Le pape François invite l'Europe à renouer avec l'humain

le
0

* François estime que l'Europe est vue comme une "grand-mère" * Pas d'allusion aux "racines chrétiennes" de l'Europe par Gilbert Reilhac STRASBOURG, 25 novembre (Reuters) - Le pape François a invité mardi les Européens à renouer avec leurs grands idéaux en accordant plus d'importance à la personne humaine qu'à l'économie afin de conjurer l'impression de "fatigue et de vieillissement" d'une Europe bureaucratique. Le souverain pontife, qui s'exprimait à Strasbourg 26 ans après Jean-Paul II, a salué devant le Parlement et le Conseil de l'Europe l'élargissement des institutions européennes survenu depuis mais a fait le constat de l'égoïsme et de la désillusion qui semblent s'être emparés des peuples européens. "D'un peu partout, on a une impression générale de fatigue et de vieillissement, d'une Europe grand-mère et non plus féconde et vivante. Les grands idéaux qui ont inspiré l'Europe semblent avoir perdu leur force attractive, en faveur de la technique bureaucratique de ses institutions", a dit le pape argentin devant le Parlement européen. "A cela s'ajoutent des styles de vie un peu égoïstes, caractérisés par une opulence désormais insoutenable et souvent indifférente au monde environnant, surtout aux plus pauvres." Le pape, dont l'avion s'est posé peu avant dix heures sur l'aéroport de Strasbourg Entzheim, a été accueilli par Harlem Désir, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, et par Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, dont la présence a été annoncée au dernier moment. Le Vatican n'avait pas souhaité de représentation française à plus haut niveau pour marquer le caractère européen de cette visite. François a rejoint le Parlement européen à bord d'une simple Peugeot 407, refusant un véhicule blindé haut de gamme qui aurait été incompatible avec un voeu de modestie auquel il doit d'avoir choisi le prénom de Saint-François d'Assises. L'adresse du chef du Vatican intervenait six mois après des élections qui se sont soldées par une montée de puissance des partis populistes, xénophobes et eurosceptiques au Parlement européen, dans un contexte de doute suscité par la crise économique qui touche encore de nombreux pays. LUTTER CONTRE L'EXTRÉMISME "L'heure est venue de construire ensemble l'Europe qui tourne, non pas autour de l'économie, mais autour de la sacralité de la personne humaine, des valeurs inaliénables", a déclaré François en plaidant pour que l'on abandonne "l'idée d'une Europe effrayée et repliée sur elle-même". Attendu sur la réaffirmation des valeurs chrétiennes, l'ancien jésuite a invité les Européens à retrouver les chemins de la "transcendance", mais n'a pas cité les racines chrétiennes, expression qu'il n'a pas employée, comme la source unique des valeurs européennes. Une partie de la droite européenne s'était offusquée, en 2004, que les "racines chrétiennes de l'Europe" ne soient pas inscrites dans le projet de Constitution européenne. Elles ne figurent pas plus dans le traité de Lisbonne qui a suivi. La pensée européenne "est caractérisée par une riche rencontre dont les nombreuses sources lointaines proviennent de la Grèce et de Rome, de fonds celtes, germaniques et slaves et du christianisme qui l'a profondément pétrie", a-t-il poursuivi, citant Jean-Paul II. "Je suis convaincu qu'une Europe capable de mettre à profit ses propres racines religieuses, sachant en recueillir la richesse et les potentialités, peut être plus facilement immunisée contre les nombreux extrémismes qui déferlent dans le monde d'aujourd'hui, et aussi contre le grand vide d'idées auquel nous assistons en Occident", a affirmé François. Le pape a insisté sur le rôle de la famille comme creuset dans lequel se construit la dignité humaine, faute de quoi "on finit par construire sur du sable", mais aussi sur le rôle du travail, auquel il a jugé "nécessaire de redonner sa dignité". Il a également invité les Européens à "affronter ensemble la question migratoire". "On ne peut tolérer que la Méditerranée devienne un grand cimetière, a-t-il ajouté en invitant à "agir sur les causes et non seulement sur les effets". (Edité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant