Le pape célèbre la Pentecôte dans la morosité du "Vatileaks"

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Le pape célèbre la Pentecôte dans la morosité du "Vatileaks"
Le pape célèbre la Pentecôte dans la morosité du "Vatileaks"

par Philip Pullella

CITE DU VATICAN (Reuters) - Benoît XVI a célébré dimanche la fête de la Pentecôte sur fond de morosité générale provoquée par l'affaire du "Vatileaks", qui a entraîné l'arrestation surprise du majordome des appartements pontificaux pour vol de documents sensibles.

Le pape, qui est âgé de 85 ans, paraissait fatigué lors de la messe célébrée en la basilique St-Pierre de Rome pour marquer, selon la croyance, la venue de l'Esprit Saint sur les apôtres et la naissance de l'Eglise.

Samedi, son majordome particulier, Paolo Gabriele, 46 ans, avait été officiellement inculpé par la justice vaticane pour avoir dérobé des documents confidentiels relatifs au pape.

Ce dernier n'a fait aucune allusion, lors de ses deux prises de parole dominicales, à l'arrestation de son majordome, qui l'a toutefois "peiné et attristé" d'après les confidences de son entourage.

Pour sa part, le cardinal Carlo Maria Martini, ancien archevêque de Milan et jadis candidat au trône de St-Pierre, a semblé exprimer l'opinion de beaucoup en déclarant que le scandale devrait amener l'Eglise "à retrouver d'urgence la confiance des croyants".

Pour ce prélat, qui s'exprime dans les colonnes d'un journal italien, le pape a été "trahi" à l'image de Jésus et l'Eglise devra émerger de cette affaire encore plus forte et plus "propre".

Et pourtant, ils sont peu nombreux ceux qui croient que le majordome mis en cause, un homme discret et un père de famille modeste, ait pu agir seul.

Certains vont même jusqu'à dire que Paolo Gabriele n'est vraisemblablement qu'un pion involontaire sur l'échiquier d'une lutte d'influence qui le dépasse au sein du Vatican.

"Il a perdu la tête ou bien est tombé dans un piège", s'interroge un ami vaticanais de Paolo Gabriele dans les colonnes de "La Stampa". "Quiconque l'a persuadé d'agir ainsi serait encore plus coupable que lui pour avoir manipulé une personne modeste".

Alors que l'arrestation du majordorme fait la "une" de tous les journaux de la Péninsule et d'ailleurs, l'unique quotidien du Saint-Siège, "L'Osservatore Romano", passe sous silence l'affaire.

"STRATÉGIE DE LA TENSION, ORGIE DE VENDETTAS"

Pour certains, cette omission peut vouloir dire que le journal vaticanais est lui-même instrumentalisé dans la lutte de pouvoir qui se jouerait dans l'entourage du pape entre partisans et adversaires du secrétaire d'Etat, le cardinal Tarcisio Bertone, considéré comme le "Premier ministre" du Vatican.

Il règne dans l'enclave du Saint-Siège une atmosphère morose, des sources vaticanes n'excluant pas de nouvelles interpellations, notamment si le majordome mis sous les verrous dénonçait d'éventuels complices.

L'ancien majordome, qui occupait son poste jusqu'à son arrestation mercredi, est soupçonné d'avoir divulgué des documents très sensibles à des médias italiens en janvier et février.

L'homme qui servait ses repas au pape et l'aidait à s'habiller avait ses entrées dans les pièces du Vatican auxquelles l'accès est strictement limité.

Des lettres adressées personnellement à Benoît XVI par l'archevêque Carlo Maria Vigano, ancien numéro deux des services administratifs du Vatican, ont été diffusées par une chaîne italienne de télévision.

Les courriers montrent que l'archevêque avait été muté comme nonce apostolique (ambassadeur) à Washington après avoir révélé l'existence d'un large réseau de corruption, de népotisme et de favoritisme lié à des contrats signés à des prix gonflés avec des partenaires italiens.

D'autres pièces évoquent des conflits internes concernant l'Institut des oeuvres religieuses (IOR, la Banque du Vatican), dont le président Ettore Gotti Tedeschi, accusé de "mauvaise gouvernance", a été limogé jeudi, une décision prise à l'unanimité.

Paolo Gabriele est passible d'une peine de 30 ans de prison pour avoir possédé illégalement des documents appartenant à un chef d'Etat.

S'il est reconnu coupable, il sera vraisemblablement détenu dans une prison italienne à la suite d'un accord entre l'Italie et le Vatican, ce dernier ne possédant pas de lieu d'incarcération propre.

"Il existe une stratégie de la tension, une orgie de vendettas et de vendettas préventives qui échappent désormais au contrôle de ceux qui pensaient pouvoir tout orchestrer", écrit l'historien de l'Eglise Alberto Melloni dans le "Corriere della Sera".

Jean-Loup Fiévet pour le service français

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