Le pape François souhaite "une Eglise pour les pauvres"

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LE PAPE FRANÇOIS NE VEUT PAS D'UNE ÉGLISE QUI SOIT UNE INSTITUTION POLITIQUE
LE PAPE FRANÇOIS NE VEUT PAS D'UNE ÉGLISE QUI SOIT UNE INSTITUTION POLITIQUE

par Philip Pullella et Catherine Hornby

VATICAN (Reuters) - Rompant avec le style austère et distant de son prédécesseur, le pape François s'est livré samedi à un premier exercice de communication où, avec une simplicité chaleureuse et un certain humour, il a formé le voeu d'une "Eglise pour les pauvres" qui ne soit pas une "institution politique".

Souriant et s'exprimant le plus souvent de manière improvisée, le souverain pontife est venu expliquer devant plusieurs centaines de journalistes réunis dans la salle Paul VI (la salle des audiences générales) pourquoi il avait choisi le prénom de François comme symbole de son pontificat.

Lorsque mercredi soir l'issue du scrutin a définitivement penché en sa faveur, Jorge Mario Bergoglio a reçu l'accolade de son ami brésilien, le cardinal Claudio Hummes, archevêque émérite de Sao Paulo.

"Lorsque nous sommes arrivés au deux tiers des votes et que tous se sont mis à m'applaudir comme c'est l'usage, il (Hummes) m'a embrassé et il m'a dit 'n'oublie pas les pauvres'. Cette pensée est entrée là", a-t-il raconté, se touchant le front avec le doigt.

"Et soudain, j'ai pensé à François d'Assise (...) l'homme qui nous donne cet esprit de paix, l'homme pauvre. Ah, combien j'aimerais une Eglise pauvre pour les pauvres !" a-t-il ajouté.

En embrassant l'héritage de saint François d'Assise, l'ancien cardinal de Buenos Aires indique sa volonté d'un pontificat placé sous le sceau de la morale, de l'humilité et de la simplicité afin de rompre avec une pratique vaticane trop souvent pompeuse et formelle.

Ce style qu'il a développé au long de sa carrière de prélat en Argentine devrait aider à donner une nouvelle image d'une papauté en crise et d'une Eglise catholique minée par les scandales, les intrigues et les querelles intestines.

C'est à cette tâche qu'il s'exerce depuis les premières heures de son élection et depuis son apparition au balcon de la basilique Saint-Pierre d'où il s'est adressé avec une étonnante décontraction aux fidèles massés sur la place.

Fraîchement choisi par ses pairs, le pape François a refusé d'utiliser la limousine mise à sa disposition et est retourné en navette jusqu'à l'hôtel voisin géré par le Vatican qui abritait les cardinaux lors du conclave.

Là, il a tenu à régler les frais de sa chambre puis a appelé ses compatriotes à ne pas engager de frais inutiles pour faire le voyage jusqu'à Rome et à utiliser cet argent en le donnant aux pauvres.

UNE INSTITUTION HUMAINE

"François est l'homme de la paix, l'homme qui aime et protège la Création et en ce moment nous avons une relation qui n'est pas si bonne avec la Création", a-t-il noté.

Mort en 1226, François d'Assise, fondateur de l'ordre des frères mineurs (les franciscains) avait renoncé à la fortune de sa famille pour une vie de charité et de pauvreté.

"L'Eglise tout en étant une institution humaine, historique, avec tout ce que cela comporte, n'a pas une nature politique, mais essentiellement spirituelle", a-t-il dit.

Puis, abandonnant l'italien pour l'espagnol, le pape François a donné sa bénédiction aux quelque 6.000 personnes originaires de 64 pays présentes dans la salle des audiences générales.

"Certains d'entre vous n'appartiennent pas à l'Eglise catholique et d'autres ne sont pas croyants, mais du fond de mon coeur j'adresse à chacun d'entre vous cette bénédiction silencieuse, dans le respect de la conscience de chacun mais en sachant que chacun est un enfant de Dieu", a-t-il dit.

A peine le pape François élu, des voix se sont élevées en Argentine pour affirmer qu'il avait gardé une attitude silencieuse lors de la dictature du général Jorge Videla qui servit comme président de fait de 1976 à 1981 après le coup d'Etat contre Isabel Peron.

Ses adversaires lui reprochent de ne pas avoir protégé une partie du clergé en rupture avec la dictature durant la "guerre sale" marquée par les disparitions forcées, les internements arbitraires et la torture d'opposants politiques.

Le père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, a affirmé vendredi que ces accusations doivent être "clairement et fermement démenties".

Le pape François a prévu de rendre visite à son prédécesseur Benoît XVI, redevenu Josef Ratzinger, qui se trouve actuellement dans la résidence d'été de Castel Gandolfo en attendant de rejoindre un couvent du Vatican en cours de rénovation.

Philip Pullella; Henri-Pierre André et Pierre Sérisier pour le service français

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