Le pacte d'actionnaires d'EADS prochainement revu, dit Hollande

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BERLIN ENVISAGERAIT DE RACHETER 3% D'EADS À LA FRANCE
BERLIN ENVISAGERAIT DE RACHETER 3% D'EADS À LA FRANCE

FRANCFORT/PARIS (Reuters) - Le pacte d'actionnaires d'EADS va être revu dans les prochaines semaines, a déclaré vendredi François Hollande à l'issue d'un sommet européen au cours duquel la France et l'Allemagne ont discuté de l'actionnariat du groupe d'aérospatiale et de défense.

Plusieurs sources ont dit cette semaine à Reuters que la France et l'Allemagne discutaient d'une réorganisation de la gouvernance au sein d'EADS, qui conduirait chacun des deux pays à détenir 12% de la maison mère d'Airbus et à rompre le pacte d'actionnaires actuel.

L'Allemagne prévoirait de racheter directement à la France une participation de 3% dans EADS pour que la part des deux Etats dans le groupe soit égale, écrit de son côté vendredi le quotidien allemand Handelsblatt, en citant des sources gouvernementales allemandes.

"Nous sommes amenés nécessairement à revoir les compositions respectives du capital et redéfinir le pacte d'actionnaires, tout ça va se faire au cours des prochaines semaines", a dit le président François Hollande lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet européen de Bruxelles.

Le pacte d'actionnaires issu de la création d'EADS en 2000 est partagé entre, côté français, l'Etat et Lagardère qui détiennent respectivement 15% et 7,5% du capital et, côté allemand, le constructeur automobile Daimler qui possède 15% du capital et un consortium de sept banques (Dedalus) qui a les 7,5% restants.

Daimler cherche déjà à céder la moitié de sa participation à la banque publique allemande KfW. Arnaud Lagardère, patron du groupe éponyme et président du conseil d'administration d'EADS, a déclaré de son côté la semaine dernière qu'il était "plus que probable" que son groupe vende sa participation en 2013.

La cession de 3% d'EADS de la France à l'Allemagne signifierait que Berlin rachèterait moins d'actions que prévu à Daimler, contraignant ce dernier à les vendre sur le marché, selon Handelsblatt.

INCERTITUDES

Les incertitudes sur la gouvernance d'EADS pèsent sur le titre, qui a clôturé en baisse de 1,37% à 24,895 euros vendredi, contre la tendance du marché parisien (+0,87% pour l'indice CAC 40).

Le titre a baissé malgré l'annonce d'une commande de 60 Airbus A320 par China Eastern Airlines pour 5,392 milliards de dollars (4,18 milliards d'euros).

Cette commande est intervenue dix jours après l'annonce de la suspension pour un an de la taxe carbone à laquelle les compagnies aériennes devaient être assujetties pour les vols à destination et en provenance de l'Union européenne, une mesure que Pékin combattait.

Le titre EADS, qui n'a pris que 3,1% depuis le début de l'année après un bond de 38% en 2011, évolue toujours nettement en dessous de son cours de Bourse affiché avant l'annonce en septembre d'un projet de fusion, finalement avorté, avec le groupe britannique BAE Systems.

"En rompant le pacte d'actionnaires, la France et l'Allemagne faciliteraient la sortie à terme de Lagardère et Daimler. Ce qui suppose un afflux de papier potentiel sur le marché l'année prochaine", commentent les analystes d'Aurel BGC.

Selon un autre analyste basé à Paris, environ 20% du capital devrait revenir sur le marché dans le cadre du nouveau pacte d'actionnaires.

"Actuellement, les Etats avec Daimler et Lagardère contrôlent 50,5% du capital. Si le nouveau pacte prévoit une minorité de blocage à 30%, ce sont 20,5% du capital d'EADS qui vont se retrouver d'une façon ou d'une autre sur le marché", explique-t-il.

Il relève qu'à terme le nouveau pacte signé entre les Etats, qui va limiter l'influence des gouvernements en matière de gouvernance, devrait être favorable aux actionnaires minoritaires.

"Si on oublie les problèmes de gouvernance et d'actionnariat, la société vaut plus que les 25 euros actuels au vu des fondamentaux solides", indique l'analyste.

L'agence de notation Fitch a de son côté estimé vendredi qu'une telle réorganisation de la gouvernance n'améliorerait pas significativement les problèmes de gouvernance au sein du groupe.

Ces changements ne modifieraient pas la perception selon laquelle EADS est une entreprise contrôlée par des Etats, ce qui réduit ses chances de gagner de gros contrats à l'exportation dans le secteur de la défense, poursuit Fitch.

Maria Sheahan, Cyril Altmeyer, Julien Ponthus, Blandine Hénault, édité par Dominique Rodriguez

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