Le pape à Cuba appelle à "persévérer sur la voie de la réconciliation"

le , mis à jour à 23:31
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par Andrew Cawthorne LA HAVANE, 19 septembre (Reuters) - Le pape François est arrivé samedi à Cuba pour la troisième visite d'un souverain pontife en moins de vingt ans dans l'île communiste, la première depuis le réchauffement des relations entre La Havane et Washington auquel il a largement contribué. Le pape argentin -- compatriote d'Ernesto "Che" Guevara, figure légendaire de la révolution cubaine -- a joué un rôle de prépondérant dans ce rapprochement en facilitant les contacts discrets entre l'administration de Barack Obama et le gouvernement de Raul Castro. Le réchauffement a abouti cet été au rétablissement des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba après plus d'un demi-siècle d'hostilité. Raul Castro, élevé chez les jésuites comme son frère Fidel, l'a accueilli à l'aéroport de La Havane en le remerciant pour sa contribution à ce processus historique. Dans la foule présente à sa descente d'avion, plusieurs banderoles ont salué l'arrivée d'un "missionnaire de la miséricorde" et lui ont souhaité la bienvenue dans l'île. Le pape François a exhorté pour sa part Cuba et les Etats-Unis à persévérer sur la voie de la réconciliation, présentant leur rapprochement "comme un exemple pour le monde entier". Mais le chef de l'Eglise catholique a aussi incité les autorités cubaines à laisser de la liberté à l'Eglise. "Aujourd'hui, nous renouvelons les liens de coopération et d'amitié, de sorte que l'Eglise puisse continuer de soutenir et encourager le peuple cubain dans ses espérances et ses préoccupations, avec la liberté, les moyens et l'espace nécessaires pour apporter la proclamation du royaume (de Dieu) aux périphéries existentielles de la société", a-t-il dit. On estime que 60% des 11 millions de Cubains ont été baptisés dans la foi catholique, selon l'Eglise. Mais la pratique a fortement reculé et moins de 5% d'entre eux fréquenteraient les églises. La Constitution athée proclamée après la révolution de 1959 et la répression dont ont été victimes les catholiques dans les premières années du régime castriste ont contribué à cette désaffection, même si les frères Castro ont assoupli leur approche du fait religieux depuis les années 1990. Surtout, l'Eglise catholique est en concurrence avec les cultes afro-cubains, comme la Santeria, majoritaires auprès de la population de l'île. L'excitation et l'enthousiasme étaient néanmoins palpables avant la venue du pape. "Je suis un fervent 'Santero', l'Eglise, c'est pour les vieux. Mais après ce que François a fait pour nous, j'irai à la messe place de la Révolution pour lui exprimer mon respect", témoigne Eduardo Gutierrez, 19 ans, croisé dans La Havane. ACCUSATIONS DE "NETTOYAGE SOCIAL" Du côté des autorités cubaines, on espère que le pape réaffirmera l'hostilité du Vatican à l'embargo américain, qui frappe toujours Cuba cinquante-trois ans après son entrée en vigueur. Le pape ne devrait cependant pas s'attarder sur ce sujet afin de ne pas donner l'impression de vouloir s'ingérer dans la politique américaine, disait-on au Vatican à la veille de son départ. (voir ID:nL5N11O1XB ) L'opposition cubaine, qui dénonce le système de parti unique, attend elle de François qu'il les aide à obtenir la libération d'une cinquantaine de militants emprisonnés. Vendredi, la Commission cubaine pour les droits de l'homme et la réconciliation nationale, principale organisation de l'opposition, a accusé le gouvernement d'avoir procédé à un "nettoyage social" avant sa venue en arrêtant des milliers de mendiants et de sans-abri dans les trois villes où doit se rendre le chef de l'Eglise catholique (La Havane, Holguin et Santiago). "Ce 'nettoyage social' a pour but de les ôter de la vue des pèlerins, des journalistes étrangers et autres visiteurs", venus pour voir le pape, lit-on dans le communiqué. (voir ID:nL5N11P019 ) François est le troisième chef de l'Eglise catholique en visite à Cuba depuis le voyage historique de Jean Paul II en 1998. En 2012, Benoît XVI se rendit également dans l'île. Le pape restera jusqu'à mardi à Cuba, où il célébrera notamment une messe dimanche matin sur la place de la Révolution au coeur de la capitale cubaine. Dans l'après-midi, il rencontrera le président Raul Castro. Lundi, il se rendra à Holguin puis à Santiago, où il célébrera mardi matin une messe, avant de quitter Cuba pour les Etats-Unis où il fera étape à New York et Philadelphie avant de rentrer à Rome le 28 septembre. (avec Daniel Trotta à La Havane et Philip Pullella au Vatican; Guy Kerivel, Danielle Rouquié et Henri-Pierre André pour le service français)

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