d’audience à subir, avec cette fichue étiquette que l’accusation leur a collée dans le dos : association de malfaiteurs, vols, recel de vols. La crainte du jugement et de la condamnation au bout. Les « éléments de langage » révisés avec leur avocat et récités avec plus ou moins de conviction à la barre. Les silences complices et les petites lâchetés. La surveillance et la défiance mutuelle. La solidarité qui se fracasse. Les regards parfois lourds qui s’échangent. La tentation du « c’est pas moi, c’est les autres ». Les « je ne m’en souviens plus », opposés à bout d’arguments aux questions insistantes du tribunal. En cela, le procès des commissionnaires de l’Hôtel Drouot, qui s’est ouvert lundi 14 mars à Paris, ressemble à n’importe quelle affaire de correctionnelle ordinaire.

Mais il y a autre chose. Ils ont le visage triste, les Savoyards de Drouot assis au banc des prévenus. Quel que sera leur sort judiciaire individuel, ils savent qu’ils sont d’ores et déjà coupables collectivement d’avoir brisé une histoire, un morceau de patrimoine dont ils étaient dépositaires. Reçus d’un père, d’un grand-père, d’un oncle, d’un voisin du village, qui eux-mêmes les tenaient d’un aïeul, avec la charge de les transmettre à leur tour à un fils, un neveu, un cousin. Une lignée ininterrompue depuis ce jour de 1860 où Napoléon III a octroyé aux Savoyards et Haut-Savoyards émigrés à Paris le monopole du transport et de la manutention à l’hôtel des vente...

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  • monjohn il y a 10 mois

    Rien à faire, on ne peut pas lire l'article si on ne supprime pas son Adblock et en plus, faut être abonné.