Le nouveau chef de la CGPME assume ses désaccords avec le Medef

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LE NOUVEAU PATRON DE LA CGPME ASSUME SES DÉSACCORDS AVEC LE MEDEF
LE NOUVEAU PATRON DE LA CGPME ASSUME SES DÉSACCORDS AVEC LE MEDEF

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - La CGPME reste fermement opposée à toute institutionnalisation du dialogue social dans les très petites entreprises (TPE) et à un éventuel accord patronat-syndicats sur cette question, a déclaré dans une interview à Reuters son nouveau président.

François Asselin, qui a succédé mercredi à Jean-François Roubaud, s'inquiète également des suites qui seront données aux baisses de charges accordées par le gouvernement aux entreprises françaises dans le cadre du pacte de responsabilité.

La négociation sur la refonte du dialogue social avait au départ pour but de régler le problème du seuil de 49 salariés, au-delà duquel "35 obligations supplémentaires s'abattent sur l'entreprise", a-t-il dit.

"On se retrouve à l'arrivée avec la création d'un nouveau seuil sur le dos des plus petites entreprises", ajoute ce patron de PME de 50 ans. "On n'est pas d'accord."

Le projet de compromis négocié avec les syndicats prévoit une représentation extérieure du personnel des sociétés de moins de 11 salariés à compter du 1er juillet 2016, sous la forme de commissions régionales paritaires, dont les missions seraient limitées au conseil, à l'information et à la consultation.

Selon le Medef, ces commissions concernent tout au plus 1,5 million de salariés non couverts par d'autres dispositifs.

Mais la CGPME en a fait une question de principe. Elle estime que cela ouvre la voie à des contraintes supplémentaires et à des ingérences extérieures dans des TPE où, assure François Asselin, le dialogue social "existe au quotidien".

La projet d'accord du Medef, modifié à la marge et transmis mercredi aux syndicats à la veille d'une ultime session, n'est pas de nature à faire changer d'avis cette organisation, qui revendique 660.000 entreprises adhérentes.

François Asselin se dit prêt à assumer ce différend, de même que la CGPME a refusé de signer l'accord de 2013 sur la réforme de la formation professionnelle.

PROLONGER LE PACTE DE RESPONSABILITÉ

Comme son prédécesseur, il plaide avec vigueur pour un assouplissement du marché du travail.

"Aujourd'hui, lorsque vous embauchez quelqu'un (...) c'est presque du domaine de l'adoption. On veut tellement sécuriser l'emploi salarié qu'on a fini par s'enfermer dans un piège."

François Asselin reprend l'idée défendue par Jean-François Roubaud d'un "contrat de croissance", dont la transformation en contrat à durée indéterminée serait subordonnée à la réalisation d'objectifs économiques par l'entreprise au bout de trois ans.

Il salue la "rupture" opérée par François Hollande fin 2013-début 2014 en faveur d'une politique de l'offre. Il estime ainsi que le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (Cice) a été une "bouée de sauvetage pour beaucoup de PME".

Selon lui, les mesures complémentaires du pacte de responsabilité, qui porte à 41 milliards d'euros sur trois ans les allègements de charges en faveur des entreprises, vont aussi dans le bon sens : "Fin 2017, on sera à peu près revenu au taux de prélèvement qu'avaient les entreprises en 2010."

"Maintenant, on a besoin de visibilité. Le pacte s'arrête en 2017. Qu'est-ce qu'on fait après ?" dit-il cependant. "Nous avons organisé notre business model autour de ces allègements. Si demain ils disparaissaient, ça serait un effondrement total."

"Donc je demande que, dès 2015, on se mette avec le gouvernement autour de la table pour figer ce que sera l'après-pacte de responsabilité", ajoute-t-il. "Il faut absolument éviter que ce soit trop près de l'élection présidentielle (...) parce que le pays peut alors changer de mains."

Il assure par ailleurs que la CGPME est beaucoup moins demandeuse que le Medef d'une extension du travail le dimanche.

"Ce n'est absolument pas un sujet qui intéresse la province", explique-t-il. "Ça ne touche que l'hyper grande ville et les zones ultratouristiques (...) J'ai rencontré un tas de commerçants indépendants qui y sont farouchement opposés."

(Edité par Yves Clarisse)

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