Le "oui" l'emporte en Syrie sur fond de violences

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VICTOIRE DU ?OUI? ET POURSUITE DES VIOLENCES EN SYRIE
VICTOIRE DU ?OUI? ET POURSUITE DES VIOLENCES EN SYRIE

par Khaled Yacoub Oweis

AMMAN (Reuters) - L'artillerie syrienne a de nouveau bombardé lundi plusieurs quartiers de Homs, alors que Damas annonçait la victoire écrasante du "oui" au référendum constitutionnel qualifié d'imposture par l'opposition et l'Occident.

Selon le ministère syrien de l'Intérieur, la nouvelle constitution a été approuvée à 89,4%. Damas fait état d'une participation de près de 60%, mais des diplomates qui se sont rendus dans plusieurs bureaux de vote de la capitale disent n'avoir vu qu'une poignée d'électeurs.

L'article faisant du parti Baas le pilier de l'Etat et de la société ne figure pas dans la nouvelle loi fondamentale, qui autorise le pluralisme politique et limite la présidence à deux mandats de sept ans.

Ce point ne s'applique toutefois pas aux deux premiers mandats de Bachar al Assad, ce qui lui permettrait de se maintenir au pouvoir jusqu'en 2028. Des élections législatives doivent avoir lieu dans les trois mois.

"Si une nouvelle Constitution et la fin de l'hégémonie du parti Baas peuvent entrer dans le cadre d'un règlement politique, un référendum doit se dérouler dans des conditions exemptes de violences et d'intimidation", a estimé lundi Eduardo del Buey, porte-parole de l'Onu.

"Il a peu de chances d'être crédible dans le contexte de violences omniprésentes et d'atteintes innombrables aux droits de l'homme. Le ministre russe des Affaires étrangères a en revanche qualifié le scrutin "d'étape importante sur la voie des réformes".

TROIS PERSONNES ÉVACUÉES DE BAB AMRO

L'Observatoire syrien des droits de l'homme, dont le siège est à Londres, fait état de neuf morts à Bab Amro, un quartier de Homs, troisième ville du pays pilonné depuis plus de trois semaines.

"Des bombardements intenses visant les quartiers de Khalidiya, Ashira, Bayada, Bab Amro et la vieille ville ont commencé à l'aube", a déclaré à Reuters un opposant nommé Mohammed al Homsi.

Deux journalistes occidentaux blessés sont toujours retenus à Bab Amro, où deux autres -un Français et une Américaine- ont été tués la semaine dernière.

Des membres du Croissant-Rouge arabe syrien ont pu y pénétrer dans la soirée pour évacuer trois personnes, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Il s'agit d'une femme âgée, d'une femme enceinte et de son mari, a précisé un porte-parole à Genève. "Ni les journalistes étrangers, ni les corps des (autres) journalistes n'ont été évacués pour des raisons que nous ignorons du fait de l'insécurité et des communications difficiles", a-t-il ajouté.

Dans la matinée, le président français Nicolas Sarkozy avait parlé d'une "amorce de solution" pour l'évacuation de la Française Edith Bouvier et du photographe britannique Paul Conroy, blessés la semaine dernière.

"Ce week-end, on n'avait aucune solution, la situation à Homs est extrêmement complexe, cette nuit nous avons l'amorce d'une solution. Je ne peux pas en dire beaucoup plus", a-t-il poursuivi.

Edith Bouvier, qui travaillait pour le Figaro, a demandé à être rapatriée au plus vite pour pouvoir être opérée, dans une vidéo mise en ligne jeudi sur YouTube. La journaliste américaine Marie Colvin et le photographe français Rémi Ochlik ont trouvé la mort mercredi dans des bombardements de l'armée syrienne à Homs.

Des opposants ont en outre fait état lundi de la découverte d'au moins 62 corps près de Homs.

"Des familles quittant Bab Amro ont été bloquées à un poste de contrôle hier soir et 62 personnes ont été enlevées. Ce matin, leurs corps ont été retrouvés dans un secteur sous le contrôle du président (Bachar al) Assad", a déclaré un opposant de Bab Amro.

LE QATAR PRÔNE LA FERMETÉ

"Le jour viendra où les autorités civiles et militaires syriennes, en premier lieu le président Assad lui-même, devront répondre de leurs actes devant la justice", a assuré Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères, devant le Conseil des droits de l'homme de l'Onu réuni à Genève, où l'Iran s'est opposé à l'organisation d'un débat d'urgence sur la répression.

L'ancien secrétaire général de l'Onu Kofi Annan, nommé récemment émissaire des Nations unies et de la Ligue arabe pour la Syrie, a rencontré Alain Juppé et son homologue iranien Ali Akbar Salehi en marge de la réunion de Genève, a-t-on appris de sources diplomatiques.

Après l'Arabie saoudite vendredi, Le Qatar a invité la communauté internationale à armer les insurgés syriens. "Puisque nous n'avons pas réussi à faire bouger le Conseil de sécurité de l'Onu, je crois que nous devrions faire quelque chose pour envoyer assez d'aide militaire pour arrêter les violences", a déclaré le cheikh Hamad ben Khalifa al Thani, chef du gouvernement qatari.

Les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe se réuniront le 10 mars pour deux jours afin de faire le point sur la situation, a-t-on appris de source proche de l'organisation.

Côté occidental, ou l'approche militaire semble toujours exclue, les Etats membres de l'Union européenne se sont entendus pour infliger de nouvelles sanctions à la Syrie en ciblant particulièrement la Banque centrale et plusieurs membres du gouvernement.

Dominic Evans, Erika Solomon, Alexei Anishchuk et Stephanie Nebehay; Hélène Duvigneau et Jean-Philippe Lefief pour le service français

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