Le pape réclame une "action urgente" pour sauver la planète

le , mis à jour à 14:39
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* François épouse la thèse scientifique du réchauffement * Une encyclique appelée à susciter un débat * "Le marché ne peut résoudre les problèmes d'environnement" * Les pays riches doivent renoncer au gaspillage par Philip Pullella CITE DU VATICAN, 18 juin (Reuters) - Le pape François réclame une action urgente pour sauver le monde d'un désastre environnemental et exhorte les dirigeants de la planète à entendre "tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres" dans une encyclique diffusée jeudi par le Vatican. Premier document papal consacré à l'écologie, "Laudato Si (Loué sois-tu), sur la sauvegarde de la maison commune" appelle à mettre un terme à la dégradation de l'environnement et au réchauffement climatique. Le pape épouse le point de vue de la communauté scientifique selon lequel le réchauffement est principalement provoqué par les activités humaines, tout en plongeant l'Eglise dans une controverse politique sur la question climatique. Il appelle de ses voeux un changement de style de vie dans les pays riches, qu'il invite à renoncer à la culture de la consommation "jetable", et souhaite la fin des attitudes "obstructionnistes" plaçant le profit avant le bien commun. Cette encyclique, sans doute la plus polémique depuis celle de Paul VI confirmant en 1968 ("Humanae Vitae") l'interdiction par l'Eglise de toute méthode artificielle de régulation des naissances, a déclenché la colère des conservateurs catholiques américains, dont plusieurs candidats à l'investiture du Parti républicain pour l'élection présidentielle de 2016. Ces derniers, parmi lesquels Jeb Bush, reprochent au souverain pontife de se mêler de science et de politique. Mais François, qui a choisi son nom en référence à saint François d'Assise, lequel prônait le respect de la création divine et qui est devenu à ce titre le patron des écologistes, estime que la protection de la planète est un "impératif" moral pour les croyants comme pour les non-croyants et qu'elle doit passer devant les intérêts politiques ou économiques. UN SIGNE FORT AVANT LA COP21 L'intervention de François pourrait inciter les 1,2 milliard de catholiques dans le monde à faire pression sur leurs gouvernements sur les questions écologiques. Le souverain pontife a d'ailleurs souhaité que ce texte de 192 pages réparties en six chapitres, conçu pour être un document emblématique de son pontificat, alimente les débats lors de la conférence sur le climat qui doit se tenir à Paris du 30 novembre au 11 décembre sous l'égide des Nations unies (COP 21). Sur Twitter, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius y a vu "un geste sans précédent" et "une contribution importante pour le succès de la COP21". Dans son encyclique, le pape, âgé de 78 ans, dénonce la "myopie de la logique du pouvoir" qui ralentit toute action gouvernementale "aux vues larges" sur l'environnement. "Beaucoup de ceux qui détiennent plus de ressources et de pouvoir économique ou politique semblent surtout s'évertuer à masquer les problèmes ou à occulter les symptômes", écrit-il. Le temps presse, ajoute-t-il, pour sauver une planète qui "semble se transformer toujours davantage en un immense dépotoir". Le souverain pontife réfute l'efficacité des crédits carbone, qu'il qualifie de "solution rapide et facile" qui "peut donner lieu à une nouvelle forme de spéculation" et "n'implique en aucune manière de changement radical". "Les prévisions catastrophistes ne peuvent plus être considérées avec mépris ni ironie. Nous pourrions laisser trop de décombres, de déserts et de saletés aux prochaines générations", insiste-t-il. "Le rythme de consommation, de gaspillage et de détérioration de l'environnement a dépassé les possibilités de la planète, à tel point que le style de vie actuel, parce qu'il est insoutenable, peut seulement conduire à des catastrophes, comme, de fait, cela arrive déjà périodiquement dans diverses régions." "L'UN DES PRINCIPAUX DÉFIS DE L'HUMANITÉ" S'appuyant sur "les meilleurs résultats de la recherche scientifique disponible aujourd'hui", le pape qualifie le changement climatique de "l'un des principaux défis actuels pour l'humanité", soulignant que les pays en développement en seront les premières victimes. Dans plusieurs passages de son encyclique, il s'oppose aux climatosceptiques, déclarant qu'il "existe un consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d'un réchauffement préoccupant". "Il y a, certes, d'autres facteurs (comme le volcanisme, les variations de l'orbite et de l'axe de la terre, le cycle solaire), mais de nombreuses études scientifiques signalent que la plus grande partie du réchauffement global des dernières décennies est due à la grande concentration de gaz à effet de serre (...) émis surtout à cause de l'activité humaine." Dans un extrait susceptible de déplaire aux conservateurs, il juge indispensable de mettre en place un "système normatif qui implique des limites infranchissables et assure la protection des écosystèmes". François balaie l'argument selon lequel "l'économie actuelle et la technologie résoudront tous les problèmes environnementaux" et "que les problèmes de la faim et de la misère dans le monde auront une solution simplement grâce à la croissance du marché". "Le changement climatique n'est plus seulement une question scientifique (mais) morale et éthique", s'est réjouie Yolanda Kakabadse, présidente de la WWF, en réaction à la publication de l'encyclique. (Danielle Rouquié et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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