Le pape célèbre une messe à la frontière du Mexique et des USA

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    par Philip Pullella et Gabriel Stargardter 
    CIUDAD JUAREZ, Mexique, 18 février (Reuters) - Le pape 
François a célébré mercredi, au dernier jour de son voyage 
apostolique au Mexique, une messe à Ciudad Juarez, à la 
frontière des Etats-Unis, point de passage pour les migrants où 
la violence liée au trafic de drogue a fait pendant des années 
des milliers de morts. 
    Le pape a grimpé le long d'une rampe ornée de fleurs jusqu'à 
une croix érigée par la ville en mémoire des migrants qui ont 
péri en tentant de rejoindre le territoire américain, à quelques 
mètres de là, face au Rio Grande qui sépare Ciudad Juarez de la 
ville texane d'El Paso. 
    François a célébré ensuite une messe sur une vaste esplanade 
située à quelque 70 mètres seulement de la frontière. Une 
connexion vidéo permettait la retransmission en direct de la 
cérémonie dans un stade universitaire d'El Paso.  
    Evoquant l'immigration, il a déploré le sort de migrants 
"réduits en esclavage, emprisonnés, victimes d'extorsion" et 
s'en est pris avec virulence aux trafiquants d'êtres humains. 
    "L'injustice est encore plus radicale pour les jeunes qui 
sont de la chair à canon, persécutés et menacés quand ils 
essaient de fuir la spirale de la violence et l'enfer de la 
drogue. Il y a aussi toutes ces femmes injustement privées de 
leurs vies", a lancé le Saint-Père.  
    Ces propos interviennent en pleines primaires aux 
Etats-Unis, où les candidats à l'investiture républicaine pour 
la présidentielle de novembre ont fait de la lutte contre 
l'immigration illégale l'un de leurs principaux thèmes de 
campagne. 
     
    CRITIQUE DU CAPITALISME 
    L'homme d'affaires Donald Trump, notamment, a accusé le 
Mexique de "tuer" les Etats-Unis avec sa main d'oeuvre à bon 
marché et l'envoi sur le territoire américain "de criminels, 
trafiquants de drogue et autres violeurs". 
    La semaine dernière, le milliardaire new-yorkais a présenté 
le pape comme quelqu'un de "très politique", suggérant que le 
gouvernement mexicain l'avait convaincu de célébrer cette messe 
"transfrontalière" à Ciudad Juarez. 
    "Laisser entendre que le pape est un instrument du 
gouvernement mexicain, non... C'est vraiment très étrange", a 
répondu le père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, peu 
avant l'arrivée du pape dans la ville-frontière. 
    "Le pape parle toujours des problèmes liés à l'immigration. 
Si M. Trump venait en Europe, il se rendrait compte que le pape, 
sur l'immigration, tient le même langage à tous, Italiens, 
Allemands, Français ou Hongrois..." 
    Quelques heures avant la messe, François s'est livré à une 
sévère critique du capitalisme devant des chefs d'entreprises et 
des représentants syndicaux de Ciudad Juarez. 
    "Les flux de capitaux ne peuvent décider des flux de 
population", a déclaré le pape, dénonçant "la mentalité 
dominante qui cherche le profit maximum, immédiat et à n'importe 
quel prix" ainsi que "l'exploitation des employés considérés 
comme des objets qu'on jette après usage".  
    "Les esclavagistes d'aujourd'hui auront des comptes à rendre 
à Dieu", a-t-il ajouté. 
    Le pape, qui a entamé sa visite vendredi, quittera le 
Mexique dans la soirée pour regagner Rome.     
 
 (Guy Kerivel, Jean-Philippe Lefief et Jean-Stéphane Brosse pour 
le service français) 
 
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