Le pape François contre la "colonisation idéologique" du "genre"

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    * La "théorie du genre" serait enseignée selon lui en France 
    * Cet "endoctrinement" est un "fléau", dit-il 
    * Najat Vallaud-Belkacem regrette "une parole infondée" 
 
 (Actualisé avec réactions en France, détails) 
    par Philip Pullella 
    A BORD DE L'AVION PAPAL, 3 octobre (Reuters) - Le pape 
François a déclaré dimanche que les personnes homosexuelles et 
transsexuelles devaient être accueillies par l'Eglise mais a 
jugé inacceptable l'"endoctrinement" de la "théorie du genre". 
    "Quand une personne (homosexuelle) arrive devant Jésus, 
Jésus ne va certainement pas dire 'Va-t-en car tu es 
homosexuel'", a dit le pape lors d'une conversation avec des 
journalistes à bord de l'avion papal, qui le ramenait au Vatican 
après un déplacement à l'étranger. 
    Lors de son premier voyage en tant que souverain pontife, en 
2013, le pape François s'était illustré en déclarant "Qui 
suis-je pour juger?", en référence à l'homosexualité. 
    Dimanche, il a développé des discours tenus en Géorgie, où 
il a dénoncé samedi une "guerre mondiale" contre le mariage, 
citant l'introduction de notions de genre dans les programmes 
scolaires, français notamment. 
    En tant que prêtre, archevêque et même pape, a-t-il raconté, 
il a accompagné des personnes homosexuelles.  
    "Je les ai accompagnées, je les ai amenées plus près du 
Seigneur", a-t-il dit. "Certaines n'ont pas pu (obéir aux 
enseignements de l'Eglise) mais je les ai accompagnées et n'en 
ai abandonnées aucune", a-t-il poursuivi. 
    Reprenant ses propos de la veille, le pape François s'est 
expliqué: "Ce dont je parlais est le fléau présent aujourd'hui 
qui consiste à endoctriner les gens avec la théorie du genre." 
    "C'est une chose pour une personne d'avoir ces tendances, 
cette option, et même de changer de sexe", a-t-il dit.  
    "C'en est une autre d'apprendre la théorie du genre dans les 
écoles (...) pour changer les mentalités. Je qualifie cela de 
colonisation idéologique", a-t-il poursuivi, jugeant cet 
apprentissage "contre nature". 
     
    "CAMPAGNE DE DÉSINFORMATION MASSIVE" 
    A l'appui de son propos, le souverain pontife a cité une 
anecdote rapportée par un père de famille catholique français 
selon lequel son fils de 10 ans aurait répondu à la question 
"Que veux-tu faire plus tard?" : "Etre une fille". Le père a mis 
en cause les manuels de collège qui prôneraient selon lui la 
"théorie du genre". 
    L'expression "théorie du genre" est principalement utilisée 
par ses détracteurs, aux Etats-Unis notamment. Les sociologues 
qui utilisent le concept de genre pour qualifier des différences 
hommes-femmes issues de facteurs sociaux et culturels plutôt que 
biologiques préfèrent parler de "champ d'études". 
    En France, les "Outils égalité filles-garçons", qui ont 
succédé à l'école aux "ABCD de l'égalité" expérimentés en 2013 à 
l'initiative de Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre des 
Droits des femmes, entendent déconstruire les stéréotypes 
sexistes. 
    La ministre française de l'Education s'est élevée lundi 
contre une "parole pour le moins légère et infondée". 
    "Je vois qu'il aura été lui aussi victime de la campagne de 
désinformation massive conduite par des intégristes, la 
Fondation Lejeune, Vigi Gender et d'autres", a-t-elle commenté 
sur France Inter. 
    "Je conseille au pape, lors de l'un de ses prochains 
déplacements en France, de venir à la rencontre d'enseignants de 
l'école française et de discuter avec eux, de feuilleter 
lui-même ces manuels scolaires, ces programmes et de m'expliquer 
en quoi il y aurait une théorie du genre qui n'existe pas par 
ailleurs dans ces livres", a dit Najat Vallaud-Belkacem. 
    "Sur des sujets aussi sérieux que cela, on a donc 
aujourd'hui des intégristes capables d'embarquer y compris le 
pape dans leur folie mensongère? Moi ça me met très en colère", 
a-t-elle ajouté. 
    La loi française prévoit l'enseignement de l'égalité 
homme-femme à l'école depuis 1989 et des cours d'éducation 
sexuelle depuis 2001. 
    En 2011, la mouvance catholique traditionaliste française 
avait fustigé l'introduction de la notion de "genre" dans des 
manuels de Sciences de la vie et de la Terre (SVT) de première.  
 
 (Julie Carriat pour le service français avec Sophie Louet à 
Paris) 
 
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