Le pape appelle à lutter contre la "désertification spirituelle"

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BENOÎT XVI CÉLÈBRE L'OUVERTURE DE L'ANNÉE DE LA FOI
BENOÎT XVI CÉLÈBRE L'OUVERTURE DE L'ANNÉE DE LA FOI

par Philip Pullella

CITE DU VATICAN (Reuters) - Benoît XVI a inauguré jeudi l'Année de la foi en exhortant les catholiques à lutter contre la "désertification" spirituelle 50 ans jour pour jour après l'ouverture du concile Vatican II.

Le pape s'exprimait lors de l'homélie d'une messe célébrée devant plusieurs dizaines de milliers de personnes rassemblées sur le parvis de la basilique Saint-Pierre.

"Les dernières décennies ont connu une désertification spirituelle. Ce que pouvait signifier une vie, un monde sans Dieu, au temps du concile, on pouvait déjà le percevoir à travers certaines pages tragiques de l'histoire, mais aujourd'hui nous le voyons malheureusement tous les jours autour de nous. C'est le vide qui s'est propagé", a-t-il dit.

Plusieurs centaines d'évêques catholiques mais aussi des représentants d'autres Eglises chrétiennes, dont Rowan Williams, archevêque de Cantorbéry et chef de file de l'Eglise anglicane, et Bartholémée, patriarche de Constantinople, assistaient à cette messe.

L'Eglise catholique, un demi-siècle après Vatican II, est engagée dans ce qu'elle baptise une "nouvelle évangélisation" à travers les pays développés, la quête d'un retour des catholiques au bercail de la foi.

En plus d'un synode, ou conférence des évêques à Rome, centré sur cet objectif, qui s'est ouvert dimanche, des manifestations particulières auront lieu dans les paroisses catholiques du monde entier. Etudes bibliques, retraites, messes spéciales, groupes de discussion sur les sacrements: autant d'occasions, a souligné le pape, de redécouvrir "la soif de Dieu, du sens ultime de la vie".

L'Eglise catholique souffre du déclin du nombre de ses pratiquants en Europe, en Amérique du Nord et en Amérique latine, ses anciens bastions où elle se retrouve en porte-à-faux avec la laïcité, la concurrence d'autres cultes, les scandales d'abus sexuels commis par des membres du clergé et le rejet croissant de certains de ses enseignements sur l'homosexualité notamment ou l'interdiction faite aux femmes d'accéder à la prêtrise.

LES DIVISIONS DE VATICAN II

Les documents de travail du synode parlent de la nécessité de s'attaquer aux divergences apparues entre les valeurs catholiques et la réalité de la vie contemporaine en Europe et en Amérique du Nord.

Ils évoquent également "l'urgence éducative" d'enfants qui n'ont plus accès à l'enseignement de la foi.

Le concile Vatican II, auquel avaient participé quelque 3.000 évêques venus d'une centaine de pays dont le pape actuel, alors jeune prêtre, avait été réuni par le pape Jean XXIII pour mettre l'Eglise catholique en phase avec le monde moderne.

Il s'était achevé en 1965 avec la publication de seize documents portant sur les différents aspects de la vie ecclésiale et des missions de l'Eglise et réclamant davantage de "collégialité", ou partage des responsabilités, entre le pape et les évêques.

La fin de la messe exclusivement en latin est l'une de ses principales innovations. Mais Vatican II a aussi incité au dialogue avec les autres religions et mis fin au concept de responsabilité collective des juifs dans la mort du Christ, révolutionnant les relations entre ces deux monothéismes après 2.000 ans de méfiance.

Un demi-siècle plus tard, le concile divise. Les libéraux de l'Eglise reprochent à Benoît XVI d'avoir tourné le dos à certaines des réformes introduites par Vatican II et de centraliser de nouveau les pouvoirs au Vatican.

Les conservateurs lui savent à l'inverse gré d'avoir corrigé ce qu'ils considéraient comme des erreurs dans l'application des textes du concile. Il en va ainsi du dialogue avec les autres religions qui, disent-ils, est allé trop loin et a affaibli l'enseignement du catholicisme.

Henri-Pierre André pour le service français

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