Le nouveau scrutin espagnol à l'épreuve de l'abstention

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    par Angus Berwick 
    MADRID, 22 juin (Reuters) - Assise à l'extérieur de la 
poussiéreuse faculté de sciences politiques de l'université 
Complutense de Madrid, Elena Jimenez a fait partie des nombreux 
électeurs et électrices espagnols mécontents qui ont voté en 
décembre dernier pour de nouveaux partis promettant un 
changement. 
    Mais, six mois après, cette doctorante de 28 ans dit qu'elle 
ne se déplacera pour le scrutin législatif anticipé de dimanche, 
qui devrait, d'après les enquêtes d'opinion, être caractérisée 
par le taux d'abstention le plus élevé depuis le retour à la 
démocratie dans le pays dans les années 1970. 
    Convaincre des électeurs comme Elena Jimenez de voter lors 
des législatives du 26 juin - convoquées après l'échec des 
tentatives de formation d'une coalition gouvernementale sur la 
base des élections de décembre - est devenu un enjeu majeur pour 
des partis cherchant à gagner les sièges nécessaires pour sortir 
de l'impasse. 
    Elena Jimenez dit que les querelles de partis et leurs 
réticences à trouver des compromis ont douché l'enthousiasme 
qu'elle éprouvait en décembre lorsqu'elle a voté pour le parti 
anti-austérité Podemos, dont le chef de file Pablo Iglesias a un 
temps enseigné dans les salles de conférence couvertes de 
graffitis de l'université. 
    "J'ai voté en espérant le changement mais nous n'avons 
abouti à rien et, pour cette raison, je m'abstiendrai", 
ajoute-t-elle. 
     
    VERS UNE ABSTENTION RECORD 
    Avec une abstention qui devrait être de cinq points de 
pourcentage supérieure à celle de décembre, l'issue des 
élections reste incertaine. L'institut de sondage Metroscopia 
voit cette abstention s'établir à entre 30% et 32%, ce qui en 
ferait le plus gros bloc des électeurs. 
    Une telle désaffection pour le scrutin est susceptible de 
favoriser le Parti populaire (PP, conservateur), actuellement au 
pouvoir, et devrait au contraire être préjudiciable au Parti 
socialiste (PSOE), qui éprouve des difficultés à mobiliser une 
base électorale déprimée. 
    Les derniers sondages donnent le PP en tête des intentions 
de vote, suivi de l'alliance de gauche anti-austérité Unidos 
Podemos, du Parti socialiste puis des centristes libéraux de 
Ciudadanos. Aucun parti ne devrait toutefois s'approcher de la 
majorité absolue de 176 sièges. 
    En décembre, le PP du président du gouvernement sortant, 
Mariano Rajoy, était arrivé en tête déjà, mais, avec 123 élus 
seulement, avait perdu sa majorité absolue. Suivaient le PSOE, 
également en recul à 90 députés, puis Podemos (69 élus) et 
Ciudadanos (40). Izquierda Unida, qui n'avait pas encore scellé 
son alliance avec Podemos, avait fait élire deux députés. 
    "S'il y a une plus grande abstention, cela jouera en faveur 
du PP étant donné qu'il dispose de l'électorat le plus loyal, le 
plus fidèle et le plus mobilisé", estime Francisco Camas, 
analyste chez Metroscopia. 
     
    RECONQUÉRIR L'ÉLECTORAT JEUNE 
    Une participation supérieure aux projections des instituts 
de sondage favoriserait aussi Podemos et Ciudadanos.  
    Ces deux formations sont apparues récemment sur la scène 
politique espagnole - issue du mouvement des Indignés, la 
première a été fondée début 2014; la seconde, initialement 
centrée sur la Catalogne, a adopté une stratégie d'implantation 
nationale au même moment. Leurs électeurs sont bien plus jeunes 
que ceux des partis classiques, moins enclins aussi à participer 
aux élections. 
    Or Metroscopia estime que 56% seulement des 18-34 ans 
voteront dimanche prochain, signe de la très nette désaffection 
de cette classe d'âge à l'égard de partis qu'elle juge 
incapables de résorber le chômage qui les frappe. Et ce 
désenchantement n'a fait que progresser depuis les élections de 
la fin de l'année dernière. Alors qu'ils étaient 34% à juger en 
novembre que la situation politique était "très mauvaise", plus 
de 42% des 18-34 ans sont désormais de cet avis. 
    Pour tenter de conquérir cet électorat, les états-majors ont 
adopté leur communication politique. On a vu Mariano Rajoy en 
short sillonnant en marche rapide la campagne espagnole pour une 
série de spots télévisés; Podemos a publié son programme sous 
forme de catalogue très inspiré du géant suédois de 
l'ameublement Ikea et lancé une "caravane rurale" dans les zones 
isolées du pays. 
    Pour le PSOE, la mission est sans doute la plus difficile. 
En décembre, le parti de Pedro Sanchez a subi son pire revers 
électoral. Dans un bar de Malasana, quartier branché de Madrid, 
la députée socialiste Angeles Alvarez l'attribue en partie à la 
déconnexion observée entre le PSOE et la jeunesse espagnole, 
attirée par Podemos et son discours plus radical. "C'est l'un 
des principaux problèmes du Parti socialiste", dit-elle. 
 
 (Benoît Van Overstraeten et Henri-Pierre André pour le service 
français) 
 
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