Le nouveau PDG se donne trois ans pour redresser Carrefour

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Le nouveau PDG se donne trois ans pour redresser Carrefour
Le nouveau PDG se donne trois ans pour redresser Carrefour

par Pascale Denis

PARIS (Reuters) - Le nouveau PDG de Carrefour se donne trois ans pour redresser le distributeur à la dérive, avec une priorité au désendettement, à la décentralisation et à la réduction de ses frais généraux comme de ses dépenses publicitaires.

Dans une salle comble du Carrousel du Louvre, Georges Plassat a dressé lundi devant les actionnaires un tableau sans concession de l'état actuel du groupe, miné par une accumulation d'erreurs stratégiques, de lourdeurs administratives, par une valse de dirigeants sans précédent et par la perte du sens du client.

Pour redresser la barre, dans un environnement économique particulièrement difficile, il a demandé patience et "bienveillance" à son auditoire.

"Il y aura des vents contraires", a-t-il reconnu. "Il faut trois ans pour relancer la machine. Le temps de mon mandat. Si nous y arrivons, la société aura fait un très bon travail."

Le successeur de Lars Olofsson, qui a quitté le groupe le mois dernier après l'avoir mené au bord du gouffre, a insisté sur le manque de cash généré par l'entreprise et sur la nécessité de la désendetter.

Ce désendettement pourrait passer par des cessions d'actifs à l'international, Georges Plassat jugeant que Carrefour ne "pouvait pas être partout dans le monde", ses positions étant attaquées par des acteurs locaux plus réactifs.

Le distributeur a déjà annoncé la semaine dernière son retrait de Grèce, où la cure d'austérité économique pèse sur la consommation.

"Nous ne sommes pas forcément mieux placés en Turquie que nos partenaires turcs, nous n'avons pas forcément besoin d'être à 100% en Indonésie", a observé Georges Plassat.

Il a en revanche déclaré qu'il n'était pas question de sortir du Brésil, qui pourrait au contraire devenir une plate-forme de développement en Amérique latine.

"AMAURY, ON SE DÉCONTRACTE"

"La société est en état de choc (...) avec une dose de centralisation telle qu'on ne peut plus délivrer de résultats", a dit Georges Plassat, apostrophant au passage Sébastien Bazin, patron du fonds Colony Europe (principal actionnaire de Carrefour aux côtés de Groupe Arnault, holding familiale de Bernard Arnault, PDG de LVMH).

"Je vois monsieur Bazin regarder ses chaussures avec inquiétude et se demander 'jusqu'où va-t-il aller'. J'irai où mon discours me portera", a-t-il lancé, provoquant les rires de la salle, comme pour mieux affirmer qu'il est bien maître à bord et qu'il n'entend pas se laisser dicter sa conduite par ses grands actionnaires.

"Amaury, on se décontracte", a-t-il ironisé un peu plus tard à l'adresse d'Amaury de Cèze, ancien président du conseil d'administration et toujours administrateur du groupe, alors qu'il évoquait une société coupée de toutes relations avec l'extérieur, concentrée sur la défense d'on ne sait quoi et comparée à un "canard sans tête".

Pour retrouver une certaine marge de manoeuvre, remettre en état ses systèmes d'information, pouvoir investir dans ses magasins et affronter une concurrence particulièrement violente en Europe, Carrefour devra aussi tailler dans ses coûts.

Les frais généraux, les coûts de siège qualifiés d'aberrants mais aussi les dépenses publicitaires devront être revus.

"Les investissements publicitaires sont considérables (500 millions d'euros seulement en France) alors que 15% de nos références ne sont pas en rayon", a déploré le PDG.

Il s'est également prononcé contre le principe d'enseigne unique (les "Carrefour" ayant remplacé les "Champion", "Shoppi", ou autre "Huit à Huit") et en faveur d'une séparation de la gestion de chacun des formats (hypermarchés, supermarchés, proximité) permettant de mieux coller aux besoins des clients.

TROP HÉGÉMONIQUE

"Si nous restons trop gros, trop hégémoniques, avec la même enseigne à tous les coins de rue, nous disparaîtrons, attaqués par les jeunes qui ne veulent plus voir la puissance affichée des grandes entreprises", a-t-il dit.

Interrogé sur l'avenir des hypermarchés en France, gros point noir de Carrefour qui ne cesse d'y perdre des parts de marché, Georges Plassat s'est dit "optimiste" à condition de les ajuster et de retrouver le contact avec la clientèle.

Il a ainsi plaidé pour un non-alimentaire "très contrôlé dans ses achats" pour éviter les surstocks, et pour une offre saisonnière. L'alimentaire devra quant à lui être renforcé pour que l'hyper retrouve son "leadership".

Concernant Planet, le grand projet de son prédécesseur visant à redresser le format, il a simplement indiqué qu'il "disparaissait de sa belle mort".

Il a aussi rapidement évoqué, sans précisions, la nécessaire présence de Carrefour sur Internet comme sur le "Drive".

"Nous sommes dans une spirale difficile (...) Il est temps de retrouver un peu de coeur pour nous aider à vous satisfaire", a-t-il conclu, lançant aussi un appel aux syndicats pour l'accompagner dans cette mutation de longue haleine.

Vers 17h00, le titre Carrefour cédait 3,4% à 14,00 euros, après avoir grimpé de 6% vendredi. La capitalisation du groupe, dont l'action a perdu 20% de sa valeur depuis le début de l'année, est aujourd'hui inférieure à 10 milliards d'euros.

"Georges Plassat n'a pas révélé de grandes surprises. Il est resté prudent, préférant ne pas faire de promesses", commente un trader parisien.

Les analystes estiment que les investisseurs devront s'armer de patience avant de pouvoir parler de véritable retournement pour le distributeur. L'exercice 2012 s'annonce encore très difficile, sur fond de baisse de la consommation de produits non alimentaires, et pour Oddo Securities, le redressement pourrait ne pas intervenir avant 2015.

A l'issue d'une assemblée animée par les sifflets des syndicats massés à l'extérieur de la salle, les actionnaires ont approuvé les conditions de départ de Lars Olofsson mais ont voté contre des plans de stock-options et d'émissions d'actions gratuites à destination du personnel et des mandataires sociaux.

Edité par Dominique Rodriguez

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