Le pape dans l'enclave à haut risque de PK5, à Bangui

le , mis à jour à 13:45
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 (Actualisé avec messe, puis départ, 6e et 7e paragraphes) 
    par Joe Bavier et Philip Pullella 
    BANGUI, 30 novembre (Reuters) - Le pape François s'est rendu 
lundi dans un quartier à haut risque de Bangui pour prier 
chrétiens et musulmans d'enrayer le cycle des violences qui a 
fait plusieurs milliers de morts ces trois dernières années.  
    Sous l'oeil attentif des casques bleus déployés en nombre, 
le souverain pontife a franchi le "no man's land" qui sépare PK5 
du reste de la capitale centrafricaine. Depuis deux mois, les 
miliciens chrétiens "anti-balaka" font le blocus de ce quartier 
où sont rassemblés la plupart des musulmans qui n'ont pas fui la 
ville.  
    Des blindés équipés de mitrailleuses et des tireurs d'élites 
étaient postés le long du trajet du pape et sur les minarets de 
la mosquée fraîchement repeinte en vert et blanc, où plusieurs 
centaines de fidèles étaient rassemblés pour l'occasion.  
    "Chrétiens et musulmans sont frères et soeurs", leur a-t-il 
lancé après un discours de l'imam Tidiani Moussa Naibi. "Ceux 
qui prétendent croire en Dieu doivent aussi être des hommes et 
des femmes de paix", a souligné François, appelant à la 
"cessation de tous les actes, quels qu'en soient les auteurs, 
qui défigurent Dieu et dont l'objectif ultime est de défendre 
des intérêts particuliers par tous les moyens". 
    "Ensemble, nous devons dire non à la haine, à la vengeance 
et à la violence, en particulier cette violence perpétrée au nom 
de la religion et de Dieu lui-même. Dieu est paix, salam", a 
ajouté François.  
    Après cette visite à PK5, le convoi a pris la direction du 
stade national où, devant des dizaines de milliers de fidèles, 
le pape a célébré une messe. 
    Il s'est envolé un peu plus tard à destination de Rome. 
    La République centrafricaine a sombré dans le chaos en mars 
2013 lorsque les rebelles musulmans de la Séléka ont pris le 
pouvoir. Leurs exactions leur ont ensuite valu les représailles 
des milices chrétiennes anti-Balaka et l'armée française a dû 
intervenir dans le cadre de l'opération Sangaris pour mettre fin 
aux massacres.  
     
    "DIEU EST PAIX, SALAM" 
    L'apaisement des tensions entre chrétiens et musulmans a été 
l'un des principaux objectifs de la première visite du souverain 
pontife sur le continent africain, qui l'a d'abord conduit au 
Kenya puis en Ouganda. 
    Mais c'est en République centrafricaine que ses efforts en 
faveur de la paix et de la réconciliation sont le plus 
d'actualité, car les violences y ont fait des milliers de morts 
et des centaines de milliers de déplacés depuis 2013. 
    Les assassinats et les représailles dans et aux abords de 
PK5, l'une des zones les plus dangereuses de Bangui, ont fait au 
moins 100 morts depuis la fin septembre, selon l'ONG Human 
Rights Watch. 
    "Nous vivons dans une prison à ciel ouvert", déplorait 
récemment l'imam du quartier, qui s'est montré plus optimiste 
lundi.  
    "La relation avec nos frères et soeurs chrétiens est 
tellement profonde qu'aucune tentative visant à la faire 
dérailler ne pourra aboutir", a-t-il assuré. "Les chrétiens et 
les musulmans de ce pays sont obligés de vivre ensemble et de 
s'aimer les uns les autres".  
    La communauté chrétienne, majoritaire en Centrafrique, comme 
la communauté musulmane se félicitent de la visite du pape et 
espèrent qu'elle permettra de relancer le dialogue et 
contribuera au retour de la paix. 
    Dimanche, François est allé aux devants des quelque 4.000 
réfugiés installés dans un camp de Bangui, chassés de chez eux, 
pour la plupart, par des musulmans en armes. Un peu plus tôt, à 
sa descente d'avion, il avait été conduit au palais présidentiel 
où il s'était entretenu avec la présidente par intérim, 
Catherine Samba-Panza, et avait appelé à "l'unité dans la 
diversité". Il a d'autre part célébré la messe dans la 
cathédrale Notre-Dame de Bangui, là même où des miliciens 
musulmans avaient tué 15 personnes dans une attaque en mai 2014. 
 
 (Joe Bavier; Eric Faye et Jean-Philippe Lefief pour le service 
français) 
 
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