Le pape Benoît XVI démissionnera le 28 février

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LE PAPE DÉMISSIONNERA LE 28 FEVRIER
LE PAPE DÉMISSIONNERA LE 28 FEVRIER

par Philip Pullella

ROME (Reuters) - Le pape Benoît XVI a annoncé lundi qu'il démissionnerait le 28 février, expliquant que "ses forces et son âge avancé" ne lui permettaient plus d'exercer son ministère.

Le souverain pontife, qui fêtera son 86e anniversaire le 16 avril, avait été élu à la tête de l'Eglise catholique le 19 avril 2005. Son pontificat aura duré moins de huit ans, loin des près de 27 années de règne de son prédécesseur, Jean Paul II.

Huit ans au cours desquels l'Eglise a dû faire face aux conséquences d'affaires de pédophilie impliquant des prêtres et à des critiques émanant parfois de ses propres rangs pour ses positions vues comme un rejet des évolutions de la société.

L'annonce de sa renonciation a surpris la communauté catholique, qui compte 1,2 milliard de croyants de par le monde, et jusqu'à ses conseillers les plus proches.

Dans un livre d'entretien écrit avec le journaliste allemand Peter Seewald et paru en 2010, il avait prévenu qu'il n'hésiterait pas à renoncer à ses fonctions s'il se ne se sentait plus en mesure, "physiquement, psychologiquement et spirituellement", de diriger l'Eglise catholique et estimé qu'un pape "a le droit et, selon les circonstances, le devoir de se retirer".

L'Eglise espère que son successeur pourra être élu par le conclave avant la Semaine sainte, qui débute le dimanche 24 mars.

"BIEN CONSCIENT DE LA GRAVITÉ DE MON ACTE..."

"Pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l'Evangile, la vigueur du corps et de l'esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s'est amoindrie en moi d'une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m'a été confié", a dit Benoît XVI lors d'un consistoire.

"C'est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d'Evêque de Rome, successeur de saint Pierre", a-t-il ajouté.

Le pontificat du 265e "vicaire du Christ", premier pape allemand depuis le XIe siècle, s'achèvera le 28 février à 20h00 (19h00 GMT).

D'ici là, Benoît XVI assumera l'ensemble de ses charges. Il séjournera ensuite dans la résidence d'été des papes à Castelgandolfo avant de se retirer dans un monastère à Rome, a déclaré le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi.

Le père Lombardi a déclaré à la presse que la décision avait rendu ses conseillers les plus proches "incrédules". Il "nous a pris par surprise", a-t-il ajouté.

"Ces derniers mois, il avait perdu en vigueur, tant physique que mentale", a relevé le porte-parole du Vatican. Mais le pape ne souffre pas d'une maladie particulière et aucune pression ne s'est exercée sur lui. "C'est sa décision personnelle, prise en totale liberté, qui mérite un respect maximum", a-t-il dit.

De même, il a souligné que la renonciation de l'ex-cardinal Joseph Ratzinger n'était pas liée à d'éventuelles "difficultés dans son pontificat" et que le pape, "conscient des grands problèmes auxquels l'Eglise est confrontée aujourd'hui", ne craignait pas que son départ ne produise un schisme.

Pourtant, cette inquiétude avait été admise par certains de ses prédécesseurs, à commencer par Jean Paul II qui a repoussé l'idée de renoncer à sa charge pour éviter que l'Eglise catholique ne se retrouve dans une situation où un "ex-pape" aurait pu faire de l'ombre au pape en exercice.

Qu'arrivera-t-il si le successeur de Benoît XVI, ce "pape théologien" qui incarne un catholicisme traditionnel, épouse les thèses de l'aile progressiste de l'Eglise, s'il remet en cause le célibat des prêtres et l'interdiction de l'ordination des femmes ou fait évoluer la position sur la contraception ou la lutte contre le sida ? La question n'est pas tranchée.

UN SUCCESSEUR POUR PÂQUES ?

L'Eglise catholique attend un nouveau pape d'ici fin mars, elle espère même que le conclave aboutira avant le début de la Semaine sainte, temps fort du calendrier catholique qui mène aux célébrations de Pâques marquant la mort et la résurrection du Christ. Le pape démissionnaire ne participera pas au conclave qui élira son successeur, a précisé le père Lombardi.

Au-delà du Vatican, l'annonce de sa renonciation, sans précédent depuis Célestin V en 1294 - en 1415, le pape Grégoire XII avait abdiqué contre sa volonté pour mettre fin au schisme d'Occident -, a suscité très vite des réactions dans la classe politique et parmi les dignitaires religieux.

La chancelière allemande Angela Merkel a ainsi estimé que "si le pape lui-même, après une réflexion approfondi, est arrivé à la conclusion qu'il n'avait plus les forces d'accomplir ses charges, alors il a (son) plus haut respect".

En France, le président François Hollande a parlé d'une décision "éminemment respectable" tout en ajoutant que "la République n'a(vait) pas à faire davantage de commentaires sur ce qui appartient d'abord à l'Eglise".

Mgr Justin Welby, archevêque de Cantorbéry, chef de l'Eglise anglicane opposé au Vatican sur la question de l'ordination des femmes, a dit avoir appris "avec le coeur lourd" une décision qu'il "comprend parfaitement", ajoutant que Benoît XVI a accompli sa charge "avec une grande dignité, de la perspicacité et du courage".

avec James Mackenzie, Jean-Philippe Lefief, Jean-Stéphane Brosse, Eric Faye et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • M2110926 le lundi 11 fév 2013 à 13:25

    Remarquable Papa que Benoit 16 tant par ses qualités intellectuelles que spirituelles.